ACTE II, SCÈNE III
H courut démentir une mère infidèle ^ Et tira de son crime une gloire nouvelle y Et je ne puis encor ni n'oserais penser Que ce fils si fidèle ait voulu m'offenser. Mais tous deux en ces lieux que pouvaient-ils attendre ? L'un et l'autre à la reine ont-ils osé prétendre ? Avec qui semble-t-elle en secret s'accorder? Moi-même de quel œil dois-je ici Taborder? Parle. Quelque désir qui m'entraîne auprès d'elle^ 11 me faut de leurs coeurs rendre un compte fidèle *. Qu'est-ce qui s'est passé? Qu'as-tu vu? Que sais-tu? Depuis quel temps ^ pourquoi^ comment t'es-tu rendu?
ARBATE.
Seigneur^ depuis huit jours l'impatient Pharnace
Aborda le premier au pied de cette place * ;
Et de votre trépas autorisant le bruit ^
Dans ces murs aussitôt voulut être introduit »
Je ne m'arrêtai point à ce bruit téméraire ;
Et je n'écoutais rien, si le prince son frère.
Bien moins par ses discours, seigneur, que par ses pleurs,
Ne m'eût en arrivant confirmé vos malheurs.
MITHKIBATE.
Enfiji que firenl^ils?
AilBATE.
Pharnace entrait à peine, Qu'il courut de ses feux entretenir la reine , Et s'offrit d'assurer, par un hymen prochain , le bandeau qu'elle avait reçu de votre main.
' lllauvaise construction : il me faut rendre signifie dani^oeité plnrase il faut que je rende y et Racine veut dire au contraire : if faut que tu me rendes. Deux vers plos bas , le même mot est répété atec nft autre ser» : comment fei-fu rendu t Tout cela est très-négligé.
' L^exactitude grammaticale demanderait est abwdé , ^ non pas aborda. On dirait bien, il y a huit jours que Pharnaee ah)rêaî mais il faut dire ; depuis huit jours U est abordé. ( 6. )
Traître ! sans lui donner le loisir de répandre ' Les pleurs que son amour aurait dus à ma cendre ! Et son frère?
ARBATE.
Son frère ; au moins jusqu'à ce jour.
Seigneur, dans ses desseins n'a point marqué d'amour. Et toujours avec vous son cœur d'intelligence N'a semblé respirer que guerre et que vengeance.
Mais encor, quel dessein le conduisait ici?
ARBATE.
Seigneur, vous en serez tôt ou tard éclairci.
IQTHRIDATfi.
Parle , je te l'ordonne, et je veux tout apprendre.
ARBATE.
Seigneur, jusqu'à ce jour ce que j'ai pu comprendre % ' Ce prince a cru pouvoir, après votre trépas. Compter cette province au rang de ses États ; Et , sans connaître ici de lois que son courage , Il venait par la force appuyer son partage.
Ah ! c'est le moindre prix qu'il se doit proposer. Si le ciel de mon sort me laisse disposer. Oui, je respire, Arbate, et ma joie est extrême ; Je tremblais, je Tavoue , et pour un fils que j'aime. Et pour moî, qui craignais de perdre un tel appui,
* Sbakspeare ayant k rendre une idée toute semblable , fait dire à son Hamlet : êan$ avoir eu seulement le temps d'user les souliers qu'elle por^ tait à Venterrement de son mari. C'est la différence qui se trouve d'ordinaire entre la nature de Sbakspeare et celle de Racine. Aussi des critiques profonds app^ent-ils la première une nature vierge. ( L. )
' Pour que cette phrase fût régulière, il faudrait : Ce que fai pu eomprendrSf i^estquece prince, etc. ; ou, d'après cequeïai pu comprendre y ce prince , etc.