‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 250 sur 326 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Hélas ! je cherche en vain : rien ne s'offre à ma vue. Malheureuse ! Comment puis-je Tavoir perdue * ? Ciel, aurais-tu permis que mon funeste amour Exposât mon amant tant de fois en un jour? Que, pour dernier malheur, cette lettre fatale Fût encor parvenue aux yeux de ma rivale ? J'étais en ce lieu même ; et ma timide main , Quand Roxane a paru. Ta cachée en mon sein. Sa présence a surpris mon âme désolée; Ses menaces, sa voix, un ordre m'a troublée* : i'ai senti défaillir ma force et mes esprits : Ses femmes m'entouraient quand je les ai repris ; A mes yeux étonnés leur troupe est disparue. Ah! trop cruelles mains ^ qui m'avez secourue, . Vous m'avez vendu cher vos secours inhumains; Et par vous cette lettre a passé dans ses mains.

' La construction de celte phrase est défectueuse : le pronom le semble se rapporter au mot vue du vers précédent; tandis que Tauteur veut le faire rapporter au mot Mire, qui se trouye plus bas. Voilà pour la gramiBaire : quant à la poésie , il nous send^ que cette eonstniction même est un effet de Tart, et qu'elle exprime parfaitement la préoccupation d'Âtalide.

' Nous avons déjà remarqué que Racine met quelquefois an singulier un verbe qui a plusieurs nominatife ; licence que la grammaire ne peut admettre. Voyez acte IV, scène ! v. Mais ce vers exprime si bien le trouble d'Atalide, qu'il serait malheureux de le changer.

Quels desseins maintenant occupent sa pensée ? Sur qui sera d^abord sa vengeance exercée ? Quel sang pourra suffire à son ressentiment? Ah! Bajazet est mort^ ou meurt en ce moment. Cependant on m'arrête , on me tient enfermée. On ouvre : de son sort je vais être informée.

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