‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 77 sur 326 · ACTE II, SCÈNE II. tU · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II. tU

NÉRON

Depuis un moment; mais pour toute ma vie« J'aime, que difrge, aimer? j'idol&tre Junie. .

NARCISSE

Vous Taimez?

NÉRON

Excité d'un désir curieux , Cette nuit je Tai vue arriver en ces lieux , Triste, levant au ciel ses yeux mouillés de larmes',

' Tous les connaissefors ont vu dans ces huit vers, triste ^ levant au (tel, etc., un tableau original et par&it. Le mérite de la diction est dans la difficulté vaincue, puisqu'il s'agissait d'ennoblir la petitesse des détails par le choix des mots; il est aussi dans 2& choix de ces détails mêmes , parce qu'il fallait caractériser un amour qui n'est autre chose que do désir ; et dans cette peinture, le désordre de la situation de Junie, enleyée au milieu de la nuit, est un charme de plus ajouté à celui de sa beauté, le seul qui puisse enflammer Néron; enfin, l'effet des couleurs poétiques naît surtout du contraste de la firayeur, de la douceur et des larmes de Junie , avec l'appareil de son enlèvement et la figure de ses raTisseurs : c'est ce qui a fourni au poète des vers qui sont au nombre des plus beaux de notre langue , surtout ces derniers :

Et le' fSuoacfae aspect de ses fien raTiasenn Relevait de ws yeux les timides douceurs ,

dont le coloris ne se trouve que dans la palette d'un maître. Les amours de Néron ne sont nullement faits pour intéresser . Aussi le pofite a-t-ii <!ti soin, comme on le verra dans la suite, de ne donner aux amours de Néron que des motifs qui conviennent à son caractère et à la conduite qu'il tiendra dans la pièce , et de rassembler sur les amours de Britannicus et de Junie tout ce qu'il y a de plus noble et de plus intéressant. (L.)— Ce n'est ni l'amour d'Achille, ni l'amour de Tancrède, c'est l'amour de Néron. Cest, comme dit La Harpe, un désir. Ceux qui ont entendu ces vers dans la bouche de * Talma peuvent seuls juger combien l'étude approfondie d'un grand poète peut être utile à un grand acteur. CSiacune de ses paroles , chacun de ses gestes exprimait la volupté ; rien ea lui n'exprimait le sentiment. Mais il làut remarquer que cette nuance,

([U'il fidsait sentir d'une manière admirable, il ne l'avait devinée qu'après avoir joué le r61e pendant plus de vingt ans. Cette observation nous a paru digne d^étre consignée 4'^na. notre commentaire. Si on avait eu l'idée de recueillir ainsi toutes les études de Le Kain , nous entendrions vms de contre-sens au théâtre.

122 BRITANNÏCUS.

Qui brillaient au travers des flambeaux et des armes ; Belle sans ornement^ dans le simple appareil D'une beauté qu'on vient d'arraeher an sammeil. Que veux-tu? Je ne sais si cette négligence. Les ombres, les flambeaux, les cris et le silence, Et le farouche aspect de ses fiers ravisseurs. Relevaient de ses yeux les timides douceurs. Quoi qu'il en soit, ravi d'une si belle vue. J'ai voulu lui parler, et ma voix s'est perdue ; Immobile^ saisi d'un long étonnement , Je l'ai laissé^ passer dans son appartement. J'ai passé dans le mien. C'est là que , soliftaire. De son image en vain j'ai voulu me distraire. Trop présente à mes yeux je croyais lui parler; J'aim€Ûs jusqu'à ses pleurs que je faisais couler. Quelquefois, mais trop tard, je lui demandais grâce : J'employais les soupirs, et même la menace. Voilà comme,, occupé de mon nouvel amour. Mes yeux, sans se fermer, ont attendu le jour. Mais je m'en fais peut-être une trop belle image : Elle m'est apparue avec trop d'avantage : Narcisse, qu'eu dis^-tu?

NARCISSE

Quoi, seignenr! croii*»-t-on Qu'elle ait pu si longtemps se cacher à Néron?

' tes grammairiens oa sont pas d'accord snr Toribographe du participe kâêsé : les uns vei:dent qa'il s*aceordaaye& }e régime qiû le préeèdë, lorsqu'il est suivi d'un verbe neutre; les autres, qu'il soit invariable. La règle n'était pas mimix établie du temps de Racine que de nos jours ; il a donc pu ne pas mettre le participe kAssé au féminin : son exemple même doit être allégué en Saveur de ceux qui soutiennent que le participe est invariable. D'après cette opinion i le pronom le ne serait pas le régime de laissé . mais de UAssé passer^ qui ne présente qu'une seule idée , comme si ce n'était qu'un seul verbe.

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