‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 316 sur 326 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

Elle me quitte ! Et moi , dans un lâche silence ,

Je semble de sa fuite approuver Tinsolence !

Peu s'en faut que mon cœur, penchant de son côté.

Ne me condamne encor de trop de cruauté * !

Qui suis-je? Est-ce Monime? Et suis-je Mithridate?

Non, non, plus de pardon, plus d'amour pour Fingrate*.

Ma colère revient, et je me reconnois* :

Immolons, en partant, trois ingrats à la fois.

Je vais à Rome; et c'est par de tels sacrifices

Qu'il faut à ma fureur rendre les dieux propices '.

Je le dois^ je le puis; ils n'ont plus de support :

Les plus séditieux sont déjà loin du bord.

' Var. Et que d'un plein effet vos vveux seraient suivis.

' Qa dit aecuur de, et ctmàamntr pomr; mais le coot tetaer n'aurait point vendu toute la prisée de Racine. Peut-être qu'en faisant suivre le Yâcbe eondanHi^r de la prépoeiUon ée , il n*a fisôt que se oonfonner à un 'usage reçu à Tépoque où il écrivait, ainsi que Uolière en offire des exemples. Au reste], c*est un latinisme qui parait logique; puisqu'on dit accmser de, absoudre dé y œwùoxnert de y pourquoi ne dirait-on pas condamner de?

» Ondirait que Racine a calqué ce mondkïgaa de Mitfahdate sur c^ui d'Auguste dans Ckma : on y remarque la mômB marche» les némes mouvements. Racine ne pouvait se proposer un modèle plus pariait» et personne n'était plus capable que Racine d'égaler ce modèle. ( G. }

* Cette rime, reconnois ei],à la fois, déplaît aujourd'hui. L*andenne prononciation était cause qu'elle ne choquait point. ( L. R. )

* Il faut être Mithridate pour s'imaginer que de pàrefls sacrifices -lui rendront les dieux favorables ; et, un peu plus loin, il faut encore être Mithridate pour faire un crime à Monime de son amour pour elle :

Ah ! c'est un crime encor dont je la veux, punir- ti<. R»)

488 MITHRIDÂTE.

Sans distinguer entre eux qui je hais ou qui j'aime^ Allons^ et commençons par Xipharès lui-même. Mais quelle est ma fureur? et qu'est-ce que je dis? Tu vas sacrifier... qui^ malheureux? Ton fils! Un fils que Rome craint ! qui peut venger son père ^ I Pourquoi répandre un sang qui m'est si nécessaire? Ah! dans Tétat funeste où ma chute m'a mis^ Esirce que mon malheur m'a laissé trop d'amis? Sougeons plutôt^ songeons à gagner sa tendresse : J'ai besoin d'un vengeur^ et non d'une maltresse*. Quoi 1 ne vaut-il pas mieux^ puisqu'il faut m'en priverai La céder à ce fils que je veux conserver? Cédons-la. Vains efforts^ qui ne font que m'instruira Des faiblesses d'un cœur qui cherche à se séduire ! Je brûle, je l'adore; et, loin de la bannir... Ah! c'est un crime encor dont je la veux punir'. Quelle pitié retient mes sentiments timides? N'en ai-je pas déjà puni de moins perfides? 0 Monime! 6 mon fils ! Inutile courroux!

' Cette raison politique est admirable dans la bouche de Mithridate. ( L. B.) Être craint des Romains, pouvoir venger son père, sont des qualités qui rendent Xipharès plus précieux aux yeux de Ifithridate que son titre de fils. (G.)

^ G^estla condamnation de Mithridate dans Tordre de la raison : c*est son excuse dans Tordre dramatique. On ne Texcuse que parce qu*ii se condamne. G*est le but de la vraie tragédie, de montrer les passions de manière à les faire plaindre dans les personnages qu*elles rendent malheureux, et à nous en faire rougir pour eux de manière à les éviter pour nous-mêmes. (L.)

* Après ce vers, on lisait dans les premières éditions les quatre vers suivants , que Racine a depuis supprimés :

Mon amoor trop longtemps tient ma gloire captive. Qu'elle périsse seule , et que mon fils me suive. Un peu de fermeté , punissant ses refus , Me va mettre en état de ne la craindre plus. Quelle pitié» etc.

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