SCÈNE IV
lia rivale à mes yeux s'est enfin déclarée.
Voilà sur quelle foi je m'étais assurée !
Depuis six mois entiers j'ai cru que^ nuit et jour.
Ardente^ elle veillait au soin de mon amour :
Et c'est moi qui , du sien ministre trop fidèle^
Semble depuis six mois ne veiller que pour elle;
Qui me suis appliquée à chercher les moyens
De lui faciliter tant d'heureux entretiens ;
Et qui même souvent, prévenant son envie.
Ai hâté les moments les plus doux de sa vie.
Ce n'est pas tout : il faut maintenant m'éclaircir
Si dans sa perfidie elle a su réussir;
Il faut... Mais que pourrais-je apprendre davantage?
Mon malheur n'esi-il pas écrit sur son visage?
Vois-je pas, au travers de son saisissement*.
Un cœur dans ses douleurs content de son amant'?
' Métonymie élégante : en prose il fandrait dire tout ce qui convaincra cet perfides amants : car on ne peut proprement convaincre que les per^ sonnes, et non pas les choses. G*est; de Racine et de Boîleau que nous avons appris à figurer convenablement la langue poétique. ( L. )
' VoiS'je pas , pour ne vois'je pas : licence permise à la poésie , et consacrée par de firéquents exemples dans Radne et dans Voltaire. Il y a des licences qui ont un air de hardiesse ; il y en a qui donnent à la diction un air de naturel, et celle-ci est du ncnnbre. (L. )
' Observation aussi juste que fijie, et qui ne devait pas échapper à une femme jalouse , ni au poète qui a le mieux connu les femmes. ( L. )