‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 290 sur 326 · MITHRIDATE, MONIME, XIPHARÈS · texte numérisé non relu

MITHRIDATE, MONIME, XIPHARÈS

MITHBIDATE.

Venez, mon fils; venez, votre père est trahi. Un fils audacieux insulte à ma ruine,

qui en est aimé, présente une sitoation naturellement comique. Pourquoi donc cette scène a-t-elle un effet tragique au théAtre, et même à la lecture ? H y en a de bonnes raisons : d'abord, c'est que la cruauté jalouse et inflexible de Mithridate est déjà connue et caractérisée par les menaces qu*il a faites , et par les vengeances qu'il annonce : on doit donc craindre pour les deux amants , et Ton veut voir comment ils se tireront d'une situation que la confiance momentanée de Biithridate ne rend que plus embarrassante et plus critique. Ensuite, c'est que la scène suivante entre Monime et Xipharès, scène oii l'amour est si noblement sacrifié au devoir, est pathétique, et inspire un juste intérêt pour les deux amants. Enfin, c'est que les sentiments et les vers sont d'une vérité et d'une beauté si touchante, que les spectateurs sont attendris jusqu'aux larmes de ce qui, sous une autre forme, les^aurait fait rire; et c'est là que le poète est vraiment le magicien d'Horace : fit maqus. (L.)

Traverse mes desseins^ m'outrage^ m'assassine^ Aime la reine enfin , lui plaît ^ et m6 ravit Un cœur que son devoir à moi seul asservit. Heureux pourtant^ heureux > que dans cette disgrâce Je ne puisse accuser que la main de Phamace; Qu'une mère infidèle > unfrtee audacieux. Vous présentent en vain leur exemple odieux! Oui y mon fils, c'est vous seul sur qui je me repose , Vous seulqu'auxgrands desseînsque mon oœur sepropo- J'ai choisi dès longtemps ]K>ur digne c<Mnpagnon > [se L'héritier de mon sceptre, et surtout de mon nom. Pharnace, en ce moment, et ma flamme offensée. Ne peuvent pas tout seuls occuper ma pensée : D'un voyage important les soins et les apprêts , Mes vaisseaux qu'à partir il faut tenir tout prêts , Mes soldats, dont je veux tenter la complaisance , Dans ce même moment demandent ma présence. Vous cependant ici veillez pour mon repos; D'un rival insolent arrêtez les complots : Ne quittez point la reine; et ; s'il se peut, vous-même Rendez-la moins contraire aux vœux d'unroi qui Taime. Détournez-la, mon fils, d'un choix injurieux : Juge sans intérêt^ vous la convaincrez mieux. En un mot , c'est assez éprouver ma faiblesse : Qu'elle ne pousse point cette même tendresse , Que sais-je? à des fureurs dont mon cœur outragé Ne se repentirait qu'après s'être vengé*.

* Cette pensée semble imitée d*Oyide , qui Ikit dire à Médée :

< Qqo feret ira , sequar : facti fortaase pigebit » « Tout ce qoe la colère m'inspirera, je le ferai, dusse- je m'en repentir. »

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