ACTE III, SCÈNE III
Ils sauront récuser l'injuste stratagème D'un témoin irrité qui s'accuse lui-même. Pour moi qui le premier secondai vos desseins , Qui fis même jurer l'armée entre ses mains ^ Je ne me repens point de ce zèle sîncèFe. Madame^ c'est un fils qui succède à son père. £q adoptant Néron^ Claudius par son choix De son fils et du vôtre a confondu les droits. Rome Ta pu choisir. Ainsi, sans être injuste*,
comprendre qu'elle s'avilirait inutilement , et qu'elle ne peut rien contre le maître que ses crimes lui ont donnée Quelle leçon !' ( L. )
' n est nécessaire de rétablir ici la vérité historique. Voici comment Tacite s'exprime sur l'élévation de Néron {Annal, Mb. XIÎ, cap. 68 et 69 ) :
« Yocabatnr intérim senatus; votaque pro incolumitate priacipis « consules et sacerdotes nuncupabant, quum jam exanimis vestibus et « fomentis obtegeretur, dum res firmando Neronis imperio componun- « tor. Jam primum Agrippina , velut dolore victa , et solatia conqui- « rens, tenere amplexu Britannicum, veram paterni oris efiigiem ap- «pellare, ac variis artibus demorari, ne cubiculo egrederetnr. Auto- « niam quoque, et Octaviam, sorores ejUs, attinuit , et cunctos aditus « costodiis, clauserat, crebroque vulgabat ire in melius valetudinem « pnndpis , quo miles bona in spe ageret , tempusque prospermn ex « monitis Chaldâeorum adventaret. — Tune medio diei , tertium ante « idus octobris, foribus palatii repente diductis, comitante Burrho, Nero « egreditur ad' cobortem, quœ more militiaB excubiis adest;. Ibi, mo- « nenteprœfecto, festis vocibus esceptus, inditur leetic». Dubita visse <( quosdam feront, respectantes , rogitantesque ubi Brttannicus esset : « mox , nuUo in diversum auctore , quas offerebantur secuti sunt. Illa- «tusque castris Nero, et congruentia tempori praetàtus, promisso « donativo, ad exemplum patemœlargitionis, imperator consalutatur. « Sententiam militum- secuta patrum consulta : uec dubitatum est « apud'provindas. » — « Cependant on convoquait le sénat. Les consuls et les pontifes faisaient des vœux pour la santé du prince : il n'était déjàiplos , et Ton affectait encore de le réchauffer avec des fomentations et des vêtements , pendant que tout se préparait :pour assurer l'em^Hre a Néron. Alors Agrippine, feignant d'être accablée de douleur et de chercher des consolations , presse tendrement Bâtamiicus sur son san , l'appelle l'image vivante de son père, et le retient près d'elle par divers
Elle choisit Tibère adopté par Auguste ;
Et le jeune Agrippa^ de son sang descendu^
Se vit exclus du rang vainement prétendue
Sur tant de fondements sa puissance établie
Par vousHOiéme aujourd'hui ne peut être affaiblie :
Et^ s'il m'écoute encor^ madame^ sa ixmié
Vous en fera bientôt perdre la volonté.
J'ai commencé^ je vais poursuivre mon ouvrage.
artifices. Elle retient aussi ses deux sœurs Octavie et Antoiiia ; des gardes sont placés à toutes les pcniies ; on publie souvent que la santé du prince se rétablit, pour entretenir Tespérance du soient, et attendre le moment favorable fixé par les astrologues. Enfin , le troisième jour avant les ides d*oct(^re , à midi, les pc^rtes du palais s^ouvrent tout à coup. Néron , accompagné de Burrhus , se présente à la cohorte qui était de garde si:^vant Tusage. Là, sur un signe du préfet, les troupes l'accueillent avec des cris de joie, et il monte en litière. On dit que plusieurs soldats hésitaient , et que , regardant derrière eux , ils demandèrent à jdusieurs reprises où était Britannicus. Mais personne ne se proncmçant pour lui, ils cédèrent bientôt au mouvement général. Arrivé au camp, Néron fit un discours confwme aux circ(Mistances, promit des largesses égales à celles de son père, et fut salué empereur par acclamation. Le sénat suivit Texemple de Tannée , et les provinces ne balancèrent point à rimiter. »
' Rome ne choisit pas plus Tibère que Nècon. Livie avait employé en faveur de se» fils Tibère les mêmes manœuvres qu'^Agrippine; et Tacite les rapporte avec la même fidélité. Vainement prétendu : hémisticbe raibïe, et qui présente une idée contraire à 11]istoire. L'infortuné Agrippa , relégué dans Tlle de Planasia , n'était guère à portée de prétendre au rang qui lui appartenait par les drpits du sang ; et le meurtre de ce peUt-ûU d'Auguste fa^t le premier acte du règne de Tibère. Dans quelques éditions , on lit :
Se Titexdii»d'iitt rang vaineiw^it préteadn* ( & ) Levers âe Racine ofhre un exemple d'une (tes plu» singulières bizarreries de notre langue. On dit bien prétendre un rang , mais le mol prétendre change d'acception en devenant participe ou ad^ectil : un rang prétendu, c'est un rang supposé; c'est donc une chose fort remarquable que Racine ait pu rendre k cet adjectif la signification du verbe en y ajoutant le mot vainement