‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 53 sur 326 · ACTE III, SCÈNE III. r · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE III. r

A-t on jamais plaidé d'une telle méthode? Mais qu'en dit l'assemblée?

LÉANDRE

Il est fort à la mode.

l'intimé , d'an ton véhément.

Qu'arrive-t-il, messieurs? On vient. Comment vient-on * ?

On poursuit ma partie. On force une maison.

Quelle maison? maison de notre propre juge!

On brise le cellier qui nous sert de refuge !

De vol, de brigandage, on nous déclare auteurs !

* Il n'y a pas ici un vers qui ne soit un trait de critique , et pas un trait qui ne soit aussi juste que piquant. On peut assurer que la censure de tous les abus de la rhétorique du palais est épuisée dans une scène. La prétention des exordes, qu'on fait remonter au déluge, l'étalage de rérudition déplacée , la manie des citations accumulées hors de propos , le charlatanisme des autorités et des lois alléguées au hasard , l'affectation d'agrandir les petites choses , et de s'échauffer à froid ; la recherche puérile de tous les détails qu'on veut également faire valoir, et de toutes les circonstances qu'on veut également aggraver ; et surtout et partout l'incroyable profusion de mots inutiles et dénués de sens ; tout s'y trouve. Mais ce qui peut-être est au-dessus de tout le reste , ce sont les six vers employés par l'Intimé , pour dire seulement qu'il veut abréger : cette seule phrase est le modèle de l'art d'allonger. Il ne veut pas même prendre haleine , sans séparer ces deux mots qu'on n'a jamais séparés. Le poète , par un trait de génie , l'arrête sur la fin du vers, au mot prendre, et le rejette à Tautre vers sur le mot haleine ^ où il se repose tout à son aise ; et parce qu'on lui défend de s'étendre Al va reprendre ab ovo toute sa cause , déjà si longuement plaidée ; mais-comment et en quels termes ?

Je vais , sans rîen omettre et sans prévaiiquer, Compendieiisement énoncer» expliquer, Exposer à vos yenx l'idée oniverselle De ma cause , et des faits renfermés en icelle.

Jamais un avocat de sept heures (comme on les appelait) ne s'est contenté d'un seul mot pour une seule idée : il énonce, il expose, il explique, etc. y eompendieusement ! Où l'auteur a-t-il été chercher ce mot de six syllabes qui tient tout un demi- vers, et qui signifie en abrégé? C'est une bonne fortune, et il. y en a une foule d'autres, et aucune ne parait avoir été cherchée. (.L )

On nous traîne^ on nous livre à nos accusateurs , A maître Petit-Jean^ messieurs. Je vous atteste : Qui ne, sait que la loi Si guts canis , Digeste De m y paragrapho^ messieurs, Caponihus\ Est manifestement contraire à cet abus?

Et quand il serait vrai que Citron , ma partie , Aurait mangé^ messieurs, le tout, ou bien partie Dudit chapon : qu*on mette en compensation Ce que nous avons fait avant cette action. Quand ma partie a-i-elle été réprimandée? Par qui votre maison a-t-elle été gardée? Quand avons-nous manqué d'aboyer au larron? Témoin trois procureurs, dont icelui Citron A déchiré la robe. On en Verra les pièces. Pour nous justifier, voulez-vous d'autres pièces?

PBTIT-#EAN.

Maître Adam,..

l'intimé.

Laissez-nous.

pETrr-jEAff.

LTfntitné.r.

t'iNTIBIÉ.

Laissez*-nou5.

PETIT-JEAN

S'en«>ue.

l'intimé.

Hé, laissez-nous! Euh, Euh!

i^anmn.

Reposez-vous, Et concluez.

' Aadne a votthz se moqoer de ceux cpii (âtenit à tort et ë travers de foiix textes dont ils oui bacoin, et lui-même s*éUdt 4oimé oefete licence en plaisaniant, si Ton en croit Cizeron-Rival. (Voyez la vie de Jean Racine. )

Page 1