LE PRIX
O transports ! ô félicité ! Jour à jamais présent et cher à ma mémoire !
J'ai vu tout un peuple enchanté
Sourire à ta naissante gloire ;
J'ai vu les nobles successeurs
Des Despréaux et des Corneilles Orner ton jeune front du laurier des neuf sœurs ,
Doux prix de tes savantes veilles.
J'ai vu cent beautés dont l'orgueil
S'indigne d'un vulgaire hommage
En foule épier ton passage , Et briguer à l'envi la faveur d'un coup d'œil.
Que celle qu'il aime est heureuse !
Ce bruit a caressé mon oreille amoureuse ;
Je le recueille avec ardeur,
Et, mes yeux trahissant mon ame ,
Il me semble déjà que chaque spectateur
Est dans le secret de ma flamme.
Ah ! fuyons promptement ces lieux ,
Où ma vive et tendre imprudence
Désormais pour m'accuser mieux
Donne une voix à mon silence; Fuyons... Je n'ose, hélas ! sur lui lever les yeux.
De pudeur, de plaisir tremblante , De mille émotions à-la-fois palpitante ,
J'atteins d'un pas mal assuré
Cette retraite enchanteresse
Où mon cœur, d'amour enivré, A reçu de son cœur la première promesse.
Séjour au bonheur consacré, Où nul que mon amant n'a jamais pénétré , Pour mieux le recevoir prenez un air de fête ; Ornez-vous de festons , décorez-vous de fleurs ; Mélangez vos parfums , mariez vos couleurs ;
O fleurs ! plaisez à ma conquête.
Et toi , mon aimable vainqueur,
Toi dont j'appelle la présence , Charme de mes regards , délices de mon cœur,
ÉLÉGIES. 2r>
Réponds à mon impatience.
Viens, un nouveau triomphe ici t'est destiné. Viens , et partage mon ivresse.
Viens , c'est sur-tout par sa maîtresse Qu'il est doux d'être couronné.