‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 291 sur 326 · MONIME, XIPHARÈS · texte numérisé non relu

MONIME, XIPHARÈS

Que dirsùrje, madÉme? et comment dois-je entendre Cet ordre^ ce disGoors que je ne pois comprendjre? Serait-il vvaî, grands dieu! que, trop aimé de voils^ Phamace eût en effet mérité ee courroux ? Phamace aurait-il part à ce désordre extrême?

Pharnace? 0 ciel! Phamaeel Abl qu'entends-j e moi-même?

Ce n'est donc pas assez que ce funeste jour

A tout ce que j^aimais m'arrache sans retour ,

Et que y de mon devoir esdave infortunée ,

A d'étemels ennuis je me voie enchaînée ?

Il faut qu'on joigne eneor l'ontiage à mes douleurs !

A l'amour de Pharnace on impute mes pleurs !

Malgré toute ma haine on veut qu'il m'ait su plaire !

Je le pardonne au toi, qu'aveugle sa colère^

Et qui de mes secrets ne peut être éclaira ;

Hais vous^ seigneur^ mais vous> me tcaîtea-vaus ainsi !

XIFHAEÈS.

Ah ! madame , excuses mi amant qui s'égare , Qui lui-même^ lié par un devoir barbare^ Se voit près de tout perdre , et n'ose se venger * . Mais des foreurs du roi que puis-je enfin juger ? Il se plaint qu'à ses vœux un autre amour s'tippose : Quel heureux criminel en peut être la cause? Qui? Parles.

MONIME

Vous cherchez, prince, à vous tounnenter. Plaignez votre malheur, sans vouloir raugmenter.

> Var. Se voit prêt de toat perdre , et n'ose se yenger.

448 MITHRIDATË.

XIPHARÈS

Je sais trop quel tourment je m'apprête moi-même. C'est peu de voir un père épouser ce que j'aime : Voir encore un rival honoré de vos pleurs^ Sans doute c'est pour moi le comble des malheurs ; Mais dans mon désespoir je cherche à les accroître. Madame 9 par pitié, faites-le-moi connaître^ : Quel est-il , cet amant? Qui dois-je soupçonner?

MONIME

Avez-vous tant de peine à vous l'imaginer? Tantôt, quand je fuyais une injuste contrainte, A qui contre Pharnace ai-je adressé ma plainte? Sous quel appui tantôt mon cœur s'est-il jeté*? Quel amour ai-je enfin sans colère écouté?

XIPHARÈS

0 ciel! Quoi! je serais ce bienheureux coupable* Que vous avez pu voir d'un regard favorable? Vos pleurs pour Xipharès auraient daigné couler?

MONnfE.

Oui, prince : il n'est plus temps de le dissimuler; Ha douleur pour se taire a trop de violence. Un rigoureux devoir me condamne au silence : Mais il faut bien enfin , malgré ses dures lois , Parler pour la première et la dernière fois. Vous m'aimez dès longtemps : une égale tendresse

' Il est nécessaire de rappeler ici une remarque déjà faite : c'est que Racine écrivait connaître, paraître^ etc., avec un a. Aujourd'hui cette orthographe rend la rime aussi défectueuse à Pœil qu'elle Test à Toreille. On prononçait autrefois accraitr0 pour accrottre,

' Un c€tur qui se jette sous un appui : cette métaphore n'est ni agréable ni juste. (G.)

' Nous avons déjà remarqué ce mot de bienheureux : on dirait aujourd'hui ce fortuné coupable. Mais ce qui est plus important, c^est que la scène de déclaration n'est plus ici au-dessous de la tragédie, parce qu'il y a danger et sacrifice. ( L. )

Page 1