‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 8 sur 326 · ACTE T, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE T, SCÈNE IV

LÉANDRE

Et qui juger? Tout dort.

PETIT-JEAN

Ma foi ^ je ne dors guères.

LÉANDRE

Que de sacs ! il en a jusques aux jarretières.

DANDIN

Je ne veux de trois mois renû*er dans la maison. De sacs et de procès j'ai fait provision *.

LÉANDBE.

Et qui vous nourrira?

DANDIN

Le buvetier^ je pense.

LÉANDBE.

Mais où dormirez-vous^ mon père?

DANDIN

A l'audience.

LÉANDRE

Non, mon père; il vaut mieux que vous ne sortiez pas. Dormez chez vous ; chez vous faites tous vos repas. SoufErez que la raison enfin vous persuade; Et pour votre santé. . .

DANDIN

Je veux être malade.

LÉANDRE

Vous ne Têtes que trop. Donnez-vous du repos; Vous n'avez tantôt plus que la peau sur les os.

DANDIN

Du repos? Ah! sur toi tu veux régler ton père. Crois-tu qu'un juge n'ait qu'à faire bonne chère ,

* Maiêon ne rime pas avec provision; ou verra encore des rimes tellas que éerivomt et réfteUioiu , donc ei pardon , donc et création , désavouer et fMiyer.Le poète, si révère sur la rime dans ses tragédies, s'est donné Quelque liberté dans une comédie. ( L. R. )

Qu'à battre le pavé comme un tas de galants^ Courir le bal la nuit y et le jour les brelans? L'argent ne nous vient pas si vite que l'on pense» Chacun de tes rubans^ me coûte une sentence*. Ma robe vous fait honte : un fils de jugel Ah, fil Tu fais le gentilhomme : hé! Dandin , mon ami , Regarde dans ma chambre et dans ma garde-rohe Les portraits des Dandins : tous ont porté la robe ; Et c'est le bon parti. Compare, prix pour prix. Les étrennes d'un jugea celles d'un marquis : Attends que nous soyons à la fin de décembre. Qu'est-ce qu'un gentilhomme? Un pilier d'antichambre. Combien en as-tu vu , je dis des plus huppés , A souffler dans leurs doigts daûs ma cour occupés y Le manteau sur le nez, ou la main dans la poche , Knfin , pour se chauffer, venir tourner ma broche ! Voilà comme on les traite. Hé ! mon pauvre garçon , De ta défunte mère est-ce là la leçon? La pauvre Babonnette ! Hélas ! lorsque j'y pense , Elle ne manquait pas une seule audience. Jamais, au grand jamais, elle ne me quitta. Et Dieu sait bien souvent ce qu'elle en rapporta : Elle eût du buvetier emporté les serviettes , Plutôt que de rentrer au logis les mains nettes '.

' Les hommes du temps de Louis XIV faisaieat beaucoup d'usage des rubans ; et depuis , lorsque la mode fut passée , les comédiens 6*avisèrent de substituer le mot bauiont au mot mbaiu ; les comédiens ont en tort : il faut conserver les anciens termes et les anciens costumes dans les pièces où Ton peint les anciennes moeurs. ( G. )

^ Ce dernier trait pourrait bien être une imitation du passage suivant du Rtman bourgeoii de Furetiére : « Vollichen disait que le temps qu*on « employait ainsi à s'habiller proprement était perdu , et qu'on aurait « fait cinq ou six rôles d'écritures. II se plaignait aussi q^e iéUê pUce c< d'ajustement coûtait la valeur de vingt plaidoyers.., n ( ^OfMn bonr- 9<>ot5,t. I,p. 44.)

' Racine , en cet endroit, avait en vue madame Tardleu, femme d'un

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