‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 13 sur 77 · L'AMANTE DU POËTE · texte numérisé non relu

L'AMANTE DU POËTE

Elle seule a connu le suprême bonheur, Seule des voluptés elle épuisa l'ivresse , Celle qui dans les nœuds dWe fidèle ardeur Captive un favori des nymphes du Permesse.

Pour elle , au milieu des hivers , De ses dons embaumés Flore emplit sa corbeille , Cérès de ses trésors étale la merveille,

Les champs ont des ombrages verts.

Pour elle, en se jouant, Zéphire

Adoucit dans Tété les feux brûlants du jour,

L'astre rêveur des nuits prolonge son empire ,

Et dans les bois émus Philoméle soupire

Un chant mélodieux d'amour.

34 élé<;iks.

Pour elle encore les Naïades

Suivent Neptune sur les eaux, Pan réunit encor d'harmonieux roseaux; Les montagnes encor se peuplent d'Oréades ,

Et dans le chêne aux vieux rameaux

Se cachent déjeunes Dryades.

Chère à l'Amour, chère à Vénus , Llle seule est admise à leurs plus doux mystères. De son heureux amant tous les dieux tributaires L'entourent de plaisirs au vulgaire inconnus.

Oui, la compagne du poëte,

Reine d'un magique univers ,

Au sein des plus tristes déserts

A l'Olympe encor pour retraite.

Ah ! qu'on m'exile au loin dans les antres profonds , Au pied des rocs glacés , sur la cime des monts ; Mais que là , de ton cœur souveraine maîtresse ,

Libre d'écouter ma tendresse , Et le jour et la nuit je vive près de toi ;

Mais que ta lyre enchanteresse Piedise jour et nuit mon amour et ta foi ; Et ces antres obscurs , ces affreux précipices ,

Que l'œil le plus hardi mesure avec effroi .

.Je tes verrais avec délices Sombres lieux ! <> combien j'aimerais votre horreur! Là je oe craindrais plus ces beautés trop fatales

Qui , jalouses de mou bonheur, Tepressem en tous Lieux <!<• leurs flammes rivales. Les vains égards du monde, el ses plaisirs trompeurs, Ne me raviraient plus sans cesse ta présence.

Là, jamais une heure d'absence

Ne me ferait verser de pleurs.

Riche en ma pauvreté des seuls biens que j'envie, Ainsi cju'un jour serein s'écoulerait ma vie :

Et quand les inflexibles Sœurs Que précède la crainte et suivent les douleurs

Viendraient menacer ton amante , J'attacherais sur toi ma paupière mourante , Et, près de ce départ qui n'a point de retour, J'emporterais encore un doux regard d'amour.

Loin de regretter la lumière , Bénissant mon destin de mourir la première , Jusqu'au dernier soupir prolongeant nos adieux , J'irais, heureuse encor, t'attendre dans les cieux.

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