ACTE II, SCÈNE XIV
Votre chien... vient là-bas de manger un chapon. Rien n'est sûr devant lui : ce qu'il trouve il remporte.
Bon ^ voilà pour mon père une cause. Main-forte. «>
Qu'on se mette après lui. Courez tous.
DANDIN
Point de bruit y Tout doux. Un amené sans scandale suffit.
LÉANDRE
Çà . mon père , il faut faire un exemple authentique : Jugez sévèrement ce voleur domestique.
DANDIN
Hais je veux faire au moins la chose avec éclat. 11 faut de part et d'autre avoir un avocat. Nous n'en avons pas un.
LÉ ANDRE
Hé bien ! il en faut faire.
Voilà votre portier et votre secrétaire ;
Vous en ferez, je crois, d'excellents avocats :
Us sont fort ignorants.
l'intimé.
Non pas, monsieur, non pus.
J'endormirai monsieur tout aussi bien qu'un autre.
PETIT-JEAN
Pour moi , je ne sais rien ; n'attendez rien du nôtre.
LÉANDRË.
C'est ta première cause, et l'on te la fera.
cusé et le chien accusateur paraissent sur la scène ; mais ils ne plaident pas, ils ne font qu'aboyer. C'est l'esclave Xanthias qui joue le rôle de PeM'Jean . et l'esdave Sosie celui de Vlniimè. Parmi les ornements de la salle d'audience on remarque un pot de chambre pendu à un clou. Le prévoyant Bdélycléon l'a placé là pour les besoins du juge, lequel observe que la précaution est bonne pour garantir un vieillard de la strangurie. Ces bouffonneries amusaient le peuple d'Athènes , cooune les farces de Scarron amusaient le siècle de Louis XiV. (G.)
PETIT-JEAN
Mais je ne sais pas lire.
LÉANDRE
Hé ! Ton te soufflera *.
DANDIN
Allons nous préparer. Çà, messieurs^ point d'intrigue. Fermons Toeil aux présents, et l'oreille à la brigue. Vous, maître Petit-Jean, serez le demandeur; Vous, maître Flntimé, soyez le défendeur'.
' Ce vers était suivi de plusieurs autres , que Racine retrancha depuis. Dans la première édition, PetitrJean répondait ainsi à Léandrc :
Je TOUS entends , ont. Hais d'une première cause , Monsieur, à l'avocat revient-il quelque cbose?
LÉANOBE.
Ah , fi! Garde-toi bien d'en vouloir rien loucher :
C'est la cause d'honneur, on l'achète bien cher ;
On sème des billets par toute la famille ;
Et le petit garçon , et la petite fille ,
Oncle , tante , cousin , tout vient , jusques au chat ,
Dormir au plaidoyer de monsieur l'avocat.
DAROIIf.
Allons nous préparer, etc.
On ne voit pas bien par quel motif Racine a sacrifié cette plaisanterie sur l'appareil qu'un avocat avait coutume de mettre à la première cause qu'il plaidait. (G.)
'Cet acte , à l'exception des dernières scènes , est tout entier à Racine ; il abonde en traits d'une excellente verve. Les scènes de l'Intimé et de Chicaneau, et l'interrogatoire d'Isabelle, sont des chefs-d'œuvre de naïveté , de dialogue, et d'énergie comique. (G. )