‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 80 sur 326 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

Atteste les saints droits d'un nœud qu'elle a form* ; Et , portant à mon cœur des atteintes plus rudes ^ Me fait un long récit de mes ingratitudes. De cpiel front soutenir ce fâcheux entretien?

NABCISSE.

N'ètes-vous pas^ seigneur^ votre maître et le sien? Vous Yerron&-nous toujours trembler sous sa tutelle? Vivez, régnez pour vous ; c'est trop régner pour elle. Craignez-vous? Hais , seigneur, vous ne la craignez pas ; Vous venez de bannir le superbe Pallas, Pallas, dont vous savez qu'elle soutient l'audace.

Eloigné de ses yeux, j'ordonne, je menace. J'écoute vos conseils, j'ose les approuver; Je m'excite contre eUe, et tâche â la braver : Mais, je t'expose ici mon âme toute nue. Sitôt que mon malheur me ramène à sa vue. Soit que je n'ose encor démentir le pouvoir De ces yeux où j'ai lu si longtemps mon devoir ; Soit qu'à tant de bienfiBdts ma mémoire fidèle Lui soumette en secret tout ce que je tiens d'elle ; Mais enfin mes efforts ne me servent de rien ^ : Mon génie étonné tremble devant le sien *.

enfin, expressions inutiles, qui jettent de rembarras dans la constraction, et qui nuisent beaucoup à Teffet de la période, d'ailleurs si belle. (G.)

* Les anciens croyaient que chaque homme avait un génie attaché à sa destinée, qui présidait à ses bonnes et à ses mauvaises actions : allégorie ingénieuse qui désigne le caractère. C*est Plutarque qui a fourni à Racine cette idée poétique du génie. L'historien rapporte qu'Antoine, perdant toujours au jeu contre Octave, consulta un devin, qui loi conseilla de s'éloigner le plus qu'il pourrait de ce jeune homme : et Car, loi dit-il , votre génie redoute le sien ; il est fier et hardi quand « il est seul ; mais , à l'approche de l'autre, il perd toute sa fierté et sa « hardiesse» et devient bas et timide, n {Vie d* Antoine. ) Octave en effet avait du caractère , et Antoine n'en avait point. (G. )

12« BRJTANNICUS.

Et c'est pour m'affranchir de cette dépendance , Que je la fuis partout ^ que même je Toffense, Et que y de temps en temps ^ j'irrite ses ennuis , Afin qu'elle m'évite autant que je la fuis. Mais je t'arrête trop : retire-toi, Narcisse; Britannieus pourrait f accuser d'artifice.

NABGISSE.

Non y non ; Britannieus s'abandonne à ma foi : Par son ordre , seigneur ^ il croit que je vous voi. Que je m'informe ici de tout ce qui le touche. Et veut de vos secrets être instruit par ma bouche. Impatient, surtout, de revoir ses amours ^ , Il attend de mes soins ce fidèle secours.

NÉRON

J'y consens; porte-lui cette douce nouvelle ; Il la verra.

NARCISSE

Seigneur> bannissez-le loin d'elle * .

NÉRON

J'ai mes raisons, Narcisse; et tu peux concevoir Que je lui vendrai cher le plaisir de la voir. Cependant vante^lui ton heureux stratagème; Dis-lui qu'en sa faveur on me trompe moi-même > Qu'il la voit sans mon ordre. On ouvre; la voici. Va retrouver ton maître, et l'amener ici •.

* Ses amumrs, pris pour la personne qu'on aime, est un terme familier, qui ne convient pas au style soutenu , à moins qu'il ne soit relevé par ce qui Tentoure. Ce vers est un de ceux qu'on voudrait supprimer : en voilà trois jusqu'ici. (L.)

^ U Mn, cacophonie. Racine le fils observe que U Uur^ dans Andro- «loçtttf, parait moins dur, parce que l'oreille s^accoutume à ce qu'on dit souvent. (G.)

^ Des deux infinitife qui se suivent dans ce vers, le second est évidemment répcéhensible. H y a opposition entre l'idée qu'il présente et celle que renferme l'impératif va, qui le gouverne. L'un exprime l'action

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