ACTE II, SCÈNE II. i
NÉRON
Tu le sais bien^ Narcisse. Et soit que sa colère M'imputât le umllieur qui lui ravit son frère ; Soit que son cœur^ jaloux d'une austère fierté Enviât à nos yeux sa naissante beauté ^ ; Fidèle à sa douleur^ et dans Fombre enfermée^ Elle se dérobait même à sa renommée :
Et c'est cette vertu, si nouvelle à la cour. Dont la persévèranoe irrite mon amour.
Quoi, Narcisse, tandis qu'il n'est point de Romaine Que mon amour n'honore et ne rende plus vaine , Qui, dès qu'à ses regards elle ose se fier. Sur le cœur de César ne les vienne essayer; Seule, dans son palais, la modeste Junie Regarde leurs honneurs comme une ignominie , Fuit, et ne daigne pas peutrètre s'informer Si César est aimable, ou bien s'il sait aimer ' ? Dis-moi : Britannicus Taime-t-il?
NABOS^.
Quoi! s'il Taime,
' Envier est ici pris ddoas le sens de priver. C*est un latinisme dont Racine a enrichi la langue. On dit : un roi envie à son peuple U bQtûuur de le voir» pour faire entendre qu'il ne le laisse pas jouir de ce bonheur. Un des bergers de Virgile s*eKprime ainsi : « Bacchus envie aux coUSnes Tombrage de la vigne :
I Liber pampineag inTidit odUiai ombras. » Ënée , déptarant la mort du jeune PaUas , dit :
« Te ne. miwraDde puer...
« ISTidit forUina mUû... »
— a Infortuné jeune homme , faut-il que te sort m'ait envié un ami tel que toi! »
' Voilà des aantiment^dignei de Néron, iumeaaiiie fiiit une oour corrompue, où toutes les femmes se disputeat les regards et les fiiveuzs d'un jeune César conduit par deux jeunes voluptueux qui président à ses plaisirs. Junie ne s'intone paa si César est aimable, et il la fût enlever pour lui appeandre qu'il sait aimer. Le poète n'aiumnee point qu'il va peincke un tyran et sa cour ; mais conune il peint l'un et Tautse ! ( L. )
Seigneur?
NÉRON
Si jeune encor^ se connalt-il lui-même?
D'un regard enchanteur connaM-il le poison?
NA&GISSB.
Seigneur^ Tamour toujours n'attend pas la raison ^ N'en doutez points il l'aime . Instruits par tant de charmes^ Ses yeux sont déjà faits à l'usage des larmes; A ses moindres désirs il sait s'accommoder; Et peut-être déjà sait-il persuader.
NÉRON
Que dis-tu? Sur son cœur il aurait quelque empire?
NARCISSE
Je ne sais. Mais^ seigneur^ ce que je puis vous dire^
Je l'ai vu quelquefois s'arracher de ces lieux ^
Le cœur plein d'un courroux qu'il cachait à vos yeux ;
D'une cour qui le fuit pleurant l'ingratitude^
Las de votre grandeur et de sa servitude ,
Entre l'impatience et la crainte flottant^
Il allait voir Junie^ et revenait content.
NÉRON
D'autant plus malheureux qu'il aura su lui plaire^ Narcisse^ il doit plutôt souhaiter sa colère : Néron impunément ne sera pas jaloux.
NARCISSE
Vous? Et de quoi^ seigneur^ vous inquiétei&-vous î Junie a pu le plaindre et partager ses peines : Elle n'a vu couler de larmes que les siennes; Mais aujourd'hui^ seigneur^ que ses yeux dessiUés^ Regardant de plus près Tédat dont vous brillez^ Verront autour de vous les rois sans diadème^
' L'amour tCattend pas toujours la ration, était la construction né-> cessaire pour éviter une oonsonnance désagréable. L'excuse de ce vers,^ c^est qu*il n*y en a pas un autre semblable dans toute la pièce. (L. )