‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 11 sur 77 · LE PRIX · texte numérisé non relu

LE PRIX

O transports ! ô félicité ! Jour à jamais présent et cher à ma mémoire !

J'ai vu tout un peuple enchanté

Sourire à ta naissante gloire ;

J'ai vu les nobles successeurs

Des Despréaux et des Corneilles Orner ton jeune front du laurier des neuf sœurs ,

Doux prix de tes savantes veilles.

J'ai vu cent beautés dont l'orgueil

S'indigne d'un vulgaire hommage

En foule épier ton passage , Et briguer à l'envi la faveur d'un coup d'œil.

Que celle qu'il aime est heureuse !

Ce bruit a caressé mon oreille amoureuse ;

Je le recueille avec ardeur,

Et, mes yeux trahissant mon ame ,

Il me semble déjà que chaque spectateur

Est dans le secret de ma flamme.

Ah ! fuyons promptement ces lieux ,

Où ma vive et tendre imprudence

Désormais pour m'accuser mieux

Donne une voix à mon silence; Fuyons... Je n'ose, hélas ! sur lui lever les yeux.

De pudeur, de plaisir tremblante , De mille émotions à-la-fois palpitante ,

J'atteins d'un pas mal assuré

Cette retraite enchanteresse

Où mon cœur, d'amour enivré, A reçu de son cœur la première promesse.

Séjour au bonheur consacré, Où nul que mon amant n'a jamais pénétré , Pour mieux le recevoir prenez un air de fête ; Ornez-vous de festons , décorez-vous de fleurs ; Mélangez vos parfums , mariez vos couleurs ;

O fleurs ! plaisez à ma conquête.

Et toi , mon aimable vainqueur,

Toi dont j'appelle la présence , Charme de mes regards , délices de mon cœur,

ÉLÉGIES. 2r>

Réponds à mon impatience.

Viens, un nouveau triomphe ici t'est destiné. Viens , et partage mon ivresse.

Viens , c'est sur-tout par sa maîtresse Qu'il est doux d'être couronné.

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