MITHRIDATE, MONIME
MITHBIDATE.
Madame, enfin le ciel près de vous me rappelle, . Et , secondant du moins mes plus tendres souhaits , Vous rend à mon amour plus belle que jamais * . Je ne m'attendais pas que de notre hyménée Je dusse voir si tard arriver la journée ; Ni qu'en vous retrouvant, mon funeste retour
* Épargnez ma douleur est une phrase commune. Épargnez vus malheurs est de la véritable élégance, de celle des grands écrivains : mais combien elle a peu de juges ! (L. }
' Voilà rinconvénient de ces amours qui sont par eux-mêmes audessous du genre et du personnage. Il s^agit bien ici du plus ou du moin» 4e beauté! Gela ne convient qu'à la comédie. (L.)
Fit voir mon infortune^ «t non pas mon amour * .
C'est pourtant cet amour qui y de tant de retraites ^
Ne me laisse choisir que les lieux où vous êtes ;
Et les plus grands malheurs pourront me semUer doux^
Si ma présence ici n'en est point un pour vous^.
C'est vous ea dire assez , si tous voulez m'entendre.
Vous devez à ce jour dès longtemps vous attendre ;
Et vous portez / madame , un gage de ma foi
Qui vous dit tous les jours que vous êtes à moi.
Allons donc assurer cette foi mutuelle.
Ma gloire loin d'ici vous et moi nous appelle;
TÊXy sans perdre un moment pour ce noble dessein >
Aujourd'hui votre époux, il faut partir demain.
MONIME
Seigneur^ vous pouvez tout : ceux par qui je respire Vous ont cédé sur moi leur souverain empire; Et quand vous userez de ce droit tout-puissant , Je ne vous répondrai qu'en vous obéissant.
Ainsi, prête à subir un joug qui vous opprime , Vous n'allez à l'autel que comme une victime ; Et moi, tyran d'un cœur qui sexefuse au mien. Même en vous possédant je ne vous devrai rien. Ah, madame ! est-ce là de quoi me satisfaire ? Faut-il que désormais , renonçant à vous plaire , Je ne f»*étende plus qu'à vous tyranniser? Mes malheurs, en un mot, me fbnt^ils mépriser^?
> Var. Ni qu'en tous revoyant, mon funeste retour
Marquât mon infortune , et non pas mon amour.
' Ce trait de défiance et de jakmsie est adroit et théâtral per rémotion qu'il doit causer àMomme. Tout ce discours, 'à Ton excepte les premiers vers, n'est pas d'un amant, mais d'un maStre. La Snest pleine d'art et de noblesse : on y voit un roi qui sait allier l'amour et la gloire » <^ qui est grand jusque dans sa faiblesse. ( G. )
^ Voilà d'un autre côté ce qui répare le mal : c'est parce que cet amour