‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 246 sur 326 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

Perfide^ en abusant ce cœur préoccupé^ Qui lui-même craignait de se voir détrompé * ' Moi qui , de ce haut rang qui me rendait si fière , Dans le sein du malheur t'ai cherdié la première Pour attacher des jours tranquilles ^ fortunés , Aux périls dont tes jours étaient environnés*. Après tant de bontés , de soins, d'ardeurs extrêmes , Tu ne saurais jamais prononcer que tu m'aimes ! Mais dans quel souvenir me laissé-je égarer? Tu pleures^ malheureuse I ah! tu devais pleurer*

soQfc pas animés des mêmes seniàments. Ce qui chez J anon est une ironie, chez Roxane devient un reproche touchant ; et quoique le yers

Ta ne reoB^kortalt pat one grande victoire paraisse une traduction de tçregiam laudem , et spolia ampla rtfertis , U nous est démontré que Racine , en écrivant ces vers , ne pouvait songer a imiter un discours qui n'a nul rapport avec celui de Roxane. En général, il fout se défier de cette manie de certains auteurs, qui croient retrouver dans les anciens jusqu'aux pensées les plus orâinaires des poètes modernes. La plupart des commentateurs de Racine sont pleins de ces rapprochements forcés. Nous n*avons traduit que les passages dont rimitation nous a paru évidente.

' Après ce vers , Racine a retranché les quatre suivants :

Tb n'as pas eobesoîa de toat ton artHice, Et Je veux bien te faire encor cette Justice : Toi-même , Je m'assure , as rougi plus d'un Jour Do pea qnH t'en eoAtait pour tromper tant d'amour. Moi <pii , dece hant rang, etc.

* ^Iteefccr d<f joiirf à det périls : il était impossible d'exprimer avec plos d'énergie les sacrffîces que Roxane fiusait à son amant. C'est encore un de ces tours hardis crééspar Racine, et dont la justesse égale la richasse poétique.

' C'est Virgile qui a fourni à Racine cette heureuse figure; le poète latin fait dire à Didon :

« InfettxMdo, oooictBfiitâimpiataogant!

« Tum decnit» cnm sceptre dalMs. >

a Malheureuse Didon, tu pleuies maintenant ta cruelle destinée! Ah 1 tu devais pleurer quand tu livrais au perfide ton cœur et ton empire! » (i€n«id., lib. IV, v. 596 et 597.)

Lorsque , d'un vain désir à ta perte poussée^

Tu conçus de le voir la première pensée.

Tu pleures ! et l'ingrat , tout prêt à te trahir ,

Prépare les discours dont il veut t' éblouir ;

Pour plaire à ta rivale , il prend soin de sa vie.

Ah ! traître , tu mourras ! . . . Quoi ! tu n'es point partie * ?

Va. Mais nous-méme allons^ précipitons nos pas :

Qu'il me voie , attentive au soin de son trépas.

Lui montrer à la fois, et Tordre de son frère.

Et de sa trahison ce gage trop sincère.

Toi, Zatime, retiens ma rivale en ces lieux.

Qu'il n'ait, en expirant, que ses cris pour adieux".

Qu'elle soit cependant fidèlement servie ;

Prends soin d'elle : ma haine a besoin de sa vie.

Ah ! si pour son amant facile à s'attendrir,

La peur de son trépas la fit presque mourir.

Quel surcroît de vengeance et de douceur nouvelle

De le montrer bientôt p&le et mort devant elle.

De voir sur cet objet ses regards arrêtés

Me payer les plaisirs que je leur ai prêtés!

Va, retiens-la. Surtout, garde bien le silence.

Moi... Mais (jui vient ici différer ma vengeance ?

' Tout est animé dans ce monologue , tout est plein , non pas de ce désordre artdfidel et fîBLctice que les poètes emploient pour faire briller un acteur ou une actrice, mais de ces traits d'une passion véritable qui pénètrent le cœur. Rozane revient tout à coup à sa vengeance ; et c*est Atalide plus encore que Bajazet qui allume sa fureur. (G. )

' Expression très-poétique, qui semble une imitation de ce versdu Ctd : Nous laiisent pour adiea leon crif épouvantables.

Il est remarquable que ce beau vers ayant été critiqué par l'Académie, Corneille lui substitua le vers suivant , qui est bien loin d'offrir une aussi grande image :

Poussent Jusques aux cieux des cris épouvantables.

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