ROXANE, ATALIDE, ZAÏRE
De quel étonnement^ 6 ciel! suis-je frappée!
Est-ce un songe? et mes yeux ne m'ont-ils point trompée?
Quel est ce sombre accueil^ et ce discours glacé
Qui semble révoquer tout ce qui s'est passé?
Sur quel espoir croit-il que je me sois rendue >
Et qu'il ait regagné mon amitié perdue?
J'ai cru qu'il me jurait que jusques à la mort
Son amour me laissait maîtresse de son sort.
Se repent-il déjà de m'avoir apaisée?
Hais moi-même tantôt me serais-je abusée?
Ah!... Mais il vous parlait : quels étaient ses discours S
Madame ?
ATALIBE.
Moi y madame ! Il vous aime toujours.
ROXANE
Il y va de sa vie, au moins, que je le croie. Mais, de grâce , parmi tant de sujets de joie, Répondez-moi , comment pouvez-vous expliquer Ce chagrin qu'en sortant il m'a fait remarquer?
' Cet entretien entre deux rivales inspire la terreur; la dureté et la violence de Roxane contrastent bien avec la douceur et la timidité d*Atalide ; la jalousie de la sultane , dont on aperçoit les premiers traits , laisse appréhender les excès les plus funestes. Ce moment est vraiment tragique, parce que les personnages sont dans un grand danger; et cependant Je dialogue est simple , naturel ; il n'y a aucun fracas sur la scène. (G.)