‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 317 sur 326 · ACTE IV, SCENE V. 4S · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE V. 4S

Et vous^ heureux Romains^ quel triomphe pour vous^ !

Si vous saviez ma honte , et qu'un avis fidèle

De mes l&ches combats vous portât la nouvelle !

Quoi ! des plus chères mains craignant les trahisons * ,

J'ai pris soin de m'armer contre tous les poisons ;

J'ai su par une longue et pénible industrie >

Des plus mortels venins prévenir la furie :

Ah ! qu'il eût mieux valu ^ plus sage et plus heureux.

Et repoussant les traits d'un amour dangereux ,

Ne pas laisser remplir d'ardeurs empoisonnées

Un cœur déjà glacé par le firoid des années!

De ce trouble fatal par où dois-je sortir* ?

* Imitation d'Homère. Nestor» dans le discours qu*il adresse aax chefs de Tannée grecque, au sujet de la querelle d'AgaJaoemnon et d* Achille» s*écrie de même : a Quelle joie pour Priam, pour ses enfants, et pour «c tous les Troyens, si la renonamée leur porte la nouvèUe* des fatales <f discordes qui s^élèvent entre deux héros , les premiers de la Grèce en « prudence! » (IHade, liv. h) (G.)

' Voltaire citait souvent ces vers comme un modèle d'élégance , d'harmonie et de goût. Mithridate , dans Appien, s'exprime ainsi : a C'est en « vain que j'ai recours au poison. Je n'ai que trop bien réussi à me prête munhr contre ses effets. Insensé ! je ne me suis pas mis en garde contre c( un poison plus dangereux , et qui attaque la vie de tous les rois : la « perfidie de mes enfeoits, de mes amis, de mes soldats. »

' Ce monologue est admirable. Les sentiments, qui naissent les uns après les autres , se détruisent les uns les autres ; ce qui doit être. Si Mithridate s'est trouvé dans une pareille situation , il a dît tout ce que le poète lui fiait dire. Il a dû d'abord vouloir sacrifier son fils; il a dû se rappeler que ce fils lui était nécessaire pour se venger des Romains; il a dû croire les Romains témoins de ses faiblesses; il a dû condamner la précaution qu'il a eue de s'armer contre tous les poisons, lorsqu'il ne 9'est point armé contre le poison le plus dangereux de tous. (L. R. )

490 MITHRIDATB.

SۃNE VI.

MITHRIDATE, ARBATE.

ARBATE.

Seigneur^ tous vos soldats refuseai de partir ^ : Phamace les retient^ Pbarnaoe leur révèle Que vous cherdiez à Rome une guerre nouvelle.

MITHRIDATK.

Phamace?

AXBATE.

Il a séduit ses gardes les pfemiers ; Et le seul nom de Rome étonne les plus fiers *. De mille afireux périls ils se formait Timagie. Les uns avec transport embrassent le rivage; Les autres^ qui partaient^ s^élancent dans les flots ^ Ou présentant leurs dards aux yeux des matelots. Le désordre est partout; et loin de nous ent^adre^ Ils demandent la paix^ et parlent de se rendre. Phamace est à leur tète; et^ flattant leurs souhaits^ De la part des Romains^ il leur promet la paix«

BfrrHRmATE.

Ah , le traître ! Courez : qu'on appelle son frère ; Qu'il me suive, qu'U vienne au secours de son père.

ARBATE.

J'ignore son dessein; mais un soudain transport L'a déjà fait descendre et courir vers le port; Et Ton dit que ^ suivi d'un gros d'amis fidèles On Ta vu se mêler au milieu des rebelles*.

' Var. Seigneur, tous Yot soldats ne Yeulent plus partir.

' Encore une manyaise rime pour Toreille, par la môme raison que celle de fiers et foyers, ( L. )

' Cette méprise , très-naturelle dans ces conjonctures , est un de ces moyens aussi simples en eux-mêmes qu*ingénieusement choisis , dont

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