ACTE II, SCÈNE IV
Ah t pour tenter encor de nouvelles conquêtes S Quand je ne verrais pas des routes toutes prêtes , Quand le sort ennemi m'aucût jeté ^us bas , Vaincu, persécuté, sans secours, sans États, Errant de mers en mers , et moins roi que pirate y Conservant pour tout bien le nom de Mîtliridate , Apprenez que, suivi d'un nom si glorieux' , Partout de Tunivers j'attacherais les yeux ; Et qu'il n'est point de rois, s'ils sont dignes de Fètre ^ Qui , sur le trône assis , n'enviassent peutrétre Au-dessus de leur gloire un nauficage élevé , Que Rome et quarante ans ont à peine achevé'.
mèprxU semble être pour Mithridate la dernière injure de la fortune , que la hauteur de son caractère forme un contracte avec «a situation , et que ce contraste est douloureux et tragique. Et voTez quel parti le poète en a su tirer, parce qu'il était éloquent I Comme le héros s'indigne et se rehausse à cette seule idée de mépris/ et avec quelle juste fierté il la repousse loin de lui! Les fautes sont ici en grande partie celles du siècle : les ressources et les réparations sont de Tauteur. (L. )
' Ici commence une magique période de douze vers «nchalnés Tun à l'autre avec un art admirable : période presque unique dans notre poésie, chef-d'œuvre d'harmonie et d'éloquence, qui montre ce que peut la langue française entre les mains d'un homme de génie. (Gt)
' Suiti d*un fiom : métaphore hardie, d'autant plus heuveuse qu'on la remarque à peine, et que dans son audace eiUe parait simple et naturelle. Racine possède seul le secret de ces figures» qui, dans son style enchanteur, sont de véritables inspirations du génie de la poésie et de l'éloquence. (G.)
' Ce dernier vers est à beau , qu'A suffirait pour excuser ce qu'il pourrait y avoir de hasardé dans le naufrage életé au-dessus A'uue gloire , qu'on a tant critiqué; car plus les fautes sont rares , moins on les pardonne. Quant à moi» je trouverais la justificatiça de ce v^srs prédséoientdans ce qu'on a dit pour le blâmer. On a «bercbé où pouvait être Vimage d'un naufrage élevé au-dessus d'une gloire ; et pourquoi y chercher une imqge? pourquoi ne serait-ce pas toutisimptomept une idée? et en quoi est-elle mal rendue? Ne dirait-on pas bien, même en vers, mmi naufrage m' éUve au-dessus de leur gloire? Qu'a lait le poète, que de mettre le tmufragt à la place de la personne.? C'est toujours la seule idée
444 MITHRIDATË.
Vous-même > d'un autre œil me verriez-vous^ madame^
Si ces Grecs vos aïeux revivaient dans votre àme?
Et^ puisqu'il faut enfin que je sois votre époux ^
N'était-il pas plus noble , et plus digne de vous ,
De joindre à ce devoir votre propre suffrage ^
D'opposer votre estime au destin qui m'outrage ^ ;
Et de me rassurer^ en flattant ma douleur,
Contre la défiance attachée au malheur?
Hé quoi! n'avez-vous rien^ madame ^ à me répondre ?
Tout mon empressement ne sert qu'à vous confondre.
Vous demeurez muette; et^ loin de me parler.
Je vois, malgré vos soins, vos pleurs prêts à couler.
HONIME.
Moi, seigneur? Je n'ai point de larmes à répandre. J'obéis : n'esirce pas asjsez me faire entendre? Et ne suffit-il pas. . .
MITHRIDATË.
Non , ce n'est pas assez.
Je vous entends ici mieux que vous ne pensez ; Je vois qu'on m'a dit vrai. Ma juste jalousie Par vos propres discours est trop bien éclaircie; Je vois qu'un fils perfide, épris de vos beautés ;, Vous a parlé d'amour, et que vous Técoutez. Je vous jette pour lui dans des craintes nouvelles; Mais il jouira peu de vos pleurs infidèles ^ Madame; et désormais tout est sourd à mes lois^. Ou bien vous l'avez vu pour la dernière fois. Appelez Xipharès*.
de supériorité quHl a votilu exprimer, sans prétendre faire on tableau ; et tout se réduit ici à une métonymie très-permise. (L. )
* Vers qui relève et embellit encore celui qui le précède. La pensée qu'il renferme est aussi noble, aussi délicate que juste : rien n'est plus théâtral que la situation d'une femme entre Tamour et la vertu, entre le devoir et le sentiment. (G.)
^ Un vieillard jaloux qui remet sa maîtresse sous la garde de son fite