‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 253 sur 326 · BAJAZET, ROXANE · texte numérisé non relu

BAJAZET, ROXANE

ROXANE

Je ne vous ferai point des reproches frivoles : Les moments sont trop chers pour les perdre en paroles. Mes soins vous sont connus : en un mot, vous vivez; Et je ne vous dirais que ce que vous savez. Malgré tout mon amour, si je n'ai pu vous plaire. Je n'en murmure point; quoiqu'à ne vous rien taire. Ce même amour peut-être , et ces mêmes bienfaits , Auraient dû suppléer à mes faibles attraits. Hais je m'étonne enfin que , pour reconnaissance , Pour prix de tant d'amour, de tant de confiance S Vous ayez si longtemps, par des détours si bas. Peint un amour pour moi que vous ne sentiez pas.

BAMZET.

Qui? moi, madame?

ROXANE

Oui, toi *. Voudrais-tu point encore

' Var. D'im amour appuyé sur tant d« confiance.

^ Cette réponse brusque et violente est bien dans le caractère de Roxane, qui vient de reprocher à Bojazet qu'elle Ta laissé vivre. ( G. ) — Quant à la phrase qui suit, voudrais-tu point encore, point devait y

Me nier un mépris que tu crois que j'ignore ? Ne prétendrais-tu points par tes fausses couleurs* , Déguiser un amour qui te retient ailleurs ; Et me jurer enfin^ d'une bouche perfide , Tout ce que tu ne sens que pour ton Atalide?

fiAJAZBT.

Atalide^ madame ! 0 ciel ! qui vous a dit. . .

ROXANE

Tiens, perfide^ regarde, et démens cet écrit.

BAJAZET , après avoir regardé la lettre.

Je ne vous dis plus rien : cette lettre sincère D'un malheureux amour contient tout le mystère ; Vous savez un secret que tout prêt à s'ouvrir Mon cœur a mille fois voulu vous découvrir. J'aime, je le confessa ; et devant qu«e votre âme *, Prévenant mon espoir,, m'eût déclaré sa flamme , Déjà plein d'un amour dès l'enfance formé , A tout autre désir mon cœur était fermé. Vous me vîntes offrir et la vie et l'empire ; Et même votre amour, si j'ose vous le dire, Consultant vos Lien&its , les crut , et sur leur foi , De tous mes sentiments vou3 répondit pour moi'.

être précédé de la négation ne. C'est une liœnce que nous avons eu occasion d'indiquer dans une note précédente.

< Var. Nepréteiidnti9*tapoimt, i»r 4e fanâtes coulear»...

' Boileau et Radne ont employé cette façon da parler devcmt g»e -

c'était une raison pour la conserver ; mais l'aveugle tyrannie de l'usage

l'a supprimée. On lisait dans la première édition :

Et devant qu'à ma vue , Prévenant mon espoir, vousTussiez apparue. \0* )

* Etméme votre eimùnr... consulianï vos hxenfaxis : le sens de ces trois

vers se présente d'abord , on ne songe pas même à le chercher. Lorsqu'on

veut cependant le chercher, on trouve quelque difficulté , quoique la

constnictton soit tanès-nette : « Votre amour, consultatit vos bienfaits,

« crut qu'ils devaient m'engager à vous aimer, et vous répondit pour

« moi de tous mes sentiments. » (L. R. )

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