MITHRIDATE, MONIME, XIPHARÈS, ARBATE
PHCEDIME', ARCAS, GARDES qal soutiennent MUhrUate.
MOmME.
Ah ! que vois-je , seigneur^ et quel sort est le v6tre !
Cessez, et retenez vos larmes l'un et l'autre :
( montrant Xipbarès. )
Mon sort de sa tendresse et de votre amitié Veut d'autres sentiments que ceux de la pitié ; Et ma gloire , plutôt digne d'être admirée , Ne doit point par des pleurs être déshonorée. J'ai vengé l'univers autant que je l'ai pu : La mort dans ce projet m'a seule interrompu. Ennemi des Romains et de la tyrannie , Je n'ai point de leur joug. subi l'ignominie; Et j'ose me flatter qu'entre les noms fameux Qu'une pareille haine a signalés contre eux. Nul ne leur a plus fait acheter la victoire , Ni de jours malheureux plus rempli leur histoire \ Le ciel n'a pas voulu qu'achevant mon dessein Rome en cendres me vit expirer dans son sein ; Mais au moins quelque joie en mourant me console : J'expire environné d'ennemis que j'immole;
date, et non pas Mooime; mais on lui pardonne Tolontia^ cette erreur, et sa douleur est d'autant plus généreuse, qu'elle plaint celui qui Topprimait, et qu'elle aime mieux s'accuser elle-même que d'accuser son ennemi. (L.)
' Dans la première édition, Phcsdime ne figure pas parmi les personnages de cette scène.
' Var. Et de jours malheureux plus rempli leur histoire.
A^CTE V, SCÈNE V. ii03
Dans leur sang odieux j'ai pu tremper mes mains; Et mes derniers regards ont vu fuir les Romains. A mon fils Xipharès je dois cette fortune: 11 épargne à ma mort leur présence importune. Que ne puis-je payer ce service important De tout ce que mon tr6ne eut de plus éclatant ! Mais vous me tenez lieu d'empire ^ de couronne ; Vous seule me restez : souffrez que je vous donne \ Madame; et tous ces vœux que j'exigeais de vous^ Mon cœur pour Xipharès vous les demande tous.
MONIMB.
Vivez, seigneur, vivez, pour le bonheur du monde. Et pour sa liberté, qui sur vous seul se fonde*; Vivez pour triompher d'un ennemi vaincu , Pour venger...
C'en est fait, madame , et j'ai vécu.
Mon fils , Bongez à vous : gardez-vous de prétendre Que de tant d'ennemis vous puissiez vous défendre. Bientôt tous les Romains , de leur honte irrités , Viendront ici sur vous fondre de tous côtés. Ne perdez point le temps que vous laisse leur fuite A rendre à mon tombeau des soins dont je vous quitte. Tant de Romains sans vie, en cent lieux dispersés,
' Dans Us Trachiniennes de Sophocle, Hercule mourant donne sa maltresse lole à son fils Hyilus, de même que Mithridate donne Monime à Xipharès. lole est la cause de ht mort d'Hercule par la jalousie qu'elle a inspirée à Déjanire : on peut dire aussi que Monime a causé la mort de Mithridate , en lui inspirant de la jalousie et de la haine contre Xipharès ; mais Hyilus n'est point l'amant d'Iole et le rival de son père» ce qui met une grande différence dans la situation. Le P. Brumoy est allé trop loin , lorsqu'il a voulu présenter comme une conformité parfaite une ressemblance assez légère. (G. )
3 Vaa. vivez , seigneur, vivez , pour nous voir l'un et l'autre Sacrifier toDjoiirs notre bonheur au vôtre.
Suffisent à ma cendre et Thonorent assez. Cachez-leur pour un temps vos noms et votre vie. Allez , réservez-vous. . .
XiPHARÈS.
Moi y seigneur I <]ue je fuie !
Que Pharnace impuni, les Romains triomphants S N'éprouvent pas bientôt.. •
lOTHBinATE.
Non j je vous le défends.
Tôt ou tard il faudra que Pharnace périsse : Fiez-vous aux Romains du soin de son supplice*. Mais je sens affaiblir ma force et mes esprits; Je sens que je me meurs. Approchez-vous^ mon fils ; Dans cet embrassement dont la douceur me flatte , Venez, et recevez Tàme de Mithridate*.
' Les grands écrivains ont le droit de créer des mots : impuni, appliqué aux personnes , manquait à notre langue et à notre poésie ; je ne ferais aucune difficulté de m*en servir même en prose : je dirais un scélérat impuni aussi bien qu'un erime impuni; à plus forte raison, je crois que les poètes ne doivent se faire aucun scrupule de remployer en vers. (G.)
^ Ce vers plein d^amertume a le double mérite d'annoncer le sort de Pharnace, et de peindre d'un trait la politique extérieure du peuple-roi. Les Romains se sont servis du fils pour accabler le père ; ils briseront rinstrument dès qu*il sera inutile. A la suite de ce beau vers, on lit, dans la première édition , une tirade que Racine supprima dans les éditions suivantes :
Le Partlie qu'ils gardaient pour triomphe dernier » Seal enoor sqob le Joog refuse de plier : . Allea le joindre. Allez chez ce peuple indomptable Porter de mon débris le reste redoutable. J'espère , et je m'en forme un présage certain , Que leurs champs bienheureux boiront le sang romain ; Et , si quelque vengeance à ma mort est promise » Que c'est à leur yaleur que le ciel l'a remise. Mais je sens « etc.
' Mithridate s'exprime de la manière la plus conforme aux idées des anciens, qui donnaient le nom d*irnima ou de spiritus au dernier souffle
ACTK V, SCÈNE V. 505
MÔNIME.
11 expire.
XIPHARÈS
Ah! madame^ unissons nos douleurs^ Et par toutFunivers cherchons-lui des vengeurs*.
de la vie. ( G. ) — Liv. IV de V Enéide, Didon s'écrie sur son bûclier :
c Accipite banc animam. ».
0 Recevez cette âme. » Sa sœur lui dit en Tembrassant :
c Extremus si quls fiiper halitus errât , « Ore legam. >
V< Ma bouche veut recueillir le dernier souffle qui s^échappe de son sein. » * Racine n'a manqué aucun des traits dont les historiens ont marqué le caractère du fameux roi de Pont. Son infatigable haine contre les Romains, Taudace et les ressources de son génie, sa politique défiante et cruelle ,% sa. dissimulation artificieuse, sa jalousie barbare, qui avait si souvent sacrifié ses femmes à son orgueil , tout est fidèlement retracé dans ce r6le , et les couleurs ont autant d'éclat que de force. C'est véritablement une tète antique. Mais Mithridate , à son âge et dans sa situation, devait-il être amoureux? L'opinion générale , qui là-dessus a condamné le poëte, malgré le succès, parait fondée. Ce n'est pas que cet amour, dans le plan une fois donné , ne soit tout ce qu'il peut et doit être; et Mithridate, en se reprochant sans cesse sa faiblesse, offre en même temps l'aveu et l'excuse de la faute du poëte , et la preuve de son talent : mais peut-on disconvenir qu'au fond cette faiblesse n'énerve l'ouvrage en dégradant le héros? L'Annibal du Pont, vaincu et chassé de ses Ëtats , réfugié dans un coin du Bosphore, et de sa dernière retraite menaçant encore les Romains d'une invasion dans l'Italie , peut-il sérieusement s'occuper de disputer le cœur de Monime à ses deux jeunes fils? Non , cette conduite est insensée , et indigne d'un roi et d'un héros : l'histoire ne la lui attribue point , et la tragédie ne devait point la lui donner. Peut-être ett-il fallu que Mithridate , aigri plus que jamais par sofi malheurs, méprisant l'amour, comme Acomat, n'eût que l'orgueil jaloux d'un despote d'Asie; que la rivalité d'un de ses fils, et non pas de tous les deux , fût continuellement mêlée à une intrigue politique, digne de la perfidie de Pharnace , qui pouvait là , sans blesser aucune convenance , être également furieux d'amour et d'ambition ; que Xipharès ne fût ni amoureux ni aimé , mais seulement le 'fils de Mithridate, et le mortel ennemi de Pharnace et des Romains; et que Monime aimât Pharnace en détestant ses crimes. Voilà peut-être , si l'on osait substituei* un plan quelconque à un plan de Racine , ce qui pouvait conserver à ce
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grand «ujet toute Taustérité tragique qu'il devait avoir. Il aurait été sans doute moins touchant , mais beaucoup plus terrible ; et c^est ce que devait être surtout le sujet de MWuridate, Le dénoûment , qui est trèsbeau, pouvait être à peu près le même ; mais j'avoue qu'on y aurait perdu le rôle do Ifooime, qu^, tel qu'il est, me maûÀt un des chefsd'œuvre de l'auteur. Ce r6l6 ^ est surtout remarquable par la léunion la plus heureuse de toutes les bienséances les plus délicates dans des situations difficiles, et par des grftces de diction et de sentiment, des grâces touchantes , idles que les.comprate la tragédie , et qu*on ne trouve nulle part que dans cet inimitable rôle. Bérénice et Zaïre ont un grand charme ; mais remarqnae que rien ne oônAraànt Tépanchement de leur amour; et pour ceux qui o^ qualquid idée de Vvi^ cette différence est capitale. On sait que la peinture des passions contramtes et combattues^ est le c^wble de to dtffk^ulité. Moume retess d'aire l'éj^useée llithri^ date, de mmèap^ qu'il n'y a perseene qui ne touIOA «n faire la tienne. EUese reluseàsont^inaAt, detianièreqci'ii n*y a persMUie qui ne voulût l'étrt. Et CM pourtant Cuœ vésitdrie fiiute dans le plan, c'«st d'uA amour ^^^ladjé dans MUfcriMf, qw Raeiiie a tiré cette intéressants partie de son drame l Veililiee qqi a'est donné qu*aa grand artiste. (L.)
Fli» DK WHB^fkiUiMB.