‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 1 sur 77 · uvres poétiques de Mme Dufrénoy · texte numérisé non relu

uvres poétiques de Mme Dufrénoy

Madame Dufrenoy avait entrepris , en 1822, d'écrire, sous le titre modeste de Souvenirs, les Mémoires de sa vie; différentes circonstances, telles que des travaux littéraires entrepris et inachevés, les soins à rendre à une mère chérie, d'un âge avancé et d'une santé chancelante, les distractions inévitables de la société dont elle était l'un des ornements, ne lui permirent pas d'accomplir ce projet. On n'a trouvé dans ses manuscrits qu'un petit nombre de pages où les détails de son enfance et les premières impressions

( vj )

de sa jeunesse sont racontés avec naïveté, mais qui ne peuvent offrir d'intérêt qu'à sa famille et à ses amis intimes. Nous devons regretter que le temps lui ait manqué pour interroger ses souvenirs, retracer les scènes diverses d'une vie constamment agitée, ses alternatives de bonne et de mauvaise fortune , ses longues peines, ses plaisirs fugitifs; pour nous dévoiler le mystère des créations poétiques qui ont fait sa gloire plus que son bonheur.

A l'époque de la révolution , madame Dufrenoy était dans tout l'éclat de la jeunesse, dans toute la fraîcheur de son talent. L imposant spectacle d'un grand peuple redemandant ses droits , si long-temps oubliés , frémissant d'enthousiasme aux noms de liberté et de justice, devait frapper tous les esprits et réveiller dans tous les cœurs des émotions sympathiques; aussi, peu de Français échappèrent, en 1789, à la commotion générale;

rij )

on croyait voir briller L'aurore «lune régénération sans rési&tance , d'une liberté suis orages; l'illusion ne fut pas de longue durée; bientôt les intérêts opposés se heurtèrent; les factions furent déchaînées; la France se couvrit de gloire et de deuil.

Dans ces temps d'agitation et de troubles civils, madame Dufrenoy, dont le mérite était déjà connu , et qui se trouvait en rapport avec des personnages influents de diverses opinions, prit toujours le parti de la faiblesse et du malheur; chaque excès de la révolution était pour elle un sujet de profonde tristesse et une occasion de rendre service à des infortunés. Que de touchantes anecdotes, que de faits précieux elle aurait pu nous révéler? Ses Souvenirs n'auraient point été remplis d'apologies douteuses et d'accusations hasardées: son cœur, exempt d'envie, fut accessible à l'amitié, jamais à la haine; elle ne se piquait point de dévotion , mais elle était pieuse, et

( viij )

pleine d'indulgence; une célébrité fondée sur le scandale aurait fait le tourment de sa vie; son premier besoin était de laisser une mémoire sans tache et un nom respecté.

Madame Dufrenoy est née à Paris, le 3 décembre 17 G 5, dans l'une des maisons de la rue de Harlay , près de celles où furent élevés Boileau et madame Rolland: son père, Jacques Billet, joaillier, distingue dans sa profession, aimait les arts, les lettres et ceux qui les cultivaient avec honneur. Gomme l'instruction n'était pas encore très répandue, il devint l'oracle de son quartier; on le consultait sur les questions les plus difficiles; madame Dufrenoy nous apprend dans ses notes manuscrites qu'il arrangeait plus d'affaires que ne pouvaient en déranger les procureurs de la rue de Harlay et des rues adjacentes; de tous les faits qu'elle rapporte c'est peut-être le seul qu'on puisse sans témérité soupçonner d'exagération.

( îx )

M. Billet, joaillier de la cour de Pologne et de plusieurs grandes maisons de France, avait acquis dans son commerce une fortune considérable. Son inclination pour la littérature lui avait valu l'amitié de quelques hommes célèbres; il les recevait avec plaisir, et ces réunions avaient pour lui un intérêt particulier; on y parlait des productions nouvelles; on y citait les épigrammes du jour; on s'y déchaînait contre le parlement Maupeou; les anecdotes de la cour et de la ville n'étaient pas oubliées; enfin on jouissait du présent sans trop s'inquiéter de l'avenir.

Madame Dufrenoy était bien jeune à cette époque; cependant ces conversations littéraires et politiques frappaient son imagination; elle commençait à sentir, et à exagérer le prix de la célébrité; elle ne séparait pas le bonheur de la gloire; et ce sont peut-être ces premières impressions qui ont fait sa destinée; elle se rappelait parfaitement l'urbanité de

Kochon de Chabannes, la morgue décisive de La Harpe , les saillies ingénieuses de Champfort , et les dissertations poétiques d'André Murville.

Une tante de madame Dufrenoy était religieuse et supérieure de la maison des sœurs hospitalières de la Roquette. Cette tante qu'on nommait la mère Saint-Félix se chargea de son éducation. « Elle me traitait, dit madame « Dufrenoy dans ses notes, avec une tendresse «maternelle; elle m'apprit à lire, et me fit « donner des leçons de musique. Mes études « se bornaient à apprendre par cœur, l'Évan- « gile, les Épîtres des apôtres, et le grand Ca- « téchisme de Montpellier. On distribuait « des images aux pensionnaires qui savaient «le mieux leurs leçons. Gomme j'étais fré- « quemment la première de ma classe , ma « tante me regardait comme un prodige et ne « tarissait point sur l'éloge de mon esprit. «Ma mère, enchantée de nies progrès, me

donna pour récompensé le Magasin des Enfonts par madame Le Prince de Beaumont. « Cet Ouvrage, l'un des meilleurs que l'on ait autrefois composé pour 1 éducation, fit mes délices. Dans les heures de récréation , je me retirais pour me livrer à la lecture sous les beaux ombrages de notre couvent. Ma tante, ravie de mes dispositions, me donna la clef de sa bibliothèque; mais elle voulut que sa cellule devînt mon cabinet de lecture : elle craignait d'encourir le blâme des religieuses en étendant un peu trop le cercle de mon instruction. Ce fut donc à la dérobée, et comme en bonne fortune, que je lus les sermons de Massillon, ceux de Bourdaloue , l'Imitation de Jésus-Christ , quelques autres livres de piété, et les Vies des saints. Ce dernier livre me remplit d'enthousiasme. Je relus plus de vingt fois l'histoire de sainte Geneviève et celle de sainte Cécile; j'admirais leurs vertus, leur cou-

( xy )

« rage, leur dévouement religieux, et j'aurais « voulu cueillir la palme du martyre.

« J'entrais alors dans ma dix-septième an- «née, et ma tante me traitait comme une «jeune fille toute formée. C'était moi qui li- « sais dans sa cellule les prières de l'Eglise « quelle écoutait avec recueillement. Tous .« les matins, je me levais une heure avant mes «compagnes, et, lorsque j'avais récité tout « haut les oraisons du jour, je faisais le café « delà mère Saint-Félix, ou sa soupe aux her- «bes, déjeuner frugal que je partageais avec « elle. J étais heureuse de la voir, heureuse de •< sa tendresse, et je ne concevais de bonheur « que dans l'état religieux. »

Nous avons conservé ces détails parcequ'ils donnent l'idée de la première éducation que recevaient alors les jeunes filles. Tout cela a été changé; on dit que c'est pour le mieux , et nous n'avons nulle envie de discuter la question.

( xiii )

Madame Dufrenoy , toute préoccupée qu'elle était des charmes de la clôture, revint cependant avec plaisir sous le toit paternel, où elle continua ses études et prit un goût prononcé pour la poésie. Elle était très jeune Lorsqu'on lui fit épouser M. Petit Dufrenoy, procureur au Châtclet , homme d'esprit et de plaisir,, aimant aussi la littérature et les hommes de lettres, menant un grand train de maison , et honoré de la confiance de plusieurs familles illustres. Voltaire , dans les dernières années de sa vie, lavait chargé de quelques affaires difficiles; et nous avons lu quelques lettres inédites , où il rend j ustice à ses lumières et à sa probité.

Nous n'avons plus maintenant pour nous guider que le souvenir des conversations confidentielles de madame Dufrenoy, etquelques notes sur ses ouvrages, ce qui ne nous permettra pas de mettre une liaison bien intime entre les évènementsq ue nousallons raconter.

( xiv )

M. Dufrenoy aimait beaucoup le monde et voyait une société distinguée; sa femme n'opposait aucune résistance à ses goûts , mais elle préférait la solitude; c'est le penchant naturel de tous ceux qui ont de la portée dans l'esprit et de la vivacité dans l'imagination. Madame Dufrenoy s'y livrait autant que cela pouvait s'accorder avec ses devoirs; elle recevait dans la retraite des inspirations qui la rendaient heureuse ; bientôt elle sentit le besoin d'en fixer les traces fugitives; elle était poëte, il ne lui manquait plus que la connaissance de l'art: ce fut l'objet de ses nouvelles études.

« Dans ma jeunesse , dit madame Dufre- « noy ('), on me fit présent des Élégies de « Parny, de cet auteur divin; déjà la passion « de la poésie dévorait mon ame; j'étais sen- « sible et malheureuse, l'élégie devenait mon

(')Notc 18.

( xv )

m domaine. Pour bien me pénétrer de ses diï- « férenta caractères, j'étudiai les anciens; je ne h quittais plus Catulle, Tibullc et Properce. « Ils occupaient mes jours, enchantaient mes « veilles ; bientôt je les sus par cœur ; et cepen- « dant, je les lisais sans cesse. Parny me sem- « ble les avoir atteints; et je cherchai à suivre « ses traces sans néanmoins l'imiter, 1 amour « n'ayant pas chez les femmes la même ex- « pression que chez les hommes. Moins pas- « sionnées, peut-être plus tendres, ces nuan- « ces me parurent ouvrir un nouveau sentier « à l'élégie. »

Pendant que madame Dufrenoy s'abandonnait ainsi au culte des muses et aux douces rêveries, tout changeait autour d'elle; la révolution faisait des progrès rapides , et renversait dans la poussière tout ce qui lui opposait quelque obstacle. Les intérêts qui s'attachaient aux anciennes institutions furent attaqués , et peu de fortunes particulières

Page 1