‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 254 sur 326 · ACTE V, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IV

Je connus votre erreur^ Mais que pouvais-je fkire?

Je vis en même temps qu'elle vous était chère.

Combien le trtae tente un cœur ambitieux !

Un si noble présent me fit onvrir les yeux.

Je chéris^ j'acceptai^ sans tarder davantage^

L'heureuse occasion de sortir d'esclavage ^

D'autant plus qu'il fallait l'accepter ou périr ;

D'autant plus que vou»4néme y ardente à me l'offrir ,

Vous ne craigniez rien tant que d'être refusée ;

Que même mes refus vous auraient exposée ;

Qu'après avoir osé me voir et me parler ,

Il était dangereux pour vous de reculer. ^

Cependant^ je n'en veux pour témoins que vos plimtes^

Ai-je pu vous tromper par des [promesses feintes ^?

Songez combien de fois vous m'avez reproché

Un sQence témoin de mon trouble caché :

Plus l'effet de vos soins et ma gloire étaient proches'^

Plus mon coeur ^ interdit ^ se faisait de reproched.

Le ciel^ qui m'entendait^ sait bien qu'en même temps

Je ne m'arrêtais pas à des vœux impuissants ;

Et si l'effet enfin ^ suivant mon espérance ,

Eût ouvert u:n champ libre à ma reconnaissance j

J'aurais^ par tant d'honneurs^ par tant de dignités y

Contenté votre orgueil et payé vos bontés • ,

Que vous-même peut-être ....

aOXANE.

Et que poufTais4u faire ?

Sans l'offre de ton cœur /par où peux-tu me [daire? Quels seraient de tes vœux les inutiles fruits? Ne te souvieni-il plus de tout ce que je suis?

' Var. i^otn de vous abuser par des promenés feintes...

' Vaa. Pins l'effet de vos soins , plus ma gloire étalent proche.»

' Yar. Contenté votre gloire , et payé vos bontés.

392 fiAJAZËT.

Maltresse du sérail , arbitre de ta vie ^ Et même de l'État^ qu'Amurat me confie > Sultane^ et^ ce qu'en vain j'ai cru trouver en toi. Souveraine d'un co&ur qui n'eût aimé que moi : Dans ce comble de gloire où je suis arrivée y A quel indigne honneur m'avais^tu réservée? Tralnerai&-je en ces lieux un sort infortuné^ Vil rebut d'un ingrat que j'aurais couronné^ De mon rang descendue^ à mille autres égale , Ou la première esclave enfin de ma rivale ? Laissons ces vains discours : et^ sans m'importuner ^ Pour la dernière fois, veux-tu vivre et régner? J'ai l'ordre d'Amurat , et je puis t'y soustraire. Mais tu n'as, qu'un moment : parle.

) Que faut-il faire ?

Ma rivale> est ici : suis-moi sans différer; Dans les mains des muets viens la voir expirer ^ ; Et, libre d'un amour à ta. gloire funeste , Viens m'engager ta foi : le temps fera le reste. Ta grâce est à ce prix, si tu veux l'obtenir.

Je ne l'accepterais que pour vous en punir; Que pour faire éclater aux yeux de tout l'empire L'horreur et le mépris que cette offre m'inspire. Mais à quelle fureur me laissant emporter. Contre ses tristes jours vais-je vous irriter ! De mes emportements elle n'est point complice.

' Racine y dans Tédition de 1676 , a irès-heurensement sobsUtaé oe vers terrible au suivant, dont Tidée et l'expression étaient égalei^ent répréhensibles :

De ton cœur pas sa mort viens me voir assurer. (G, )

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