ACTE IV, SCENE V. 4S
Et vous^ heureux Romains^ quel triomphe pour vous^ !
Si vous saviez ma honte , et qu'un avis fidèle
De mes l&ches combats vous portât la nouvelle !
Quoi ! des plus chères mains craignant les trahisons * ,
J'ai pris soin de m'armer contre tous les poisons ;
J'ai su par une longue et pénible industrie >
Des plus mortels venins prévenir la furie :
Ah ! qu'il eût mieux valu ^ plus sage et plus heureux.
Et repoussant les traits d'un amour dangereux ,
Ne pas laisser remplir d'ardeurs empoisonnées
Un cœur déjà glacé par le firoid des années!
De ce trouble fatal par où dois-je sortir* ?
* Imitation d'Homère. Nestor» dans le discours qu*il adresse aax chefs de Tannée grecque, au sujet de la querelle d'AgaJaoemnon et d* Achille» s*écrie de même : a Quelle joie pour Priam, pour ses enfants, et pour «c tous les Troyens, si la renonamée leur porte la nouvèUe* des fatales <f discordes qui s^élèvent entre deux héros , les premiers de la Grèce en « prudence! » (IHade, liv. h) (G.)
' Voltaire citait souvent ces vers comme un modèle d'élégance , d'harmonie et de goût. Mithridate , dans Appien, s'exprime ainsi : a C'est en « vain que j'ai recours au poison. Je n'ai que trop bien réussi à me prête munhr contre ses effets. Insensé ! je ne me suis pas mis en garde contre c( un poison plus dangereux , et qui attaque la vie de tous les rois : la « perfidie de mes enfeoits, de mes amis, de mes soldats. »
' Ce monologue est admirable. Les sentiments, qui naissent les uns après les autres , se détruisent les uns les autres ; ce qui doit être. Si Mithridate s'est trouvé dans une pareille situation , il a dît tout ce que le poète lui fiait dire. Il a dû d'abord vouloir sacrifier son fils; il a dû se rappeler que ce fils lui était nécessaire pour se venger des Romains; il a dû croire les Romains témoins de ses faiblesses; il a dû condamner la précaution qu'il a eue de s'armer contre tous les poisons, lorsqu'il ne 9'est point armé contre le poison le plus dangereux de tous. (L. R. )
490 MITHRIDATB.
SۃNE VI.
MITHRIDATE, ARBATE.
ARBATE.
Seigneur^ tous vos soldats refuseai de partir ^ : Phamace les retient^ Pbarnaoe leur révèle Que vous cherdiez à Rome une guerre nouvelle.
MITHRIDATK.
Phamace?
AXBATE.
Il a séduit ses gardes les pfemiers ; Et le seul nom de Rome étonne les plus fiers *. De mille afireux périls ils se formait Timagie. Les uns avec transport embrassent le rivage; Les autres^ qui partaient^ s^élancent dans les flots ^ Ou présentant leurs dards aux yeux des matelots. Le désordre est partout; et loin de nous ent^adre^ Ils demandent la paix^ et parlent de se rendre. Phamace est à leur tète; et^ flattant leurs souhaits^ De la part des Romains^ il leur promet la paix«
BfrrHRmATE.
Ah , le traître ! Courez : qu'on appelle son frère ; Qu'il me suive, qu'U vienne au secours de son père.
ARBATE.
J'ignore son dessein; mais un soudain transport L'a déjà fait descendre et courir vers le port; Et Ton dit que ^ suivi d'un gros d'amis fidèles On Ta vu se mêler au milieu des rebelles*.
' Var. Seigneur, tous Yot soldats ne Yeulent plus partir.
' Encore une manyaise rime pour Toreille, par la môme raison que celle de fiers et foyers, ( L. )
' Cette méprise , très-naturelle dans ces conjonctures , est un de ces moyens aussi simples en eux-mêmes qu*ingénieusement choisis , dont