‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 299 sur 326 · ACTE lïl, SCÈNE 1. 46S · texte numérisé non relu

ACTE lïl, SCÈNE 1. 46S

Et y si ce grand dessein surpasse ma valeur^ Du moins ce désespoir convient à mon malheur. Trop heureux d'avancer la fin de ma misère , J'irai . . . J'effacerai le crime de ma mère ^ . Seigneur^ vous m'en voyez^ rougir à vos genouxT^ J'ai honte de me voir si peu digne de vous; Tout mon sang doit laver une tache si noire. Mais je cherche un trépas utile à votre gloire; Et Rome ^ unique objet d'un désespoir si beau ^ Du fils de Mithridate est le digne tombeau.

MITHBIJDATB , m levant.

Mon fils^ ne parlons plus d'une mère infidèle.

Votre père est content^ il connaît votre zèle.

Et ne vous verra point affronter de danger

Qu'avec vous son amour ne veuille partager ;

Vous me suivrez; je veux que rien ne nous sépare.

Et vous^ à m'obéir^ prince^ qu'on se prépare ;

Les vaisseaux sont tout prêts : j'ai moi-même ordonné

La suite et Tappareil qui vous est destiné.

Arbate, à cet hymen chargé de vous conduire,

De votre obéissance aura soin de m'instruire.

Allez ; et soutenant l'honneur de vos aïeux ,

Dans cet embrassement recevez mes adieux.

PHARNACE

Seigneur...

Ha volonté, prince, vous doit suffire.

Obéissez. C'est trop vous le faire redire.

PHARNACE

Seigneur, si, pour vous plaire, il ne faut que périr,

' Xipharès peut craindre que le jaloux et défiant Mitbridate n*attribue son désespoir à la passion de Monime : il détourne avec beaucoup d'art les soupçons du roi, en lui persuadant que ce désespoir n'a pour cause que la trahison de sa mère. ( G. )

Plus ardent qu'aucun autre on m'y verra courir : Combattant à vos yeux permettez que je meure.

MITHEIDATE.

Je vous ai commandé de partir tout à Tbeure * . Mais après ce moment... Prince y vous m'entendez , Et vous êtes perdu si vous me répondez.

PHARNAOS.

Dussiez-vous présenter mille morts à ma vue ' ^ Je ne saurais chercher une fille inconnue. Ma vie est en vos mains.

Ah ! c'est où je t'attends'.

' CeUe altercation entre le père et le fils répand sur la fin d'une si longue scène une chaleur et un intérêt extraordinaires. Tout à Vhmre est une expression très-simple , qui n'a rien de bas', et qui donne au style un air plus naturel. Ce dialogue est vif, rapide, attachant; c'est un modèle de bon goût et de vérité : c'est là que Phamace développe son caractère; tous ses discours sont spécieux, mesurés, et pleins d'artifice.

' Var. Seigneur, dût-on offrir mille morts à ma vue... ^ Cette tirade de Mithridate respire la mâle et saine éloquence des anciens. La haine» la jalousie et la colère du roi , longtemps retenues par sa dissimulation, s'ouvrent enfin un libre passage." Depuis le grand discours de Mithridate, toute la scène , pleine de mouvements dramatiques, est graduée avec vn art profond : c'est ce choc des trois caractères qui distingue cet entretien de Mithridate avec ses enfants des autres grandes scènes connues au théâtre , et qui lui assure le premier rang comme conception théâtrale. Dans la délibération d'Auguste , tout est raisonnement ; Cinna et Maxime né sont que les conseillers d'Auguste. Dans Bodo(jfttti€, quelque terrible que soit la proposition de Cléopâtre, elle s'adresse à deux jeunes princes soumis et respectueux , qui osent à peine faire éclater leur opposition aux sentiments do leur mère. Dans Pompée, le conseil du jeune roi Ptolomée, qui ouvre la pièce, devient languissant et froid, parce qu'il n'est rempli que de harangues politiques ; enfin la scène de Néron avec Agrippine , plus profonde , comme je l'ai déjà observé, pour la peinture des caractères, plus grave et plus austère pour le style , a cependant moins d'éclat et de mouvement dramatique. Dans la scène de Mithridate, Phamace est arrêté; Xipharès est dénoncé; Mithridate lui-même, plongé dans les plus noirssoupçons, et dans le plus

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