‹ uvres poétiquesChapitre 1 sur 79 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

*ARMI les écrivains qui marquent la transition entre le CVI^ et le XVIIe siècles en France, il est peu de personnalités .lus attirantes que ce Jean de Lingendes dont nous rééditons ujourd'hui les œuvres. Une partie de cet attrait, peut-être, est lite de mystère. La vie de ce poëte si charmant reste, en effet, t a toutes chances de rester éternellement une pure énigme, car DUS les documents connus sur lui (et l'on n'a guère d'espoir d'en léterrer de nouveaux) ne nous offrent que des indications vagues t indirectes, quand elles ne sont pas contradictoires. Il n'est lonc pas bien étonnant que l'on ait fait sur son compte tant de aines conjectures.

Gustave Flaubert a dit quelque part : « L'écrivain ne doit aisser de lui que ses oeuvres. Sa vie importe peu. Arrière la guenille ! » Certes le poëte bourbonnais réalise, mieux que nous le le voudrions, le vœu du grand romancier. En dehors de ses euvres, il ne nous reste de lui que son nom seulement. Aucun létail biographique certain, aucune trace généalogique qui soit visible. En quelle année naquit-il, et où, exactement ? Le jremier écrivain qui nous offre quelques renseignements ommaires est Moréri : dans son Dictionnaire Historique (1674, ic^ éd. 1759), il fait naître notre poëte à Moulins et le présente ;omme le «parent de M. de Lingendes, évêque de Maçon, et du Père de Lingendes, Jésuite )>. — « Il mourut jeune », ajoute-t-il,

«en 1616 ».^ Vers le même temps, Bayle, dans son Dictionnaire Historique et Critique, ne fait guère que répéter ce qu'avait di^ l'Abbé de Marolles en ses Mémoires (1656), et c'est choa négligeable. Ce n'est qu'en plein XVIIIe siècle, en 1752, dat de la publication de la Bibliothèque Françoise de l'abbé Goujei que l'on rencontre un chapitre entier consacré à De LingendesJ L'auteur, combattant cette assertion du Dictionnaire de Trénjoux :| «Les Stances n'ont été introduites dans la Poésie Française quel sous le règne de Henri III, en 1580. Lingendes ... est lej premier de nos Poètes qui ait fait des Stances », déclare « Premièrement il n'est pas certain que le sieur de Lingendes fût déjà au monde en cette année-là ; ou du moins qu'il fût en âge^ de pouvoir se produire. Ce poëte, né à Moulins, mourut assez jeune en 1616».

Et c'est là tout ce que l'abbé Goujet peut nous dire. On voit qu'il se garde bien de fixer la date de la naissance, que d'autres n'hésiteront pas à placer, comme d'après lui, en 1580, ou vers 1580. La tradition commune — rarement scrupuleuse — a donc adopté cette date ; et l'on s'étonne que VioUet-le-Duc, dans sa Bibliothèque Poétique (1843), fasse naître De Lingendes seulement en 1586. Avait-il des documents que nous ne possédons pas, et qui fixeraient cette date exacte ? Nous n'en croyons rien. Il est même des raisons pour que le millésime que propose Violletle-Duc soit suspect. Selon ce biographe, De Lingendes n'aurait eu que dix-huit ans en 1604. Or nous savons que déjà à ce moment-là il écrivait avec élégance et facilité. Quatre pièces de

» Dans les premières éditions de son Dictionnaire, Moréri n'est visiblement pas très informé des rares éléments de la biographie du poëte. L'impression de 1718, par exemple, l'appelle encore N. de Lingendes, et répète encore l'assertion erronée du Dictionnaire de Trévoux au sujet des Stances j cela est rectifié par la suite.

On ne s'attendrait guère à voir reproduire de nos jours de telles inexactitudes, aggravées d'autres. Ainsi la notice qu'on lit dans le livre de M. Paul Olivier, intitulé : Cent Poètes Lyriques, Précieux ou Burlesques du XVW siècle (Paris, 1898) est tout ce qu'il y a de plus fautif. Que le poëte y soit nommé Pierre de Lingendes, cela est déjà fâcheux. Mais on ne saurait accepter qu'un historien littéraire ne se donne pas la peine de vérifier une seule de ses afiirmations : il n'en est pas une qui ne soit «inon absolument fausse, au moins extrêmement douteuse.

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