‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 73 sur 326 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

BRÏTANNIGDS, NARCISSE.

BRITAMNICUS.

La croirai'je^ Narcisse? et dois-je sur sa foi* La prendre pour arbitre entre son fils et moi?

trage en action ; et alors mon injure , ion injure , «m injure , ne peuvent s'entendre que passivement, pour Pinjure que Ton m^a foite, qu'on Va faite, qu*on lui a foite. C'est Vit^uria des Latins , qui n*â fMS d'autre acception chez eux que celle d'injustice, de violation de droits , du mot juSfjuris, Dans notre langue , il signifie encore paroles offensantes; et alors il ne se prend jamais qu'activement avec le pronom. Tel est ce vers d'/phitf Me :

SonlMraHe à la fois ta gloire et tes i^Jarei? ( L. )

* Pallas avait été un des amants d'Agrîppine; il avait conseillé ses crimes et fevorisé son ambition. Agrippine, dit Tacite, dans sa première jeunesse, s'était livrée à Lépide par ambition, et la même ambition l'avait fait descendre jusqu'à se prostituer à Pallas. — « Agrippina. . . « paellaribus annis stuprum cum Lepido, spe dominationis, admiserat, « pari cupidine usquead libita Pallantis provoluta. » {Annal. y lib. XIV, cap. 2.)

' Des critiques ont demandé comment Racine avait choisi pour confident de Britannicus ce Narcisse , qui fut un des principaux auteurs de la mort de Messaline, mère de ce jeune prince. On a répondu que ce même Narcisse avait paru , dans la suite , s'attacher au parti de Britannicus. « Dans une assemblée secrète de ses amis, après avoir invectivé la mère de Néron, il embrassait Britannicus , dit Tacite; il eût voulu hâter son adolescence. Tendant les mains tantôt vers les dieux , tantôt vers cet enfant : Qu'il grandisse , s'écriait-il ; qu'il confonde les ennemis de son père, dût-û punir aussi les meurtriers de sa mère! » — « Am- « plecti Britannicum ; robur œtatis quam maturrimum precari ; modo « ad deos, modo ad ipsum tendere manus, adolesceret, patris iniraicos •

Qu'en dis-tu? N'est-ce pas cette même Agrippine Que mon père épousa jadis pour ma ruine ^ Et qui^ si je f en crois^ a de ses derniers jours > Trop lents pour ses desseins^ précipité le cours?

NA&GISSE.

N'importe. Elle se sent comme vous outragée ;

A vous donner Junie elle s'est engagée;

Unissez vos chagrins y liez vos intérêts :

Ce palais retentit en vain de vos regrets :

Tandis qu'on vous verra, d'une voix suppliante * ,

Semer ici la plainte et non pas l'épouvante.

Que vos ressentiments se perdront en discours.

Il n'en faut pas douter, vous vous plaindrez toujours.

Ah, Narcisse ! tu sais si de la servitude Je prétends faire encore une longue habitude; Ta sais si pour jamais, de ma chute étonné. Je renonce à l'empire où j'étais destiné '. Mais je suis seul encor : les amis de mon père Sont autant d'inconnus que glace ma misère >

« depeUeret, matris etiam interfeciores ulcisceretur. » (Annal, ^ lib. XII , cap. 65. ) Tacite donne un grand caractère à ce Narcisse : ses vices principaux étaient la cupidité et le luxe , avaritiam et prodigenixain : mais nulle part il ne Taccuse de bassesse ou de cruauté. Racine s'est éloigné de la vérité historique en le représentant comme un profond scélérat, sans doute pour le faire contraster avec le vertueux Burrhus. Il a même cru pouvoir prolonger la vie de Narcisse, quoique Ton sache qu'Agrippine le fit mourir dès les premiers jours de son règne, malgré Néron , et même sans le consulter.

' Vab. Tant que l'on vous vem d'une voix suppliante.

' Var. Je renonce anxgrandeon où J'étais destiné.

Racine relève id avec beaucoup d'art le caractère de Britannicus : it lui donne des sentiments élevés, un noble courage, qui conviennent à son rang et à sa naissance , sans lui donner un plan et des projets qui ne conviendraient ni à son âge ni à sa situation. (G. )

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