‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 30 sur 77 · A UNE AM1K · texte numérisé non relu

A UNE AM1K

Vous à qui l'amitié m'attacha dès long-temps,

Du hameau vous fuyez l'asile,

Et vous le fuyez au printemps !

Quel caprice vous en exile ?

J'y consens , oubliez ces bois Dont souvent avec moi vous cherchiez l'ombre obscure; Oubliez ces oiseaux dont vous aimiez la voix ,

Et cette onde qui tant de fois

Vous enchanta de son murmure :

Quittez tout ce qu'enfin vous offrait la nature ; Mais pouvez-vous aussi quitter nos entretiens ,

Et renoncer à votre amie ?

Je le sais trop, une ame à l'amour asservie Ne trouve en d'autres nœuds que de faibles liens :

Des biens que le sort nous dispense Loin de l'objet aimé nous ne jouissons pas ;

Nous n'attachons de prix qu'à sa douce présence;

Nous ne vivons que dans ses bras.

Mais puisque , d'un époux pleurant la longue absence , Vous ne pouvez le suivre au milieu des combats , Revolez vers nos champs; d'autres soins affranchie, Revenez habiter leur aimable séjour;

De ce temps perdu pour l'amour

Que l'amitié soit enrichie.

Revenez ; Pétrarque à la main ,

Nous pourrons quelquefois encore , Sous l'ombre et dans la paix du bois le plus prochain , Lire ensemble les vers qu'il soupira pour Laure. D'un amour malheureux la plainte et le tourment Trompera les chagrins et du mien et du vôtre ;

En nous redisant l'une à l'autre

L'histoire de ce tendre amant ,

Nous croirons entendre la nôtre :

Et si son aimable douleur, Loin de les dissiper, entretient nos alarmes ,

Nous aurons au moins un bonheur,

Celui de confondre nos larmes.

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