‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 212 sur 326 · ACTE I, SCÈNE IV. atl · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE IV. atl

Je donne à ses discours un sens plus favorable. Bajazet va se perdre. Ah ! si ^ comme autrefois ^ Ma rivale eût voulu lui parler par ma voix ! Au moins ^ si j'avais pu préparer son visage ' ! Mais^ Zaïre ^ je puis l'attendre à son passage*; D'un mot ou d'un regard je puis le secourir. Qu'il réponse^ en un mot, piut6t que de périr*. Si Roxane le veut^ sans doute il faut qu'il meure. 11 se perdra , te dis^je. Atalide , demeure ; Laisse , sans t'alarmer^ ton amant sur sa foi . Penses-lu mériter qu'on se perde pour toi * ? Peut-être Baja2set^ secondant ton envie.

Plus que tu ne voudras aura soin de sa vie.

ZAÏRE

Ah ! dans quels soinjs, madame, allea&-vous vous plonger* ? Toujours avant le temps faut-il vous affliger ? Vous n'en pouvez douter, Bajazet vous adore. Suspendez, ou cachez Tennui qui vous dévore : N'allez point par vos pleurs déclarer vos amours.

' Préparer un visage, expression hardie et heureuse , pour dire : prit parer Bajazei à ne pas laisser paraitre sur son visage Péloignement que Hoxane lui inspire. Les vers de Racine offrent un si grand nombre de cot locutions neuves, qu*il est impossible de les relever toutes.

' Var. Mais , Zaïre , je pui* attendre na païaage.

' C*est ce qu^elle pense quand elle n*écoute que la raison , et c'est ce qu'elle ne pense plus quand elle n'écoute que Famour. ( L. R. }

* Ce vers, et ce qui précède, et ce qui suit , tout est plein de délicatesse etde grâce. La situation ne parait pas encore s'y opposer; mais à mesure que le péril croîtra, on va voir qu'en faisant son Atalide, Racine était encore trop près de sa Bérénice, et ne s'aperçut pas combien ce qui était charmant dans l'une allait devenir petit dans l'autre , et contcaire à l'esprit du sujet et è celui de la tragédie. ( L. )

* On est ptongé dans le chagrin; Racine a cru pouvoir dire par analogie se plonger dans les soins» expression qui n'aurait rien de réprébenàble, si le mot loitu n'était pas un peu faible pour exprimer l'état dans lequel se trouve Atalide.

«32 BAJAZËT.

La main qui Ta sauvé le sauvera toujours , Pourvu qu'entretenue en son erreur fatale^ Roxane jusqu^au bout ignore sa rivale ^ Venez en d'autres lieux enfermer vos regrets y Et de leur entrevue attendre le succès.

AtALIDE.

Hé bien^ Zalre^ allons. Et toi^ si ta justice De deux jeunes amants veut punir l'artifice y 0 ciel! si notre amour est condamné de toi. Je suis la plus coupable y épuise tout sur moi !

' Voilà le nœud de toute Tintrigue clairement indiqué : le succès de la conspiration, la vie deBigazet, celle d'Atalide, sont attachés à Terreur de Roxane. Cet acte, excellent dans toutes ses parties, est un modèle de la manière dont il faut expliquer un sujet, faire connaître les personnages et fonder Tintérôt; il laisse T&me du spec&atour entre la crainte et Tespéranoe. (G. }

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