‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 211 sur 326 · ACTE I, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV

ZAÏRE

Mais^ madame^ potuquoi?

Si tu venais d'entendre Quel funeste dessein Roxane vient de prendre , Quelles conditions elle veut imposer 1 Bajazet doit périr, dit^Ue, ou répouser. Sll 86 rend , que deviens»je en ce malheur extrême? Et, s'il ne se rend pas, que devient-il lui-même?

.ZAXB£.

Je conçois ce malheur. Mais, à ne point mentir. Votre amour, dès longtemps , a dû le pressentir.

ATALIDE

Ah, Zaïre ! Tamour a-t-il tant de prudence ?

Tout semblait avec nous être d'intelligence :

Roxane , se livrant tout entière à ma foi ,

Du cœur de Bajazet se reposait sur moi ,

M'abandonnait le soin de tout ce qui le touche.

Le voyait par mes yeux, lui parlait par ma bouche ;

Et je croyais toucher au bienheureux moment

Où j'allais par ses mains couronner mon amant.

Le ciel s'est déclaré contre mon artifice.

Etc[ae jfallait-il donc, Zaïre, que je fisse?

A Terpeur de Roxane ai-je dù-m'ppposer.

Et perdre mon amant pour la désabuser?

Avant que dans son cœur cette amour fût formée ,

i'aimais, et je pouvais m'assurer d'être aimée.

Dès nos plus jeunes ans , tu t'en souviens assez.

L'amour serra les nœuds par le sang commencés.

Élevée avec lui dans le sein de sa mère ,

J'appris à distinguer Bajazet de son frère;

Elle-même avec joie unit nos volontés :

Et, quoique après sa mort Tun de l'autre écartés.

Conservant, sans nous voir, le désir de nous plaire.

380 BAJAZfiT.

Nous avons su toijgours nous aimer et nous taire. Rozane^ qui depuis^ loin de s'en défier, A ses desseins secrets voulut m'associer. Né put voir sans amour ce héros trop aimable : Elle courut lui tendre une main favorable. Bajazet^ étonné^ rendit grâce &ses soins. Lui rendit des respects : pouvait4l faire moins ' ? Mais qu'aisément l'amour coioit tout ce qu'il souhaite ! De ses moindres respects Roxane satisfaite Nous engagea tous deux , pai^ sa facilité, . A la laisser jouir de sa crédulité.

Zaïre, il faut pourtant avouer ma faiblesse :

D'un mouvement jaloux je ne fus pas maltresse.

Ma rivale,, accablant mon amant de bienfaits.

Opposait un empire à mes fedhles attraits ;

Mille soins la rendaient présente à sa mémoire ;

Elle Tentretenait de sa prochaine gloire :

Et moi je ne puis rien. Mon cœur, pour tout discours ,

N'avait que des soupirs qu'il répétait toigours.

Le ciel seul sait combien j'en ai versé de larmes.

Mais enfin Bajazet dissipa mes alarmes :

Je condamnai mes pleurs, et jusques aujourd'hui

Je l'ai pressé de feindre, et j'ai parlé pour lui.

Hélas! tout est fini : Roxane méprisée

Bientôt de son erreur sera désabusée.

Car enfin Bajazet ne sait point se cacher;

Je connais sa vertu prompte à s'eflàroucher'.

II faut qu'à tous moments , tremblante et secourable,

* Cette tirade of&e plusieurs négligences : au commencement , les mots touche et toucher, qui ne sont séparés que par un vers; ici» la répétition du mot rendit; et plus bas» cet hémistiche» le ciel setd sait, dont la consonnance nuit à Tbarmonie.

' La pertu qui s*effarûuche : Racine est le premier qui se soit sotyi da cette expression» détenue aujourd'hui d'un usage habituel.

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