‹ Œuvres poétiques de J. RacineChapitre 95 sur 326 · ACTE ÏII, SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE ÏII, SCÈNE III

Je vois que mon silence irrite vos dédains; Et c'est trop respecter l'ouvrage de mes mains- Pallas n'emporte pas tout l'appui d'Âgrippine : Le ciel m'en laisse assez pour venger ma ruine. Le fils de Claudius commence à ressentir Des crimes dont je n'ai que le seul repentir ^ J'irai, n'en doutez points le montrer à l'armée. Plaindre aux yeux des soldats son enfance opprimée , Leur faire, à mon exemple, expier leur erreur. On verra d'un côté le fils d'un empereur Redemandant la foi jurée à sa famille.

Et de Germauicus ou entendra la fille ■ ;

' Elle en veut avoir le fruit, et elle ne Ta point, c^bserve I^uis Racine, parce qu^elle ne gouveme pas. Ressentir est là pour avoir au resseMiment, se memtrer sensible. On dit très-bien ressentir une perte, ressentir des injures , reueniir un malheur ; pourquoi ne dirait-on pas de même ressentir des crimes , surtout lorsqu'on en est la victime ? ( G. ) — la faute consiste à avoir employé le partitif des , que le lecteur prend pour une préposition, par Thabitude où nous sommes d'entendre : se ressentir de; il eût donc au moins été préférable de mettre ressentir les crimes.

' « Prœceps post hflec Agrippina ruere ad terrorem et minas, neque « principis auribus abstinere , quominus testaretur adultum jam esse « Brilannicum , veram dignamque stirpem suscipiendo patris imperio , « quod, insitus et ad<9ptivus, per injurias matris exerceret. Non abnuere « se quin cuiicta infelicis dômus mala patefisreni, sus imprimis nuptise, « suum veneficium. Id solum diis et sibi provisum , quod viveret pri- « vignus. Ituram cum ilk) in castra. AUdiretur bine Germaniei filia , « inde debilis rursus Burrhus et exul Seneca , trunca scilloet manu , « et professoria Jingua « generis bUmani regimen expostulantes. Simul « iatendere manus, aggerere probra, eonsecratum Gtaudium, infernos « Silanorum mânes invocare, et tôt irrita facinora. » — « Pour lors, Agrippine ne se contiwit plus ; elle éclate en menaces terribles; elle crie aux oreilles mêmes du pritice que Britannlôus n'est plus un enfant, que c'est le fils de Claude, le véritable, le digne bôritier de l'empire ; tandis que lui n'est qu'un étranger, un enfant adoptif , qui ne doit le pouvoir qu'aux injustices de sa mère; qu'elle ne craindra pas de dévoiler les crimes d'une famille souillée de crimes, tout, jusqu'à son

De Tautre, Ton verra le fils d'iEnobarbus*,

Appuyé de Sénèque et du tribun Burrhus^

Qui, tous deux de l'exil rappelés par moi-même,

Partagent à mes yeux l'autorité suprême.

De nos crimes communs je veux qu'on soit instruit ;

On saura les chemins par où je l'ai conduit.

Pour rendre sa puissance et la vôtre odieuses ,

J'avoruerai les rumeurs les plus injurieuses;

Je confesserai tout, exils, assassinats,

Poison même...

BURRHUS

Madame, ils ne vous croiront pus ' :

inceste , jusqu*au poison offert de sa main ; que sa prévoyance et la bonté des dieux ont laissé vivre Britannicus; qu'elle ira le (Hrèsenter aux soldats; qu'on entendra d'un côté la fille de Germanicus, de l'autre le rhéteur Sénèque et le vieux Burrhus , l'un échappé de l'exil ou des bancs de l'école, l'autre avec un bras mutilé ,. s'avançant pour réclamer l'empire de l'univers. En proférant ces paroles, ses gestes étaient menaçaiits ; elle accumulait les outrages ; elle attestait et la divinité de Claude , et les mânes infernaux de Silanus , et tant de forfaits inutiles. » (TAar., Annal., lib. XIII, cap. 14.)

' Quand elle est irritée, elle ne l'appelle ni César, ni Néron, ni l'empereur, ni son fils : c'est le fils d'iËnobarbus. (L. R. ) . ' Cette suspension, et la réponse de Burrhus, Madame , il$ne vous croiront pas, sont, en fait de dialogue, des coups de l'art. On peut juger à quel point Agrippine allait s'avilir quand Burrhus l'arrête au poison t et lui fait entendre qu'elle ne doit pas dire ce qu'on ne doit pas croire : c'est la relever à temps et comme il convenait à Burrhus. Ce n'est pas un courtisan qui flatte , c'est un ministre vertueux qui veut sauver Thonueur de l'empire. Il y a ici, pour les lecteurs capables de réfléchir, autant de mérite dans l'effet moral que de 'vérité dans l'observation des bienséances et des caractères. On voit bien que ce n'est pas Burrhus qu'Agrippine menace, c'est Néron; et, quand les méchants se divisent, il ne leur en coûte pas plus d'avouer leurs crimes, pour nuire, qu'il ne leur en a coûté de les commettre. Voilà cette Agrippine si fière, prête à se placer elle-même dans le rang des derniers scélérats pour se venger de son complice , et ressaisir le pouvoir qui échappe à son ambition trompée ; et , pour comble de punition , Burrhus lui fait

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