ACTE î, SCÈNE I . If
Vous craindrez-vous sans cesse; et vos embrasseraents* Ne se passeronirils qu'en éclaircissements ? Ah! quittez d'un censeur la triste diligence * ; D'une ûière facile affectez Tindulgence ; Souffrez quelques froideurs sans les faire éclater ] Et n'avertissez point la cour de vous quitter*.
AGRIPPINE
Et qui s'honorerait de l'appui d'Agrippine * , Lorsque Néron lui^-méme annonce ma ruine •>
* Des embrassements qui se passent en éclaircissements, Cettô expression est digne de Tacite par sa profondeur. Ainsi la division de la mère et da fils ne cessait pas même pendant leurs embrassements.
' Expiression qui est ici plus latine que française. JHligenee en h^inçais signifie pKunptitude, activité. En latin il signifie proprement exactitude d^attentilon et de soin. Uiteras tuas legi dUigeniter. -^ J'ai tu «bf lettres avec soin» avec ntteiitioii. La diHgenee â^un censeur est donc prise ici pour rattention à reprendre ; et je crois qu*à la feveur de Tétymologie, cet exemple peut être suivi, et donner à notre poésie un terme de plusw (L.)
' Ce vers, qui , dans son énergique précision » renferme un sens profond , a sans doute été inspiré à Racine par le passage suivant de Tacite. Cet historien rapporte que, Néron craignant les effets du i^essentimont de sa mère, lui 6ta sa garde, et ne lui permit plus d*habiter le palais impértaL Ge fait amène la réfiexion suivante : « Nihil rerum mortaiium « tam instabile ac fluxum est quam fama potentiœ non sua nixas : « statim relictum Agrippinœ limen; nemo solari, nemo adiré, prster « paucas feminas, amore an odio incertum. » — a De toutes les choses mortelles , il n'en est pas de plus inconstante ni de plus fragile que Tinfluence d'un pouvoir qui ne tire pas sa force de lui-même. Dès ce jour le palais d'Agrippine fut désert. Personne ne la consolait, personne ne la visitait, excepté quelques femmes; et Ton doute encore si c'était par amour ou par haine. » (^IfinaL, lib. XIH, cap. 19.)
* G^est la passion qui répond à la raison. Agrippine ambitieuse et violante n'oppose plus aux sages avis qu'un mouvement de dépit et d'orgueil ; elle s'écrie, comme la reine des dieux dans V Enéide :
« Et qulsquam nnmen Jimonis adoreC « Praterea , aot supplez aris imponat honorem ? •
— « Qui honorera désormais la divinité de Junon? quel suppliant placera des offrandes sur ses autels? » {JEneid,^ lib. I , v. 53 et 54. }
' Var. Lorsque Néron lai-niènie annonce sa niine , etc.
lACINK. — T. II. 8
114 BRITANNÏCUS.
Lorsque de sa présence il semble me bannir^ Quand Burrbus à sa porte ose me retenir?
BUERHUS.
Madame^ je vois bien qpi'il est temps de me taire , Et que ma liberté commence à vous déplaire. La douleur est injuste : et toutes les raisons Qui ne la flattent point aigrissent ses soupçons. Voici Britannicus. Je lui cède ma place. Je vous laisse écouter et plaindre sa disgrâce^ Et peulrètre^ madame^ en accuser les soins De ceux que Temperèur a consultés le moins.