A UNE AM1K
Vous à qui l'amitié m'attacha dès long-temps,
Du hameau vous fuyez l'asile,
Et vous le fuyez au printemps !
Quel caprice vous en exile ?
J'y consens , oubliez ces bois Dont souvent avec moi vous cherchiez l'ombre obscure; Oubliez ces oiseaux dont vous aimiez la voix ,
Et cette onde qui tant de fois
Vous enchanta de son murmure :
Quittez tout ce qu'enfin vous offrait la nature ; Mais pouvez-vous aussi quitter nos entretiens ,
Et renoncer à votre amie ?
Je le sais trop, une ame à l'amour asservie Ne trouve en d'autres nœuds que de faibles liens :
Des biens que le sort nous dispense Loin de l'objet aimé nous ne jouissons pas ;
Nous n'attachons de prix qu'à sa douce présence;
Nous ne vivons que dans ses bras.
Mais puisque , d'un époux pleurant la longue absence , Vous ne pouvez le suivre au milieu des combats , Revolez vers nos champs; d'autres soins affranchie, Revenez habiter leur aimable séjour;
De ce temps perdu pour l'amour
Que l'amitié soit enrichie.
Revenez ; Pétrarque à la main ,
Nous pourrons quelquefois encore , Sous l'ombre et dans la paix du bois le plus prochain , Lire ensemble les vers qu'il soupira pour Laure. D'un amour malheureux la plainte et le tourment Trompera les chagrins et du mien et du vôtre ;
En nous redisant l'une à l'autre
L'histoire de ce tendre amant ,
Nous croirons entendre la nôtre :
Et si son aimable douleur, Loin de les dissiper, entretient nos alarmes ,
Nous aurons au moins un bonheur,
Celui de confondre nos larmes.