‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 249 sur 326 · ACTE IV, SCÈNE VU · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE VU

Qui reste entre l'esclave et le maître irrité *.

OSMIN

Fuyez donc.

ACOMAT

J'approuvais tantôt cette pensée :

Mon entreprise alors était moins avancée; Mais il m'est désormais trop dur de reculer. Par une belle chute il faut me dgnaler^ Et laisser un débris^ du moins après ma fuite ^ Qui de mes ennemis retarde la poursuite. Bajazet vit encor : pourquoi nous étonner? Âcomat de plus loin a su le ramener.

Sauvons-le malgré lui de ce péril extrême , Pour nous, pour nos amis, pour Roxane elle-même. Tu vois combien son cœur, prêt à le protéger, A retenu mon bras trop prompt à la venger. Je connais peu Tamour; mais j'ose te répondre Qu'il n'est pas condamné, puisqu'on veut le confondre * ; Que nous avons du temps. Malgré son désespoir, Roxane Taime encore , Osmin , et le va voir.

OSMIN

Enfin, que vous inspire une si noble audace? Si Roxane l'ordonne , il faut quitter la place ' : Ce palais est tout plein. . .

' Vers admirables et profonds , qui expliquent pourquoi dans Tempire ottoman les révoltes des grands sont si fréquentes et si opiniâtres : il n'y a point de pardon pour le rebelle qui se rend , et le sultan ne traite qu'avec celui qu'il craint. (G.)

' Les sentences font un bel effet dans la poésie; mais elles font encore un plus bel effet, surtout dans la poésie dramatique , quand » au lieu d'être débitées en forme de sentences , elles sont mises en action. Si le vizir eût dit : qui va confondre un infidèle Vaime encore ^ il eût paru vouloir moraliser ; et il y songe si peu , dans Tagitation où il est , qu'il avoue même son ignorance : je connais peu Vamour. (L. R. )

' Quitter la place n'est ici que simple, et cette simplicité ne déplaît pas dans l'entretien de deux conjurés occupés de à grandes affaires. (G.)

■AailE. — T. 11. 26

a»6 BAJAZET.

AGOMAT. -

Oui, d'esclaves obscurs.

Nourris, loin de la guerre, à Tombre de ses-murs. Mais toi, dont la valeur, d'Amurat oubliée. Par de communs chagrins à mon sort s'est liée , Voudras-tu jusqu'au bout seconder mes fureurs?

OSMIXr.

Seigneur, vous m'offensez : si vous mourez, je meurs.

ACOHAT.

D'amis et de soldats tme troupe hardie

Aux portes du palais attend notre sortie;

La sultane d'ailleurs se fie à mes discours :

Nourri dans le sérail, j'en connais les détours;

Je sais de Bajazet l'ordinaire demeure ;

Ne tardons plus, marchons; et, s'il faut que je meure ,

Mourons; moi, cher Osmin, comme un vizir; et toi ,

Comme le favori d'un homme tel que moi.

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