ACTE IV, SCÈNE IV
Exempte des soupçons dont je suis tourmentée ,
Ce n'est que pour ses jours qu'elle est épouvantée *.
N'importe : poursuivons. Elle peut , comme moi ,
Sur des gfiiges trompeurs s'assurer de sa foi.
Pour le faire expliquer^ tendons-lui quelque piège.
Hais quel indigne emploi moi-même mlmposé-je !
Quoi donc ! à me gêner appliquant mes esprits ,
J'irai faire à mes yeux éclater ses mépris?
Lui-même il peut prévoir et tromper mon adresse.
D'ailleurs, l'ordre, l'esclave^ et le vizir me presse*.
Il faut prendre parti : Ton m'attend. Faisons mieux' :
Sur tout ce que j'ai vu fermons plutôt les yeux;
Laissons de leur amour la recherche importune ;
Poussons à bout l'ingrat y et tenions la fortune :
Voyons si , par mes soins sur le trône élevé ^
Il osera trahir l'amour qui l'a sauvé ,
Et si, de mes bienfaits lâchement libérale ^
Sa main en osera couronner ma rivale.
Je saurai bien toujours retrouver le moment
De punir, s'il le faut , la rivale et l'amant :
Dans ma juste fureur observant le perfide ,
Je saurai le surprendre avec son Atalide,
Et, d*un même poignard les unissant tous deux,
\j&& percer l'un et l'autre et moi-même après eux*.
' Var. Ce n'est que pour les joim i]tt'eUe est iiu|uiétée.
' Le Terbe presse, qui a pluaieurs sujets, devrait être au. pluriel. Nous aTODS déjà releyé une négligence de ce goure.
' Cette phrase un peu prosaïque et même familière ne blesse point ià, grAoe à la vérité des mouyements divers qui agiteat Roxane , et qui font que le spectateur délibère pour ainsi dire avec elle. C'est à force de vérité que Racine foit passer, et ce qu'il a de plus hardi , et ce qu'il a de plus simple. (L.)
* LiMro/e de mes Menfaits! IdckemetU UbènOel Quel choix de termes, et quelle justesse de rapports L( L. )
* Ajax , dans Sophocle , s'exprime a peu près de même : « 0 JupiteJ-,
Voilà, n'en doutons point, le parti qu'il faut prendre*. Je veux tout ignorer.