ACTE 1, SCÈNE IV
Et ma jeunesse même écarte loin de moi ^
Tous ceux qui dans le cœur me réservent leur foi.
Pour moi^ depuis un an qu'un peu d'expérience
M'a donné de mon sort la triste connaissance.
Que vois-je autour de moi, que des amis vendus
Qui sont de tous mes pas les témoins assidus ,
Qui, choisis par Néron pour ce commerce infâme ,
Trafiquent avec lui des secrets de mon âme?
Quoi qu'il en soit, Narcisse, on me vend tous les jours :
Il prévoit mes desseins, il entend mes discours;
Conune toi, dans mon cœur il sait ce qui se passe.
Que t'en semble, Narcisse?
NARaSSE.
Ah I quelle &me assezbasse. . .
C'est à vous de choisir des confidents discrets ,. Seigneur, et de ne pas prodiguer vos secrets.
BRITANNIGUS.
Narcisse, tu dis vrai; mais cette défiance-^
Est toujours d'un grand cœur la dernière scienee ;
On le trompe longtemps. Hais en&i je te croi.
Ou plutôt je fais vœu de ne croire que toi.
Mon père, il m'en souvient, m'assura de ton zèle :
Seul de ses affranchis tu m'es toujours fidèle ;
Tes yeux, sur ma conduite incessamment ouverts,
l'ont sauvé jusqu'ici de mille écueils couverts.
Va donc voir si le bruit de ce nouvel orage
Aura de nos amis excité le courage;
Examine leurs yeux, observe leurs discours,
^ V-AB.. Les amis de moo père
Sont antant d'inoommi qa'écarte ma misère » 9tma JenneNe même éloigiiekto de moi , etc.
' Cette maxime^ qui est îd un gentiineat , parce «lu'élle est TexpresàoQ simple et naïve du cœur de Britanniciifi , répand de Intérêt sur le caractère q[Q*il a dans la pièce, et qui est celui dis son Age. (L.)
Vois si j'en puis attendre un fidèle secours. Surtout dans ce palais remarque avec adresse Avec quel sain Néron fait garder la princesse : Sache si du péril ses beaux yeux sont remis * , Et si son entretien m'est encore permis. Cependant de Néron je vais trouver la mère Chez Pallas^ comme toi ra££ranchi de moa père : Je vais la voir, Taigrir, la suivre, et, s'il se peut, M'engager sous son nom plus loin qu'elle ne veut'.
' Les yeux et les beaux yeux revenaient beaucoup trop souvent dans Andromaque : e*étaient de ces expressions parasites que ne permet pas le style soutenu et soigné. Les beaux yeux particulièrement ne doivent guère entrer dans une tragédie ; c*est un mot que la galanterie a rendu si trivial, qu^elleTa presque enlevé à Tamour. On peut le passer à Textréme jeunesse de Britannicus , et désormais on le verra très^rarement dans les pièces de Racine. ( L. )
' Quelques commentateurs ont tcouTé dans ce vers un raffinement de politique trop profond pour TAge ,d& Britannicus. Mais ce prince a déjà fait voir qu'il en sait assez pour ne pas croire qu^Agrippina le serve par intérêt pour lui. D'ailleurs il ne convenait pas qu'il parût dénué de tous moyens persomiels , et Ton verra au trcÂsième acte qu^il tes a employés de manière à pouvoir alarmer Agrippine eUe-mtoew CTest ce que le poète a su préparer, comme il le devait, par ces vers, quitenmnent le premier acte assez heureusement, puisqu'ils ajoutent à Tattente du spectateur. ( L. )