‹ uvres poétiques de Mme DufrénoyChapitre 29 sur 77 · LE LUXEMBOURG · texte numérisé non relu

LE LUXEMBOURG

Jardin charmant, jardin délicieux Où venait s'égarer mon heureuse ignorance Alors que mon cœur pur, encor dans son enfance ,

Ne formait que de simples vœux

Qu'approuvait toujours l'innocence, J'ose te préférer à ces jardins pompeux

Où des flots de Lais parjures, Moins brillantes d'attraits que riches de parures, Ne savent conquérir que l'hommage des yeux.

Près de tes marroniers antiques ,

Ces témoins discrets des amours ,

Rien ne pourra troubler le cours

De mes pensers mélancoliques. Si le flatteur des rois , esclave du grand ton , Promène son ennui sous un plus beau feuillage ,

Des chastes sœurs le nourrisson ,

L'élève des beaux-arts , l'astronome , le sage , Visite chaque jour ton inspirant ombrage. Là je crois voir Corneille et Pascal et Newton. L'amant que sous ce bois égare sa tendresse, Héloïse à la main , y rêve à sa maîtresse ;

L'écrivain , dans sa douce paix , Va chercher des accents dignes de Polymnie; Le disciple si cher au Sophocle français , La Harpe, de son maître évoquant le génie (,s) , Et d'un zèle égaré retraçant les forfaits , Naguère y composa les vers de Mélanie.

Là Ducis , préparant ses terribles effets (l6), Ducis , le front orné d'une double couronne , S'armant des deux poignards du Grec et de l'Anglais , Fait frissonner Macbeth et gémir Antigone.

Sous ce vieux orme qu'a planté Un monarque à l'amour comme à l'honneur fidèle,

Autrefois Fontane a chanté ('") Henri-Quatre tombant aux pieds de Gabrielle , Et désormais aux yeux de la postérité L'un en sera plus grand, l'autre en sera plus belle. Quel Français, quel poëte, et sur-tout quel amant

ÉLÉGIES s,,

\ 'cn-iit cet arbre heureux sans attendrissement !

Dans ce jardin solitaire et paisible Il est doux de rêver, et plus doux tle pleurer;

C'est ici Otle riionmie sensible De touchants souvenirs se plaît à s'entourer. N'ôD doutons pas, le cœur rempli de sa Délie,

Jadis dans un bosquet pareil ,

Aux derniers rayons du soleil , Tibulle soupira sa première élégie.

Parny, chantre aimé des amours (,8), Non moins voluptueux, plus tendre que Catulle,

Parny, que les muses toujours

Nommeront le second Tibulle , Dans le premier des arts maître cher aux amants , Toi qui , des voluptés leur enseignant l'ivresse ,

A ton école enchanteresse En si peu de leçons fais tant d'heureux savants ,

Viens , que ton luth résonne encore , Ce luth si plein d'amour, de grâce, de douceur; Et si je n'ose unir un nom cher à mon cœur

Au nom chéri d'Éléonore , A ta douleur du moins j'unirai ma douleur.

oo ÉLÉGIES.

Victimes tous les deux des plus tendres faiblesses , Des erreurs de l'amour tous les deux revenus , Nous promettrons de n'aimer plus :

Hélas ! tiendrons-nous nos promesses ?

A UNE JEUNE EILLE.

Prends garde, naïve Zélime, Prends garde à cet amant qui s'attache à tes pas.

Alors qu'il vante tes appas

Tu rougis , ton regard s'anime , Et ton souris , plus doux , cache un tendre embarras.

S'il presse de sa main tremblante

Ta main que tu ne défends pas ,

L'expression la plus touchante

Embellit tes traits délicats.

A sa présence inattendue Déjà s'est soulevé le voile de ton sein:

Quand il s'éloigne de ta vue ,

Ton jeune front n'est plus serein

Des jeux chers à l'adolescence

Tu ne charmes plus tes loisirs ;

Ton cœur, malgré son innocence ,

A deviné d'autres plaisirs.

Crains , Zélime , de les connaître Ces courts plaisirs souvent payés de longs regrets.

Garde avec soin ta douce paix; Écarte de ton cœur l'amour tout près d'y naître : Ne prête point l'oreille au langage flatteur

D'un sexe vain et séducteur, Qui même en l'adorant aime à trahir le nôtre.

Tout amant, Zélime, est trompeur, Et lorsque de l'amour on connut le bonheur

On n'en veut plus connaître un autre.

Page 1