ACTE V, SCÈNE IV. soi
S'était fait vers son père un chemin glorieux*.
Jugez de quelle horreur cette joie est suivie.
Son bras aux pieds du roi l'allait jeter sans vie ;
Mais on courte on s'oppose à son emportement.
Le roi m'a regardé dans ce triste moment ^
Et m'a dit^ d'une voix qu'il poussait avec peine :
« S'il en est temps encor, cours, et sauve la reine *. »
Ces mots m'ont fait trembler pour vous, pour Xiphares;
J'ai craint, j'ai soupçonné quelques ordres secrets.
Tout lassé que j'étais , ma frayeur et mon zèle
M'ont donné pour courir une force nouvelle ;
Et, malgré nos malheurs, je me tiens trop heureux
D'avoir paré le coup qui vous perdait tous deux.
MONIME
Ah ! que, de tant d'horreurs justement étonnée , Je plains de ce grand roi la triste destinée ! Hélas! et plût aux dieux qu'à son sort inhumain Moi-même j'eusse pu ne point prêter la main , Et que, simple témoin du malheur qui l'accable , Je le pusse pleurer sans en être coupable ' !
' Que ceux qui connaissent les difficultés de notre langue et de notre versification examinent combien il y a de choses dans ces huit vers, combien il en fallait pour que tout fût dair et motivé, Bt combien ît était difficile de ne faire de tout cela qu'une seule phrase, sans qu'un seul membre de cette longue phrase embarrassât ou ralentit la narration, qui doit ici être vive et rapide, et qui en effet ne cesse jamais de rétre. Voilà ce qui est également hors de la portée des écrivains médiocres, et des regards de la multitude. (L.)
' Ce trait de la sensibilité et de la reconnaissance de Mitbridate pour un fils aussi vertueux que brave, efface Todieux de sa cruauté et de sa jalousie, et le fait aimer et plaindre du spectateur, malgré ses vices. Ce retour vers Xiphares qu'il aime, et qui lui rend dans ce moment le service le plus cher à son cœur, est absolument dans la nature : le don qu'il fait en mourant de la main de Monime à ce fils victorieux, n'a rien qui démente son caractère. (G.)
' C'est la trahison de Pharnace qui est cau$c de la mort de Mithii-
Il vient. Quel nouveau trouble excite en mes esprits Le sang du père ^ ô ciel ! et les larmes du fils !