‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 12 sur 77 · DUNE AMANTE · texte numérisé non relu

DUNE AMANTE

L'aurore brille , et je m'éveille ,

Je m'éveille songeant à lui ,

Et je me répète aujourd'hui

Tous les discours qu'il tint la veille.

Je me rappelle ce regard Qu'au bal où cent beautés déployaient tout leur art ,

De fixer j'eus seule la gloire.

Ce serrement de main, que j'ai besoin de croire , Ce souris , que l'amour dut peut-être au hasard ,

Tout est présent à ma mémoire.

Je me lève , et, charmant, par d'heureux souvenirs , Du départ au retour le pénible passage ,

Je m'entoure dans mon veuvage

De l'image de nos plaisirs.

BLËGIES, 27

Je chante bien souvent (Tune voix attendrie Les airs qu'auprès <le moi chaula sa voix chérie ; Je relis les écrits que sa main ma tracés, Et les vers par sa femme à ma flamme adressés: Je peste bien long-temps immobile à la place

( )u ses pas se sont arrêtés; Mes yeux complaisamment se fixent sur la glace

Où j'ai vu ses traits répétés.

Ce luth , dont les cordes mobiles

Célèbrent sous ses doigts habiles Les travaux de Newton par ses chants agrandis , Bientôt va soupirer sous mes doigts moins hardis.

Cette fleur par lui fut cueillie ; Il faut que sur mon sein je place cette fleur : De ce nouveau ruban il vanta la couleur ; Il faut par ce ruban que je sois embellie ; Tout m'occupe de lui , tout le rend à mou cœur.

Mais l'heure des amours s'avance ;

O transports ! aimable espérance !

On frappe : c'est lui ! . . . Promptement

Relevons notre chevelure ,

Qui tombe trop négligemment ;

Arrangeons ce nœud ; la parure

Ne messied point au sentiment,

Et Fart n'est plus que la nature, Alors qu'on s'embellit pour plaire à son amant. Il vient ; ô de l'amour doux et terrible empire ! Je veux marcher vers lui ; mes genoux ont tremblé :

Je veux parler; ma voix expire.

Il vient!... Déjà son cœur, troublé,

Bat contre mon cœur, qui soupire ;

Entre mes bras il a volé.

Toi dont l'agréable présence

M'est chaque jour une faveur, Oui , ton retour me doit tout ce que ton absence

Dérobe , hélas ! à mon ardeur.

Rends-moi tous ces regards où respire ton ame ; Rends-moi ces entretiens qui me peignent ta flamme,

Tous ces riens qui font le bonheur ;

Donne à ton amante fidèle Mille baisers suivis de mille encor plus doux : Pardonne si mon cœur te les demande tous ;

Ce sont eux qui me rendent belle. Reçois aussi les miens , que ton désir appelle ;

ÉLÉGIES. itj

D'un invincible amour tous deux unissons-nous. Toi seul as l'aii connaître à mon une charmée

Le bonheur d'aimer pour jamais ,

Le bonheur plus doux d'être aimée !

Reçois le prix de tes bienfaits.

Mais , grands dieux ! quel devoir barbare

A mes tendresses le ravit?

L'airain vient de sonner l'heure qui nous unit, Et déjà sonne, hélas ! l'heure qui nous sépare.

Qu'ils sont courts au gré de leurs vœux , Ces moments d'abandon, de volupté, d'ivresse, Où, confondant leurs cœurs toujoursplus amoureux,

L'heureux amant , son heureuse maîtresse , Sans leurs doubles plaisirs oublieraient qu'ils sont deux ! Déjà je ne vois plus ce que mon cœur adore;

Je ne le vois plus , et je crois

L'entendre , et répondre à sa voix :

Il est déjà bien loin , et je lui parle encore : Flatteuse illusion ! à son tour elle a fui ! Je perds jusqu'au bonheur de l'attendre aujourd'hui.

Ma solitude me dévore.

Ah ! comment tromper mon ennui !

3o ELEGIES.

J'écris : dans cette lettre , à ma douleur utile , L'élégance des mots et la pompe du style

Brillent moins que les sentiments ;

.l'aime est tout l'esprit des amants.

Phébé plus radieuse achève sa carrière; Le sommeil fait tomber la plume de ma main ; Je me couche , et me dis , en fermant ma paupière ,

Je ne le verrai que demain !

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