‹ uvres poétiquesChapitre 2 sur 79 · INTRODUCTION VU · texte numérisé non relu

INTRODUCTION VU

lui turent publiées cette même année, pour saluer l'apparition de la pastorale d'Honoré d'Urfé, et pour apostiller un ouvrage de Jean Aubery, Intendant des Bains du Bourbonnais. De plus» nous n'ignorons pas que dès 1604 il avait composé une bonne partie de son poëme sur l'inconstance d'Iris. Peut-on voir en tout cela le travail d'un enfant de dix-huit ans ? La chose paraît bien improbable. D'autre part, la date consacrée par la tradition semble répondre à toutes les exigences. A l'accepter, est-ce que l'on ne pourra plus dire que ces premières effusions d'une muse délicate et passionnée accusent un poète encore très jeune ? Ne en 1580, Jean de Lingendes n'a que vingt-quatre ans en 1604.

Mais pourquoi cette date plutôt qu'une autre ? On se demande si quelques-uns de ceux qui l'ont adoptée ne sont pas allés puiser des indications dans ce récit pastoral où Philène égrène le chapelet de ses misères. Procédé très légitime, et qui peut être efficace. De Lingendes a bien l'air de raconter dans son poëme, sous un déguisement champêtre, sa jeunesse, à la manière de D'Urfé dans Le Sireine. Un souci de précisions chronologiques, le sentiment d'une vive souffrance personnelle, autoriseraient cette supposition, qui semble se confirmer définitivement aux stances où De Lingendes félicite l'auteur du Sireine. A prendre donc au pied de la lettre l'œuvre de De Lingendes, nous voyons que son Philène quitte la maison paternelle à l'âge de seize ans ; il n'y rentre qu'au bout de trois ans et après avoir goûté les joies d'un amour naissant. La nécessité de se séparer de Lysis l'attriste, influe sur sa santé ; il passe sept mois en cet état, s'en distrayant par occasion avec la nymphe Cilize, jusqu'au moment où il rencontre la bergère Iris, charmante jeune fille de quinze ans, qui, en cinq mois de coquetteries, réussit à le captiver. Les amours de Philène et d'Iris durent trois années, au bout desquelles Charis, rival de Philène, s'empare du cœur de la jolie bergère. Le total de ces chiffres nous donne vingt-trois ans, comme étant l'âge de Philène au moment où il commence le récit de ses amours infortunées. En prenant comme point stable l'année 1604, ^^ ^^ poëme est proche de sa publication, et en remontant, on arrive à 1580, ou 1581, pour la date de naissance du poëte. Et c'est 1580 de préférence à 1581, car

Vlll ŒUVRES POETIQUES DE JEAN DE LINGENDES

entre terminer un récit et le publier, il y a forcément des mois d'intervalle.

Certains ont voulu voir dans la personne d'Iris une des grandes dames de la Cour, voire la Princesse de Conti elle-même à qui le poëme est dédié. M. Madeleine ^ a déjà démontré qu'il n'en est rien, et que la volage bergère ne peut être qu'une «jeune Bourbonnaise dont nous ignorerons toujours le véritable nom )>. Un témoignage à l'appui de cette opinion est apporté par un ami et compatriote de De Lingendes. Le Moulinois Etienne Bournier, dans son lardin d'Apollon & de Clémence (Moulins, 1606), insère des stances «pour célébrer Delingendes»

Qui dans le doux miel de ses vers Faict distiler par l'vniuers L'honneur des Moulinoises bandes.

Qu'il s'agisse des Changemens de la bergère Irisj il ne peut y avoir de doute. C'était la seule publication faite jusqu'alors par le poète, si l'on omet les pièces laudatives de ce même an 1604 ; et Bournier s'est ingénié à employer pour ses stances la forme strophique usitée dans la pastorale.

Après l'étude ingénieuse et aussi complète que possible mise par M. Madeleine en tête de sa petite édition des Stances de Jean de Lingendes, il reste très peu à glaner, et encore moins à corriger. Pour ce qui est de la vie et de l'existence du poëte, nous nous contenterons de renvoyer à cette notice, en nous bornant à insister sur quelques points, à tirer de certaines indications tout ce qui en était insuffisamment dégagé.

Sur l'entourage du poëte, sa filiation, sa parenté, nous ne pourrons apporter beaucoup plus de lumière. Il sortait d'une famille noble et ancienne du Bourbonnais,^ à laquelle ap-

' Jean de Lingendes, Stances, précédées d'une notice par Jacques Madeleine, Paris, Sansot, 19 11 [Petite Bibliothèque Surannée).

2 L'ancienneté et l'origine noble de la famille sont constatées dans un document daté du 10 décembre 1648 : Lettres de réhabilitation de noblesse accordées h Jean de Lingendes, evesque de Sarlat, h Anthoine de Lingendes^ esquier, sieur de Bourgneuf, à Nicolas et h Charles de Lingendes, conseillers C3* maistres d'hôtel du roy, &" à Jean de Lingendes, conseiller au siège presidial de Moulins, Cet acte, dont M. Madeleine a fait un résumé, retrace

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