ACTE I, SCENE V
Les Romains que j'attends arriveront trop tard :
(àXipharès.)
Comment faire? J'entends que votre cœur soupire, Et j'ai conçu l'adieu qu'elle vient de vous dire , Prince ; mais ce discours demande un autre temps ^ : Nous avons aujourdliui des soins plus importants. Mithridate revient peut-être inexorable : Plus il est malheureux^ plus il est redoutable. Le péril est pressant plus que vous ne pensez. Nous sommes criminels^ et vous le connaissez : Rarement l'amitié désarme sa colère ; Ses propres fils n'ont point de juge plus sévère ; Et nous l'avons vu même à ces cruds soupçons Sacrifier deux fils pour de moindres raisons. Craignons pour vous, pour moi, pour la reine elle-même . Je la plains d'autant plus que Mithridate l'aime. Amant avec transport, mais jaloux sans retour, Sa haine va toujours plus loin que son amour. Ne vous assurez point sur l'amour qu'il vous porte : Sa jalouse fureur n'en sera que plus forte. Songez-y. Vous avez la faveur des soldats ; Et j'aurais des secours que je n'explique pas. M'en croirefr-vous? Courons assurer notre grâce : Rendons-nous, vous et moi, maîtres de cette place ; Et faisons qu'à ses fils il ne puisse dicter Que les conditions qu'ils voudront accepter.
XIPUABÈS.
Je sais quel est mon crime , et je connais mon père , Et j'ai par-dessus vous le crime de ma mère;
peut reprendre cette expression , courir hasard , qui ne paraît pas digne du reste. ( G. ) — On peut reprendre aussi , trois vers plus bas , y ai conçu l'adieu, conçu pour compris; ce mot avait ce sens du temps de Racine. ( Voyez le Dictionnaire. )
■ Var. Mais nous en parlerons peut-être en d'autres temps.
432 MITHRÏDATE.
Mais quelque amour encor qui me pût éblouir ^ Quand mon père parait^ je ne sais qu'obéir.
PBABNACE.
Soyons-nous donc au moins fidèles Tun à l'autre : • Vous savez mon secret; j'ai pénétré le vôtre. Le roi, toujours fertile en dangereux détours. S'armera contre nous de nos moindres discours : Vous savez sa coutume, et sous quelles tendresses Sa haine sait cacher ses trompeuses adresses ^ Allons : puisqu'il le faut, je marche sur vos pas : Hais, en obéissant, ne nous trahissons pas.
' Ces vers ne répondent pas k la pureté et à Télôgance qu'ion admire dans cette scène : Vous savez sa cmitume est bien commun, et la haine qui cache des adresses sous des tendresses est encore plus répréhensible : tendresse, et surtout adrme, ne s'emploient pas au pluriel. (G.)