DUNE AMANTE
L'aurore brille , et je m'éveille ,
Je m'éveille songeant à lui ,
Et je me répète aujourd'hui
Tous les discours qu'il tint la veille.
Je me rappelle ce regard Qu'au bal où cent beautés déployaient tout leur art ,
De fixer j'eus seule la gloire.
Ce serrement de main, que j'ai besoin de croire , Ce souris , que l'amour dut peut-être au hasard ,
Tout est présent à ma mémoire.
Je me lève , et, charmant, par d'heureux souvenirs , Du départ au retour le pénible passage ,
Je m'entoure dans mon veuvage
De l'image de nos plaisirs.
BLËGIES, 27
Je chante bien souvent (Tune voix attendrie Les airs qu'auprès <le moi chaula sa voix chérie ; Je relis les écrits que sa main ma tracés, Et les vers par sa femme à ma flamme adressés: Je peste bien long-temps immobile à la place
( )u ses pas se sont arrêtés; Mes yeux complaisamment se fixent sur la glace
Où j'ai vu ses traits répétés.
Ce luth , dont les cordes mobiles
Célèbrent sous ses doigts habiles Les travaux de Newton par ses chants agrandis , Bientôt va soupirer sous mes doigts moins hardis.
Cette fleur par lui fut cueillie ; Il faut que sur mon sein je place cette fleur : De ce nouveau ruban il vanta la couleur ; Il faut par ce ruban que je sois embellie ; Tout m'occupe de lui , tout le rend à mou cœur.
Mais l'heure des amours s'avance ;
O transports ! aimable espérance !
On frappe : c'est lui ! . . . Promptement
Relevons notre chevelure ,
Qui tombe trop négligemment ;
Arrangeons ce nœud ; la parure
Ne messied point au sentiment,
Et Fart n'est plus que la nature, Alors qu'on s'embellit pour plaire à son amant. Il vient ; ô de l'amour doux et terrible empire ! Je veux marcher vers lui ; mes genoux ont tremblé :
Je veux parler; ma voix expire.
Il vient!... Déjà son cœur, troublé,
Bat contre mon cœur, qui soupire ;
Entre mes bras il a volé.
Toi dont l'agréable présence
M'est chaque jour une faveur, Oui , ton retour me doit tout ce que ton absence
Dérobe , hélas ! à mon ardeur.
Rends-moi tous ces regards où respire ton ame ; Rends-moi ces entretiens qui me peignent ta flamme,
Tous ces riens qui font le bonheur ;
Donne à ton amante fidèle Mille baisers suivis de mille encor plus doux : Pardonne si mon cœur te les demande tous ;
Ce sont eux qui me rendent belle. Reçois aussi les miens , que ton désir appelle ;
ÉLÉGIES. itj
D'un invincible amour tous deux unissons-nous. Toi seul as l'aii connaître à mon une charmée
Le bonheur d'aimer pour jamais ,
Le bonheur plus doux d'être aimée !
Reçois le prix de tes bienfaits.
Mais , grands dieux ! quel devoir barbare
A mes tendresses le ravit?
L'airain vient de sonner l'heure qui nous unit, Et déjà sonne, hélas ! l'heure qui nous sépare.
Qu'ils sont courts au gré de leurs vœux , Ces moments d'abandon, de volupté, d'ivresse, Où, confondant leurs cœurs toujoursplus amoureux,
L'heureux amant , son heureuse maîtresse , Sans leurs doubles plaisirs oublieraient qu'ils sont deux ! Déjà je ne vois plus ce que mon cœur adore;
Je ne le vois plus , et je crois
L'entendre , et répondre à sa voix :
Il est déjà bien loin , et je lui parle encore : Flatteuse illusion ! à son tour elle a fui ! Je perds jusqu'au bonheur de l'attendre aujourd'hui.
Ma solitude me dévore.
Ah ! comment tromper mon ennui !
3o ELEGIES.
J'écris : dans cette lettre , à ma douleur utile , L'élégance des mots et la pompe du style
Brillent moins que les sentiments ;
.l'aime est tout l'esprit des amants.
Phébé plus radieuse achève sa carrière; Le sommeil fait tomber la plume de ma main ; Je me couche , et me dis , en fermant ma paupière ,
Je ne le verrai que demain !