ACTE 111, SCÈNE VlU
Ët^ quoique sur la mer la porte fût fermée^ Les gardes^ sans tarder, Font ouverte & genoux , Aux ordres du sultan qui s'adr»^nt à vous. Mais ce qui me surprend^ c'est Qrcan qu'il envoie ^
ROXANE
Orcan!
ZATIME.
Oui^ de tous ceux que le sultan emploie, Orcan, le plus fidèle à servir ses desseins. Né sous le ciel brûlant des plus noirs Africains. Madame , il vous demande avec impatience. Mais j'ai cru vous devoir avertir par avance ; Et, souhaitant surtout qu'il ne vous surprit pas. Dans votre appartement j'ai retenu ses pas.
KOXANE.
Quel malheiu* imprévu vient encor me confondre?
Quel peut être cet ordre? et que puis-je répondre?
Il n'en faut point douter, le sultan, inquiet.
Une seconde fois condamne Bajazet.
On ne peut sur ses jours sans moi rien entreprendre :
Tout m' obéit ici. Mais dois-je le défendre?
Quel est mon empereur? Bajazet? Amurat?
J'ai trahi l'un; mais l'autre estpeutrétre un ingrat*.
Le temps presse. Que faire en ce doute funeste?
Allons, employons bien le moment qui nous reste.
. ' L'arrivée de cet Orcan , qu'on ne voit pas , redouble rintérét » augmente la terreur, parce qu'on soupçonne qu'il est porteur d'ordres atroces. Cet incident coupe le monologue de Roxane : la seconde partie est bien plus vive que la première, parce qu'il survient à Roxane un nouvel embarras. La situation de la sultane est vraiment théâtrale^ ( G. )
* Ce vers heureux et précis explique parfaitement le trouble de Roxane : placée entre deux écueils, elle n'a que le choix. Le parti qu'eUe prend laisse le spectateur dans une vive attente, excite puissamment la curiosité, et termine l'acte de la manière la plus intéressante. ( G. )
368 BAJAZEÏ.
Us ont beau se cacher^ F^mour le plus discret Laisse par quelque marque échapper son secret. Observons Bajazet ; étonnons Atalide ; Et couronnons Tamant^ ou perdons le perfide.