TAUBE
Ahl sais tu mes jErayears? sais-tu que dans ces lieux J'ai vu du fier Orcan le visage odieux? En ce moment fatal ^ que je crains sa venue ! Que je crains... Mais di&-moi, Bajazet t'a-t-il vue? Qu'a-iril dit? se rend-il, Zaïre, à mes raisons? Ira-t-il voir Roxane, et calmer ses soupçons?
ZAlRE.
Il ne peut plus la voir sans qu'elle le commande : Roxane ainsi l'ordonne , elle veut qu'il l'attende. Sans doute à cet esclave elle veut le cacher. J ai feint en le voyant de ne le point chercher, i'ai rendu votre lettre, et j'ai pris sa réponse. Madame, vous verrez ce qu'elle vous annonce.
ATALIDE lit :
« Après tant d'injustes détours, « Faui-il qu'à feindre encor votre amour me convie !
a Mais je veux bien prendre soin d'une vie
« Dont vous jurez que dépendent vos jours : « ie verrai la sultane; et, par ma complaisance, (< Par de nouveaux serments de ma reconnaissance,
« l'apaiserai, si je puis, son courroux. « N'exigez rien de plus : ni la mort, ni vous-même, « Ne me ferez jamais prononcer que je l'aime ,
a Puisque jamais je n'aimerai que vous. »
Hélas ! que me dit-il ? Croit-il que je Tignore?
Ne sais-je pas assez qu'il m'aime, qu'il m'adore* ?
Est-ce ainsi qu'à mes vœux il sait s'accommoder?
C'est Roxane, et non moi, qu'il faut persuader.
De quelle crainte encor me laisse-t-il saisie !
Funeste aveuglement ! perfide jalousie !
Récit menteur, soupçons que je n'ai pu celer,
Fallailril vous entendre , ou fallaitril parler?
C'était fait, mon bonheur surpassait mon attente' :
J'étais aimée, heureuse; et Roxane contente.
Zaïre, s'il se peut, retourne sur tes pas :
Qu'il l'apaise. Ces mots ne me suffisent pas :
Que sa bouche, ses yeux, tout l'assure qu'il l'aime :
Qu'elle le croie enfin. Que ne puis-je moi-même ,
Échauffant par mes pleurs ses soins trop languissants^
Mettre dans ses discours tout l'amour que je sens!
Mais à d'autres périls je crains de le commettre'.
ZAÏRE
Roxane vient à vous.
ATALIDE
Ah! cachons cette lettre..