LE LENDEMAIN DE SA FETE
Qu'un guerrier, soutien de l'état,
Cherche la gloire au sein des armes ;
Je le plains d'aimer un éclat
Qui coûte aux mortels tant de larmes
Je ne crois pas que le bonheur
Consiste à ravager la terre ;
J'ai placé le mien dans mon cœur
Et dans mon amour pour ma mère.
Qu un farouche amant de Plutus ,
Des vagues bravant la furie ,
Entasse d'avares écus ,
Et s'exile de sa patrie :
Pour moi , jamais la soif de l'or
Ne me fera courir la terre;
Ah ! voudrais-je au prix d'un trésor
Coûter U1J soupir à ma iuere !
Unique objet de mon amour, 0 toi, ma gloire, ma richesse !
Pardon si j'ai tardé d'un jour A te témoigner ma tendresse.
Ce retard me serait permis Par le censeur le plus sévère ; C'était au sein de mes amis Que je voulais fêter ma mère.
3o8 CHANSONS
LINCONSTANCE JUSTIFIÉE.
Quand j'entends messieurs les amants,
Sur un ton lamentable , Dire que les amours constants
Ne sont plus qu'une fable , Moi je réponds à leurs discours :
Il faut, pour être aimé toujours ,
Être toujours aimable.
Damis,m'inspira quelques jours
Une ardeur véritable :
J'aurais voulu l'aimer toujours;
Ce n'est pas une fable. Il dit que j'ai trahi ma foi ; Est-ce , après tout , ma faute à moi
S'il cessa d'être aimable ?
J'aimai le jeune Floricour;
ET ROMANCES. 3og
Ce nVst point mie Table; Mais il exigea tant d'amour
Qu'il fut insupportable.
Un rien le mettait en courroux; < )r on sait qu'un amant jaloux
N'est pas toujours aimable.
L'objet de mes nouveaux amours
Est doux , sensible , affable ; J'ai juré de l'aimer toujours ;
Ce n'est point une fable.
Oui , je lui tiendrai mes serments , Tant qu'il sera de mes amants
Toujours le plus aimable.
Amants, écoutez mes leçons,
Et soyez raisonnables ; Bien que je les fasse en chansons ,
Ce ne sont point des fables.
Voulez-vous conserver un cœur, Sachez , après votre bonheur,
Etre encor plus aimables.
{') Érinne, poète lyrique que les anciens ont placé à côjé île Sapho. Il ne nous est parvenu aucun vers d'Érinne.
(2) C'est dans Argos que sont nés les arts et les lettres , el cette ville donna long-temps la loi à toute la Grèce.
(3) Minos, pour venger la mort de son fils Androgée, que les jeunes gens d'Athènes avaient tué par jalousie de ses succès, obligea les Athéniens de lui envoyer chaque année sept de leurs enfants pour être dévoies par le Minotaure, monstre moitié homme et moitié taureau. Thésée affranchit Athènes de ce tribut.
(') Ptocustes , Cercyon, Periphète , Siitnis, étaient de fameux brigands qui exerçaient les plus affreuses barbaries sur les étrangers qui tombaient entre leurs mains. Thésée les vainquit et leur fit expier leui's crimes dans les supplices qu'ils avaient inventés.
3ia NOTES.
(5) Plutarquc rapporte qu'il se trouvait près de ÏAlphée un écho qui répétait sept fois les paroles qu'on lui adressait.
(5) Pélops était le premier roi d'Athènes.
(?) Glaucus et Milon célèbres athlètes grecs. Les anciens disent que Glaucus se servait de sa main droite comme d'un marteau ; que Milon parcourut le stade en portant un bœuf sur ses épaules, et qu'un jour, se trouvant dans une maison avec les disciples de Pythagore, il leur sauva la vie en soutenant la colonne sur laquelle portait le plafond, qui étah près de tomber.
(8) Minerve était la déesse protectrice d'Argos ; on lui rendait dans cette ville un culte particulier : chaque année, à la même époque, la jeunesse d'Argos, précédée de l'élite de ses guerriers, de ses poètes, des augures, et des pontifes, allait dans son temple immoler en son honneur cent taureaux parés de guirlandes de fleurs.
(9) Mademoiselle Saint- Huberty , actrice de l'académie royale de Musique, célèbre cantatrice, devenue l'épouse de M. d'Entragues.
(10) Raul , fameux par son talent sur la flûte.
NOTES. 3i3
(") Diiqiicsi lin de Camille égala lea li auli faitt.
Oubliant le- injures qu'il avait reçues de sa patrie, Camille soi lit de SOD exil pour la délivre! il» 18 VoIm|(us et des Étrusques, qui s'étaient tendus tnaitres de Rome. Duguesclin enleva aux Anglais Y Anjou, le Maine, le Poitou, et la Saintoii(je, dont ils s'étaient emparés. Sa brillante valeur (ut la première cause de l'affranchissement de la France du joug "de l'étranger, sous le règne de Chai les V.
(IJ) C'est sous le règne de Charles V qu'on a composé les premiers vers français.
(,3) Charles V, à son avènement à la couronne, trouve la France en proie à la guerre étrangère et intestine ; son beaufrère Charles-le-Mauvais était l'ame de la faction qui déchirait le royaume. Charles V, par sa prudence et par sa fermeté, rendit la France libre de l'étranger et des ennemis qu'elle nourrissait dans son sein.
(■4) Mais toi que de leur miel ont nourri les abeilles.
C'était une tradition reçue chez les anciens que le jour de la naissance de Pindare avait été marqué par des prodiges. Ils racontent que les Muses dansèrent en chœur autour de son berceau, et que des abeilles vinrent déposer leur miel sur ses lèvre.. Pindare, placé par eux auprès des demi-
dieux, avait une estrade particulière dans les temples le jour des fêtes publiques, et recevait sa part des jjfeésents offerts aux divinités.
C5) La Harpe , de son uiaitre invoquant le génie.
La Harpe, disciple de Voltaire, parut dans ses ouvrages devoir un jour l'égaler. Warwiek et Mêlante obtinrent le plus brillant succès. Aujourd'hui ses ouvrages en vers sont placés tout au plus au second ordre par les poètes , mais il vivra toujours par son Cours de littérature.
(l6) Ducis le front orné d'une double couronne.
Ducis a obtenu un succès égal dans la poésie dramatique et dans la poésie fugitive. La fermeté de son ame, la noblesse de son caractère, le recommandent à la postérité autant que son génie.
(■7) Autrefois Fontaue a chanté.
M. de Fontanes a retracé avec un charme particulier les amours d'Henri IV et de Gabrielle dans un poëme intitulé la Forêt de Navarre. Ce poëme, composé dans sa plus tendre jeunesse, révéla qu'il serait un jour le premier de nos poètes et de nos orateurs.
C8) Paruy chantre aimé des Amours.
Dans mon extrême jeunesse on me fit présent des élégies
NOTE8. 3i5
«le ici auteur divin; déjà la passion «K- la poésie dévorait
iiiiiii .une )'étak sensible <i malheureuse, l'élégie devenait non domaine. POur bien me pénétrer <l<' ses différents caractères, j'étudiai les anciens; je ne ijuillai plus Tilnille.
Catulle, ri Properee: ils occupaient mes jours, enchantaient
mes veilles ; bientôt je les sus par cœur, et cependant je les lisais sans cesse. Parny me sembla les avoir atteints, et je elureliai à suivre ses tiaees sans néanmoins l'imiter, l'amour n'ayant pas eluv. les femmes la même expression que chez les hommes : moins passionné, peut-être plus tendre, ces nuances me parurent ouvrir un nouveau sentier à l'élégie.
C9) Le député à qui cette élégie fut adressée avait été deux fois proscrit ; depuis il se trouva encore au nombre des déportés du 1 8 fructidor an 1 1 .
(20) Comme eux peut-être, hélas! ne vous verrai-je plus.
Le triste pressentiment qui me dicta ce vers se réalisa Madame Bourdic-Viot n'arriva point à Barcelone ; elle fut enlevée en route par une maladie violente. La veille du jour où cette douloureuse nouvelle fut consignéedans les journaux j'avais reçu d'elle une lettre, mêlée de vers, dans laquelle elle faisait des projets délicieux pour le printemps suivant (on était à la fin de l'été). La dernière partie de cette lettre était le contraste parfait de la première : là elle s'enivrait des
3i6 NOTES.
plus douces illusions, elle m'associait aux jouissances qu'elli se promettait ; ici son style avait une teinte si douloureusement mélancolique, que ma tendresse s'en alarma. Je me dis en soupirant: Cette femme si aimable, si vive, si Légère même, quoique si véritablement affectueuse et bonne, s'étourdit, mais elle n'est point heureuse. Hélas! les projets, les espérances, les peines, tout était terminé. Il ne restait plus d'elle que ses ouvrages ; elle n'existait plus que dans le cœur de ceux qui l'avaient aimée. Son trépas subit et prématuré me porta le coup le plus terrible ; je perdais en elle une véritable amie ; mes regrets furent profonds comme mes sentiments. Son époux, qui n'a jamais pu se consoler de sa perte, avait rassemblé avec soin ses poésies ; il se préparait à les donner au public, lorsque la mort est venue le surprendre.
(21) Vous, égorgé sous mon œil éperdu.
Louis -Mathieu- Armand d'Usson, lieutenant-général et membre de l'assemblée constituante. Il vivait tranquille, retiré à la campagne, son nom seul fut son crime. Jeté en prison, il fut conduit à la mort le 8 thermidor, veille du jour qui délivra la France de ses tyrans.
(") Cette pièce a obtenu la lyre d'argent, décernée en 1824, par l'académie de Cambrai.
ISO I KS 3i7
('*) Gerbier parle ; ce fils a retrouve son père.
Un Bis dissipateur, <|m, revenu de ses égarements, avait en vain employé i<>us les moyens «le parler au cœur de son père ci d'en obtenir «le légers secours, chargea M. Gerbier, célèbre avocat au parlement de Paris, de plaider pour lui faire accorder une pension alimentaire. M. Gerbier, en s'adressant aux juges dans son exorde, leur annonça qu'avant la iiu de leur séance le malheureux pour lequel il implorait leur justice serait réconcilié avec l'auteur de ses jours. Sa prédiction s'accomplit. L'orateur retraça d'une manière si touchante les horribles extrémités où la misère avait réduit son jeune client, que le père, subjugué par l'éloquence de son habile adversaire, fondant en larmes, se précipita dans les bras de son fils , à qui dès ce moment il rendit toute sa .endresse.
(24) Dans les murs de Bagdad le farouche Amurat.
A l'instant où Amurat assistait au sac de la ville de Baglad , dont il venait de se rendre maître , un soldat du parti raincu se mit à chanter sur sa guitare les malheurs de sa patrie, ceux de sa famille, et la barbarie du vainqueur. Amurat, touché de ces accents nouveaux pour lui, ordonna soudain qu'on cessât le pillage et qu'on rendît la liberté à tous les prisonniers des deux sexes qu'on avait faits pendant le siège.
3i8 NOTES.
(lS) Alfred saisit sa harpe et reprend son empire.
Alfred Ier, surnommé le Grand, roi d'Angleterre, avait été élevé à Rome sous l'inspection du pape Léon X ; appelé au trône d'Angleterre par la mort de ses frères aînés, il trouva son royaume envahi par les Danois.
Son règne commença au milieu de la guerre. Il obtint plusieurs succès dans les premières batailles qu'il livra aux Danois; mais, victime d'une conspiration, abandonné des siens, tremblant de voir un ennemi dans chacun de ses sujets, il fut contraint de fuir, et se retira dans un canton isolé du comté de Sommerset, chez un vacher, où il vécut six mois en qualité de valet. Ce vacher avait une femme qui gourmandait souvent Alfred sur sa paresse. Le comte de Devonshire, qui était le seul qui fût instruit du lieu de la retraite où se cachait l'infortuné prince, ayant surpris un corps de Danois, fit passer la nouvelle de son succès à Alfred.
Le roi , songeant aux moyens de faire tourner à son avantage la déroute des ennemis , informa de son sort les officiers qui lui étaient restés fidèles ; il les pria de rassembler le plus de troupes qu'ils pourraient, et de les tenir prêtes à marcher au premier signal. Mais n'ayant trouvé personne qui pût lui rendre compte des forces et de la position de l'ennemi, tremblant d'ailleurs de se confier à un traître pour cette dangereuse mission, il la remplit lui-
NOTKS. 3ig
même. Sons L'habit <l 'un berger, sa harpe en main, il pêne
lia dans le camp danois, se lu annoncer au véiier.il en < bel connue un virtuose, il lui introduit a ce litre auprès de lui. Alfred décOUVril bientôt que la division régnait parmi les ennemis; il saisit le ninmeiil l.i\ ni .iblc pour fuir vers le comte de Devonshire, rallia ses troupes aux sons de sa barpe. et, combattanl a leur tête, Força le camp des Danois, et remporta une victoire complète. Comme Alfred était aussi habile dans l'art des négociations que dans celui de la guerre, il parvint bientôt à se faire reconnaître souverain par le parti qu'il avait vaincu.
(36) L'air qu'aux Grâces Berton semble avoir dérobé.
M. Berton, fils de feu M. Berton, directeur de l'Opéra, est auteur de la musique de plus de trente ouvrages dramatiques, qui tous ont obtenu un succès mérité. On remarque dans beaucoup de ses productions des romances dignes de nos anciens troubadours, et des morceaux d'ensemble dignes de son illustre maître Sacchini.
(27) Ce Milton, ce vieillard, l'Homère des Anglais.
Milton se prononça contre Charles Ier et devint le secrétaire de Cromwell; lors de la restauration des Stuarts, Milton, persécuté, aveugle et dans la misère, composa le Paradis perdu. Sa seule distraction était de faire faire la lecture
3ao NOTES.
par ses filles et de les entendre chanter. C'est le son de leur harpe qui lui inspira ses vers les plus beaux.
(q8) Se croyait libre encore en soupirant ses vers.
André Chénicr, victime de ses sages opinions , fut jeté dans les fers; il y demeura plusieurs mois, et n'en sortit que pour être conduit à l'échafaud deux jours avant l'heureuse révolution du 9 thermidor. Les muses le consolaient de ses malheurs, et son arrêt était porté, lorsqu'il soupira sur sa lyre les sentiments d'une jeune personne compagne de sa captivité. Il les retrace de la manière la plus touchante dans une élégie intitulée la Jeune captive.
(29) Sicard, que vainement réclamèrent mes pleurs.
M. l'abbé Sicard, instituteur des sourds-muets de naissance, proscrit au 18 fructidor, refusa constamment les offres considérables qu'il reçut de deux rois pour aller fonder chez eux une école semblable à celle qu'il dirige à Paris.
(30) C'étaient des sources d'or que les flots d'Hippocrène.
Philippe Desportes, oncle du poë'te Régnier, contemporain de Ronsard, reçut de Charles IX huit cents écus d'or pour un petit poëme intitulé le Rodomont: Henri III lui donna dix mille écus pour l'impression de ses ouvrages ; l'amiral de Joyeuse le récompensa d'un sonnet par une ah-
NOTES. 3?.t
baye. Les divers bienfaits que reçut Dcsportcs 1m composèrent une fortune <!<• trente mille livres de rente. Lc9 poètes
<Ie ces temps recules avaient leurs entrées au Louvre. ('') De vous créer auprès un immortel domaine.
M. Arnault, auteur de Marius à Miniumet, et de plusieurs autres tragédies estimées, s'est ouvert une carrière nouvelle dans la poésie par des fables philosophiques.
(3a) Vous sauriez d'un Fouquet consoler la disgrâce.
Fouquct, surintendant des finances sous Louis XIV. Tout le monde connaît l'histoire de sa disgrâce, et la belle élégie que son malheur inspira à La Fontaine.
(33) Charles V, fils de Jean-sans-Terre.
(34) C'est sous le règne de Charles que parurent les premiers poètes français.
(35) Alcée s'était joint à ses frères avec Pittacus , pour chasser Mélanchrus , tyran de Mitylène; Alcée se déclara ensuite contre Pittacus, chargé de l'administration de la république, et subit la peine de l'exil.
(36) Dion d'Halicarnasse dit que le style d'Alcée réunissait la douceur à la force, la richesse à la précision et à la clarté, e.t
que ce poëte selevait presque à la hauteur d'Homère, lorsqu'il voulait décrire les combats ou épouvanter les tyrans.
(3?) Alcée avait conçu de l'amour pour Sapho, mais les vœux qu'il lui adressa furent repoussés.
(38) Mitylène resta long-temps livrée à la fureur de partis différents, qui, sous le prétexte spécieux de la rendre à la liberté, aspiraient en effet, pour la plupart, à la gouverner. Pittacus les combattit avec succès, et se démit du pouvoir, dès qu'il eut assuré l'indépendance et la paix de son pays. Il dut à sa modération d'être placé au rang des sages de la Grèce.
(39) Alcée parut d'abord se destiner aux armes; la passion qu'il eut ensuite pour la poésie affaiblit son penchant guerrier ; mais il aima sur-tout les vers héroïques ; il en composa d'admirables , à son retour dans sa patrie ; il chanta les malheurs de l'exil, ses amours et les plaisirs de Bacchus. C'était toujours dans une sorte d'ivresse qu'il écrivait tous ceux de ses ouvrages qui ont frit l'admiration de la postérité.
(*°) Hélas ! hélas ! répété en chœur, était chez les Grecs le chant des funérailles , et c'est ce mot , qui dans leur langue signifiait élégie , qui a donné naissance à ce genre de poëme.
NOIES. 3a3
(*') Loi s du tièga de Lyon formé par les anarchistes, Camille .Jordan, qui sortait à peine de l'adolescence, s'enrôla dans un bataillon de volontaires, et combattit contre la borde sanguinaire. Ses discours tendaient constamment à soutenir le courage de ses compatriotes , et c'est à lui en grande partie que leur longue résistance a été due. Lyon vaincue reçut de ses oppresseurs le nom de Fille- Affranchie. Camille Jordan eut alors le dangereux honneur d'être proscrit, ce qui ne l'empêcha point de braver encore le même péril au 1 8 fructidor. C'est à cette dernière époque que se formèrent les nœuds de notre intime amitié. Sa conduite politique ainsi que sa conduite privée eut toujours pour base sa conscience. Aussi n'a-t-il jamais varié dans ses opinions et dans ses sentiments.
(*J) Il reparaît le jour à Strenna consacré.
Depuis Romulus le mois de mars commençait l'année chez les Romains. Le premier de l'année était remarquable par plusieurs cérémonies. C'est à cette époque qu'on allumait le feu sacré de Vesta en rassemblant les rayons du soleil dans un miroir ardent. C'est aussi ce même jour que l'on distribuait des étrennes ; toutes les classes de citoyens parcouraient alors en pompe les rues de Rome pour aller offrir leurs présents: Strenna était la déesse qui présidait à ce jour.
(*5) Un roi par Minerve éclairé.
Numa Pompilius, qui donna à Rome des lois qu'il prétendit tenir, pour les faire respecter, de la nymphe Égérie.
(M) Et les fils de ses fils.
Le comte Philippe de Ségur, connu par des exploits presque aussi miraculeux que ceux de Bayard.
(45) Et te payer de mon bonheur.
M. le comte de Ségur était alors écarté de la chamhre des pairs, où il s'est vu rappelé depuis.
(fr') L'artillerie et les enseignes étaient déjà passées et en sûreté, lorsque sur les dix heures du matin il fut tiré un coup d'arquebuse à croc, dont la pierre vint frapper Bayard au côté droit, et lui rompit l'épine du dos. Quand il sentit le coup , son premier cri fut : « Jésus ! ah , mon Dieu ! je suis mort!» Ses gens, le voyant chanceler, allèrent à lui et le pressaient de sortir de la mêlée. Son ami d'Alègre le supplia de se retirer. « Non, répondit-il, je suis mort, et ne veux pas, dans « mes derniers moments, tourner le dos à l'ennemi pour la •< première fois de ma vie. » Cependant comme il vit les Es-
notes;
pagnols 9'avancer, il ordonna que l'on allât à la charge, et ie lu descendre au pied d'an arbre, «en sorte, disait-il, (jue " j aïe la face regardani les ennemis. »
(Histoire de Boyard, par M. Gutard'de Hiuville.)
(<7) Comme Bayard n'avait auprès de lui aucun prêtre, il se confessa à son gentilhomme. Ensuite le seigneur allègre, prévôt de Pai is, lui demanda et reçut ses dernières volontés. Ce soin rempli, Bayard supplia tous ceux qui l'environnaient de le laisser songer à sa conscience, et de se retirer, afin qu'il n'eût pas la douleur de les voir tomber au pouvoir de l'ennemi.
(48) Il recommanda au seigneur d'Alègre d'assurer le roi « qu'il mourait son serviteur, sans aucun autre regret que « celui de ne pouvoir plus lui rendre ses services. »
( Même Histoire. )
(*9) Tous prirent de lui le dernier congé, avec des cris et des gémissements qui furent entendus de l'armée ennemie, au pouvoir de laquelle il demeura. Au même instant arriva près de lui le marquis de Pescaire, qui lui dit: «Plût à « Dieu , seigneur de Bayard, avoir donné de mon sang ce que "j'en pourrais perdre sans mourir, et vous avoir mon pri-
« sonnier en bonne santé ! vous connaîtrez bientôt combien «j'ai toujours estimé votre personne , votre bravoure, et « toutes les vertus qui sont en vous, et que depuis que je « me mêle des armes, je n'ai jamais connu votre pareil. » Ce seigneur fit apporter son propre pavillon, avec son lit, le fit tendre autour du mourant, aida lui-même à le coucher, lui baisa avec respect les mains, plaça des gardes auprès de lui, et fut chercher un prêtre, à qui le chevalier se confessa avec la plus grande piété.
( Histoire de Bayard , par M. Gctard de Berville. )
(50) Toute 4'armée espagnole s'empressa de venir admirer ce héros expirant.
(Même Histoire.)
(51) Bayard conquit Bresse et se fit adorer des vaincus par sa générosité : c'est dans cette ville qu'il donna la plus grande preuve de son^respect pour l'innocence et le malheur. Milan, Fornoue, Bavenne et Lodi, furent conservés par sa vaillance; et Mezières, dénué de fortifications, dut son salut à la résolution héroïque qu'il parvint à faire adopter contre l'opinion du conseil. Mais de tous les hauts faits de Bayard, le plus merveilleux sans doute est la défense du pont de Garillan. Sur la fin de la guerre entreprise par Louis XII pour reconquérir le Milanais, les Français étaient
campés d'un côté de la rivière de Garillan, et les Espagnols «le l'autre. Parmi ceux-ci étaient, aussi bien que chez l<* français, <!<■ très braves officiers <i en grand nombre, surtout le Fameux Ferdinand Gonsalve; mais le plus extraordinaire était OU petit homme de deux coudées de liauteur, si bossu, si contrefait, que la tête de son cheval le dérobait à la vue; on le nommait Pédros de Pas, et malgré sa difformité il était un des plus hardis et des plus entreprenants detoute l'année. Jl voulut un jour donner l 'alarme au camp des Français, et pour cela il prit avec lui cent ou cent-vingt hommes d'armes, portant chacun un fantassin en croupe, tous armés d'arquebuses, et leur fit passer le Garillan à un guet qu'il connaissait. Son dessein était d'y attirer toute l'armée, et de faire dégarnir le pont, dont cependant les siens s'empareraient. Il réussit si bien que l'armée française se crut attaquée par toute celle d'Espagne, et courut du côté où était l'alarme. A ce bruit, Bayard, qui était logé tout proche du pont, comme à l'endroit le plus intéressant, se leva et s'arma, et avec lui un écuyer cavalcadour du roi, nommé Pierre de Bardes, et par sobriquet le Basque, brave et hardi gentilhomme. Dès qu'ils furent à cheval, courant du côté où était l'alarme, Bayard aperçut un gros de cavalerie espagnole de deux cents hommes qui venaient droit au pont s'en emparer, ce qu'ils auraient fait sans peine ; et , s'ils eussent réussi , c'en était fait de toute l'armée française. Il s'écria à l'instant :
3a8 NOTES.
Ami Basco , courez chercher du secours ; s'ils se rendent maîtres de notre pont, nous sommes tous perdus : courez, vous dis-je, pendant que je vais les occuper de mon mieux. Tandis que le Basque exécute cet ordre, Bayard, la lance au poing, se poste sur l'autre hout du pont avant que les Espagnols y arrivent, et, comme un lion furieux, porte de si terribles coups, qu'il renversa d'abord quatre hommes d'armes, dont deux tombèrent dans l'eau et ne reparurent plus. Les Espagnols , animés par la perte de leurs camarades , attaquent Bayard avec fureur et l'environnent: mais lui, l'épée à la main, les soutient tous, et, s'acculant tout à cheval à la barrière du pont, leur donna tant d'affaires, qu'ils croyaient avoir un diable à combattre, et non pas un homme, et que le Basque eut le temps de venir avec environ cent hommes , et de le dégager. Ce secours sauva le pont.
(Histoire de Bayard, par M. Gutard de Bertille.)
(5>) Une foule de soldats français vinrent dans le camp espagnol se rendre prisonniers, afin de jouir encore une fois du bonheur de voir Bayard.
(Dict. Hist.)
(5Î) Le connétable de Bourbon , qui était passé au service de l'Empereur, vint comme les autres contempler le héros,
NOTES. Sag
ei lui ilii • Ali, capitaine Bayardl nue je suis marri et dé
.. plaisant de \iuis voie on cet état ! Je vous ai toujours aimi .. et honoré pour la grande prouesse ci sagesse qui est en « vous: ah! que j'ai grande [>iti<; de vous! » Dâyard rappela ses forces ci répondit: «Monseigneur, je vous remercie; il « n'y a point de pitié en moi qui meurs en homme de hien, « servant mon roi ; il faut avoir pitié de vous qui portez les « armes contre votre prince, votre patrie, et votre serment. »
(*') Bayard fut le dernier des chevaliers chrétiens désignés sous le nom de preux chevaliers.
(Histoire des chevaliers chrétiens.)
(55) Lorsque les restes de Bâyard furent transportés en Dauphiné, les prélats, le clergé, la rohe et la noblesse, les riches et les pauvres, tous semblaient avoir perdu ce qu ils avaient de plus cher, et peut-être n'y avait-il jamais eu avant lui un deuil aussi général. La cour du parlement, la chambre des comptes, la noblesse et la bourgeoisie de Grenoble allèrent au-devant du convoi jusqu'à demi-lieue de la ville, et le conduisirent en l'église cathédrale, où le lendemain ils assistèrent au service qui fut fait pour lui, non ducali modo , sed regio ajiparatu , avec l'appareil dû aux princes.
( Gl'YARD de Berville. )
33o NOTES.
(56) Lorsque François Ier, fait prisonnier à Pavie, fut conduit en Espagne, il dit au seigneur de Montchenu . « Si le « chevalier Bayard, qui était vaillant et expérimenté, eût été « vivant et près de moi, mes affaires sans doute auraient pris « un meilleur train : j'aurais pris et cru son conseil ; je n'au- « rais séparé mon armée, et je ne serais sorti de mon rctran- « chement, et puis sa présence m'aurait valu cent capitaines, « tant il avait gagné de créance parmi les miens , et de crainte «parmi mes ennemis. Ah, chevalier Bayard ! que vous me « faites grande faute ! Ah ! je ne serais pas ici ! »
MÉZERAI ET VELLT.
(s?) Sous ses yeux paternels restent sans funérailles.
Après la prise de Damiette par les Sarrasins , une maladiecontagieuse enleva une grande partie des soldats de Louis IX. Personne n'osait s'approcher des morts; le roi, à diverses reprises , chargea les cadavres sur ses épaules , et les porta dans les fosses ouvertes pour les recevoir.
(58) D'une vaste cité le déplorable reste.
Belzunce apprenant que la peste ravageait Marseille, siège de son évèché, se rendit à la hâte dans cette ville dont il se
NOTES. 33i
1 1 <>u\ :<it alors tr<Ns éloigné, et il n'en sortit que lorsque ses soins L'eurent délivrée de l'horrible fléau. Il montra, dans cette malheureuse circonstance, la générosité d'un prince et le /(le d'un apôtre.
(59) Vois le sage Roirou , l'ami du grand Corneille.
Rotrou, lieutenant civil du bailliage de Dreux, s'arracha de Paris, où il jouissait du triomphe de sa tragédie de Venceslas, pour aller à Dreux , sa patrie , désolée par la peste, secourir ses compatriotes. Il mourut victime de son dévouement.
(60) De ses noires vapeurs empoisonne les airs.
La fièvre jaune avait été apportée sur des vaisseaux venus d'Amérique, qui stationnaient dans le port de Barcelone; son venin se développa tout-à-coup dans une fête navale donnée par les cortès.
(6|) Un groupe d'enfants nus, que nourrit un pain noir.
Les enfants n'avaient point encore été atteints de la contagion, et la ville était remplie d'orphelins dénués de tout, sans vêtements , et qui recevaient de la junte le pain de la charité.
33a INOTES.
(6l) Mais je parle, et Tortose a péri tout entière!
ATortose, la population tout entière fut emportée par la contagion. Les émanations pestilentielles formaient une nuée qui s'étendait au - dessus de la ville ; non seulement les hommes, mais les animaux, succombaient. Un troupeau de cinq cents moutons y avant été conduit fut asphyxié; et le lendemain, il ne restait plus que dix -sept de ces animaux.
(6î) Ud peuple tout entier console sa tendresse.
Aussitôt que la nouvelle de la mort de Mazet fut arrivée à Paris , on ouvrit plusieurs souscriptions en faveur de sa mère , et, dès le lendemain, des personnes de toutes les classes se pressèrent de répondre à ce généreux appel.
(64) Un prince généreux adopte sa vieillesse.
Le roi a fait présenter à la chambre des députés un projet de loi pour accorder une pension de deux mille francs à la mère de M. Mazet, ainsi qu'à MM. Pariset, Bally, François et Audouard. Le même projet, adopté sur le rapport de M. Etienne, alloue une pension de cinq cents francs aux