‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 70 sur 326 · ACTE I, SCÈNE 11. lu · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE 11. lu

Sur ses aïeux , sans doute^ il n'a qu'à se régler ; Pour bien faire , Néron n'a qu'à se ressembler. Heureux si ses vertus^ Tune à l'autre enchaînées , Ramènent tous les ans ses premières années !

AGRIPPINB.

Ainsi ^ sur l'avenir n'osant vous assurer. Vous croyez que sans vous Néron va s'égarer. Mais vous qui^ jusqu'ici content de votre ouvrage. Venez de ses vertus nous rendre témoignage Expliquez-nous pourquoi, devenu ravisseur . Néron de Silanus fait enlever la sœur.

Ne tient-il qu'à marquer de cette ignominie Le sang de mes aïeux qui brille dans Junie ' ? De quoi l'accuse-t-il? Et par quel attentat Devient-elle en un jour crimineUe d'État : Elle qui, sans orgueil jusqu'alors élevée. N'aurait point vu Néron, s'il ne l'eût enlevée; Et qui même aurait mis au rang de ses bienfaits L'heureuse liberté de ne le voir jamais?

BURBHirS.

Je sais que d'aucun crime elle n'est soupçonnée ; Mais jusqu'ici César ne l'a point condamnée. Madame. Aucun objet ne blesse ici ses yeux : Elle est dans un palais tout plein de ses aïeux. Vous savez que les droits qu'elle porte avec elle Peuvent de son époux faire un prince rebelle ; Que le sang de César ne se doit allier Qu'à ceux à qui César le veut bien confier: Et vous-même avouerez qu'il ne serait pas juste Qu'on disposât sans lui de la nièce d'Auguste *.

* Var. Le tansde nos aïeux qui briUe dans Junie ?

' Ni^est ici poétiquement pour arrière-petite-fille; car Junie ne pouvait appartenir de plus près à Auguste qu*Agrippine, mère de Néron, qû n'était que la fille d*une petite-fille d'Auguste. Tacite dit expressé-

AGRIPPINE

Je vous entends : Néron m'apprend par votre voix

Qu'en vain Britannicus s'assure sur mon choix.

En vain, pour détourner ses yeux de sa misère.

J'ai flatté son amour d'un hymen qu'il espère :

A ma confusion, Néron veut faire voir

Qu'Agrippine promet par delà son pouvoir ^

Rome de ma faveur est trop préoccupée :

Il veut par cet affront qu'elle soit détrompée.

Et que tout l'univers apprenne avec terreur

A ne confondre plus mon fils et l'empereur.

Il le peut. Toutefois j'ose encore lui dire

Qu'il doit avant ce coup affermir son empire ;

Et qu'en me réduisant à la nécessité

D'éprouver contre lui ma faible autorité,

Il expose la sienne ; et que dans la balance

Mon nom peut-être aura plus de poids qu'il ne pense.

BURRHUS

Quoi, madame! toujours soupçonner son respect? Ne peut-il faire un pas qui ne vous soit suspect* ? L'empereur vous croit-il du parti de Junie? Avec Britannicus vous croit-il réunie?

Quoi ! de vos ennemis devenez-vous l'appui Pour trouver un prétexte à vous plaindre de lui? Sur le moindre discours qu'on pourra vous redire , Serez-vous toujours prête à'partager l'empire?

ment que Silanus, frère de Junie, était arrière -petit-fils d'Auguste, divi Augusti abuepos. {AnnaL, lib. XI.) (L. B.)

' Ce seul vers peint le caractère d'Agrippine. Peu lui importe que son fils soit criminel ou vertueux. Elle ne voit pas dans Tenlèvement de Junie une violence coupable; elle ne voit que le coup porté à son crédit. ( G. )

' Dans rédition d'Amsterdam, 1750, et dans toutes les éditions de Didot, on Ht :

Ne peut-il faire un pas , qu'il ne vous soit suspect ?

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