‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 314 sur 326 · ACTE IV, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE IV

Avant que de partir^ pourquoi vous taisiez-vous? Attendiez-vous^ pour faire un aveu si foneske^ Que le sort ennemi m'eût ravi tout le reste , Et que y de toutes parts me voyant accabler , J'eusse en vous le seul bien qui me put consder Cependant, quand je veux oublier cet outrage , Et cacher à mon eceur cette funeste image y Vous osez à mes yeux rappeler le passé! Vous m'accusez encor, quand je suis offensé ! Je vois que pour un traître un fol espoir vous flatte, A quelle épreuve , b ciel , réduis-tu Mithridate? Par quel charme secret laissé-je retenir Ce courroux si sévère et si prompt à punir? Profitez du moment que mon amour vous donne : Pour la dernière fois , venez , je vous r<HPdoniie. N'attirez point sur vous des périls superflus, Pour un fils insolent que vous ne verrez plus. Sans vous parer pour lui d'une foi qui m'est due * , Perdfiz-eai la mémoire , aussi bien que la vue ; Et désormais, sensible à ma seule bonté. Méritez le pardon qui vous est présenté,

BIONIME.

Je n'ai point oublié quelle reconnaissance. Seigneur, m'a dû ranger sous votre obéissance : Quelque rang où jadis soient montés mes aïeux. Leur gloire de si loin n'éblouit point mes yeux*.

' S9 partr d'une foi : manière poétique de dire : Sans affecter de lui garder «ne/oi gui m'est due. Perdre la mémoire, aussi him que la vue, dans le vers suivant , semble manquer de justesse. On ne dit pas perdre ia fme de quelqu'un» pour exprimer qu'on est privé de sa prince.

' Elle lui fait entendre qu'elle n^étedt point, par sa naissance, si indigne de lui. Mais avec quelle humilité elle s'exprima ! Elle ne parle que dereoonnaiMance, d'obéissance, et s^avoue bien au-dessous des grandeurs (ftni si nobfe hyménée , parce qu'elle ne mérite pas l'honneur d*ap- {larienir au plus grand des humains ; et elle s'humilie à ce point avant

Je songe avec respect de combien je suis née

Au-dessous des grandeurs d'un si noble hyménée;

Et, malgré mon penchant et mes premiers desseins

Pour un fils y après vous^ le plus grand des humains ,

Du jour que sur mon front on mit ce diadème S

Je renonçai, seigneur ^ à ce prince, à moi-même.

Tous deux d'intelligence à nous sacrifier.

Loin de moi^ par mon ordre ^ il courait m'oublier.

Dans l'ombre du secret ce feu s'allait éteindre*;

Et même de mon sort je ne pouvais me plaindre y

Puisque enfin , aux dépens de mes vœux les plus doux.

Je faisais le bonheur d'un héros tel que vous.

Vous seul, seigneur, vous seul vous m'avez arrachée*

A cette obéissance où j'étais attachée;

Et ce fatal amour dont j'avais triomphé.

Ce feu que dans l'oubU je croyais étouffé.

Dont la cause à jamais s'éloignait de ma vue.

que de lui déclarer que son litesb plus triste pour elle que le tombeau. ( L. R.) * Var. Dn Jour qu'on m'imposa pour tous ce diadème.

' L'ombre du secret» et un feu qui s'éteint dans cette ombre: quel charme, nous dirons même quelle pudeur dans cette expression, qui enrichissait la langue pour la première fois ! Il courait m'oublier : quelle énergie de style! Monime passe avec rapidité sur ce sacrifice douloureux ; elle aime trop pour s'arrêter à cette idée : un mot lui suffît pour exprimer combien TeCTort a été pénible. Voyez ensuite avec quel art elle revient à Mithridate.

' Ici Monime prend un ton plus ferme : après s'être justifiée, elle accuse; mais quelle masure, quelle dignité, quelle sensibilité noble et fièrc dans ses reproches ! Remarquez la période poétique qui commence à ce vers et finit à

Vos détours Tout surpris, et m*en ont convaincue. La poésie a sa période et ses phrases comme la musique. J'ai déjà fait observer que Mithridate est une des pièces où Racine a répandu avec le plus de profusion ces phrases si nombreuses, si cadencées, si riches d'élocution. (G.)

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