‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 216 sur 326 · ACTE II, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE I

BOX ANE

Dans son cœur ? Ah ! crois-tu^ quandil l€ voudrait bien * ,

Que, si je perds l'espoir de régner dans le tien,

D'une si douce erreur si longtemps possédée ,

Je puisse désormais souifrir une autre idée ,

Ni que je vive enfin ^ si je ne vis pour toi?

Je te donne , cruel, des armes contre moi ,

Sans doute; et je devrais retenir ma faiblesse :

Tu vas en triompher. Oui , je te le confesse ,

J'affectais à tes yeux une fausse fierté :

De toi dépend ma joie et ma félicité :

De ma sanglante mort ta mort sera suivie.

Quel fruit de tant de soins que j'ai pris pour ta yie !

Tu soupires enfin, et semblés te troubler :

Achève, parle.

BAJAZBT.

0 ciel ! que ne puis-je parler !

ROXAME.

Quoi donc? que dites-vous? et que viens-je d'entendre? Vous avez des secrets que je ne puis apprendre !

' Tout 08 morceau , pris iHda avant dans le cœur humain , n'est que développement de ce vers si firappant de passion et de vérité : B^jazet , écontez : je sens que Je vous aime ;

vers qui est du nombre de ceux qui valent une bèUatoéne, ptroequ*il8 la renfermait tout entière. CNiMarvons dans un art infiniment moins difficile sans doute que la tragédie, puisqu^il n*en est que la copie, dans Tart de la déclamation , un degré de perfection qui u*cst guère moins rare que celui de la taragédie eUe-méme , et dont le mérite ressemble ici à celui de Racine. Quand la célèbre Clairon prononçait ce vers , Dans lODooBar? Ah! croiMii, etc.,

son accent prononcé et varié , son geste , ses yeux, toute son action dans cette seule exclamation ah / exprimaient le couplet tout entier, au point qn*avec un peu dlntelligenoe on aurait deviné tout ce qu^eHe aUait dire. Ce prodige de déclamation et de pantomime, et un autre du même genre dans ler61e d*OBdipe, joué par Le Kain, senties deux choses qui m*ont paru les plus étonnantes dans ce genre détalent, qui aujourd*bui semble perdu. (L.)

uo BAJAZET.

Quoi! de vos sentiments je ne puis m'éclaircir?

Madame , encore un coup ^ c'est à vous de choisir : Daignez m'ouvrir au trône un chemin légitime; Ou bien , me voilà prêt, prenez votre victime.

BOXANE.

Ah! c'en est trop enfin, tu seras satisfait. Holà! gardes, qu'on vienne.

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