ACTE II, SCÈNE m. 13Ô
Absente de la cour^ je n'ai pas dû penser^ Seigneur^ qu'en Tari de feindre il fallût m'exercer J'aime Britannicus. Je lui fos destinée Quand TempiFe devait suivre son hyménée^ : Mais ces mêmes malheurs qui Ten ont écarté , Ses honneurs abolis, son palais déserté, La fuite d'une cour que sa chute a bannie, Sont autant de liens qui retiennent Junie. Tout oe que vous voyez conspire à vos désirs : Vos jours toujours sereins coulent dans les plaisirs ; L'empire en est pour vous l'inépuisable souree; Ou, si quelque chagrin en interrompt la course % Tout l'univers, soigneux de les entretenir, S'empresse à re££acer de votre souvenir '. Britannicus est seul. Quelque ennui qui le presse, 11 ne voit, dans son sort, que moi qui s'intéresse ^ ,
' Var. Quand l'eaipire semblait suivre son hyméoée.
' La course pour le cours, parait un mot commandé par la rime, et de plus présente un sens £aux. La course des plaisirs exprime leur fuite rapide; le cours, au oontrsûe, signifie leur durée. (G.)— "On peut aussi remarquer oomœe une négligenoe la lépétitioa de ipulqwB ennui . qwlques pleurs et quelquefois, dans les quatre derniers vers; et cela avec d'autant plus de raison, que quelqt^ chagrin se trouve deux vers plus haut. Au reste, cette observation n'a pour objet qu'une répétition de mots; car le seoftiment exprimé par cas vers est ^em de délicatesse.
^ Le pronom les qui ae trouve dans oe membre de pluase, stngwnx de les entretenir^ ne devait pas séjtarer le mot diagrin de son relatif Vef" facer, qui est dans le vers suivant. Cela nuit à l'élégance de la construction , et même à la clarté du sens. Remarquons cependant que, dans ce contraste saisi â à propos, et rendu en vers charmants, on a quelque peine à s'arrêter sur cette légère inexactitude grammaticale. (L. ) V On ne dirait pas aujourd'hui s'intéresser dans son sorl^ comme on le disait certainement du temps de Racine, puisqtfîl ne tenait qu'à lui de dire, comme on dirait à présent :
U ne Yoit à son sort que moi qui s'intéresse. L'usage a déddé qu'^ti s'intéresse dans une affaire d'argent, dan* un sQmmerce, dans une entreprise, etc., pour dire qu'on y a un intérêt pé-
Et n'a pour tout plaisir^ seigneur^ que quelques pleurs Qui lui font quelquefois oublier ses malheurs ^
NÉEON.
Et ce sont ces plaisirs et ces pleurs que j'envie , Que tout autre que lui me paierait de sa vie. Mais je garde à ce prince un traitement plus doux : Madame , il va bientôt paraître devant vous.
JUNIE
Ah, seigneur! vos vertus m'ont toujours rassurée.
NÉRON
Je pouvais de ces lieux lui défendre l'entrée;
Mais^ madame, je veux prévenir le danger
Où son ressentiment le pourrait engager.
Je ne veux point le perdre : il vaut mieux que lui-même
Entende son arrêt de la bouche qu'il aime.
Si ses jours vous sont chers, éloignez-le de vous
Sans qu'il ait aucun heu de me croire jaloux.
De son bannissement prenez sur vous l'offense ;
Et, soit par vos discours, soit par votre silence.
Du moins par vos froideurs, faite&-lui concevoir
Qu'il doit porter ailleurs ses vœux et son espoir.
JUNIE
Moi î que je lui prononce un arrêt si sévère! Ha bouche mille fois lui jura le contraire. Quand même jusque-là je pourrais me trahir. Mes yeux lui défendront, seigneur, de m'obéir.
cuniaire; etqu^on $*%nUr€Sse à quelq^unOM à quelque choses pour dire qu'on y prend un intérêt d'affection; et il est bon que l'usage ait fixé cette différence.'( L. )
' Ces trois derniers vers respirent la plus tendre passion qui cherche vainement à se cacher sous le sentiment d'une pitié trop vive. Aussi Néron ne s'y trompe pas, et ce sont précistaent ces pleurs qu'il envie. 11 y a cependant dans ces vers bien des négligences : quelque ennui qui , que moi qui, que quelques pleurs, qui quelquefois: voOà bien des que en trois vers et demi.