‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 242 sur 326 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

lia rivale à mes yeux s'est enfin déclarée.

Voilà sur quelle foi je m'étais assurée !

Depuis six mois entiers j'ai cru que^ nuit et jour.

Ardente^ elle veillait au soin de mon amour :

Et c'est moi qui , du sien ministre trop fidèle^

Semble depuis six mois ne veiller que pour elle;

Qui me suis appliquée à chercher les moyens

De lui faciliter tant d'heureux entretiens ;

Et qui même souvent, prévenant son envie.

Ai hâté les moments les plus doux de sa vie.

Ce n'est pas tout : il faut maintenant m'éclaircir

Si dans sa perfidie elle a su réussir;

Il faut... Mais que pourrais-je apprendre davantage?

Mon malheur n'esi-il pas écrit sur son visage?

Vois-je pas, au travers de son saisissement*.

Un cœur dans ses douleurs content de son amant'?

' Métonymie élégante : en prose il fandrait dire tout ce qui convaincra cet perfides amants : car on ne peut proprement convaincre que les per^ sonnes, et non pas les choses. G*est; de Racine et de Boîleau que nous avons appris à figurer convenablement la langue poétique. ( L. )

' VoiS'je pas , pour ne vois'je pas : licence permise à la poésie , et consacrée par de firéquents exemples dans Radne et dans Voltaire. Il y a des licences qui ont un air de hardiesse ; il y en a qui donnent à la diction un air de naturel, et celle-ci est du ncnnbre. (L. )

' Observation aussi juste que fijie, et qui ne devait pas échapper à une femme jalouse , ni au poète qui a le mieux connu les femmes. ( L. )

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