EXTRAICT DV PRIVILEGE DV ROY
Par grâce & priuilege du Roy, il est permis à Toussainct du Bray, Marchant Libraire luré en l'Vniversité de Paris : d'imprimer, ou faire imprimer, vendre & distribuer vn [ 5 Hure intitulé, Les Changemens de la Bergère Iris. Sans qu'aucun Imprimeur ou Libraire, de ce Roiaume le puisse imprimer ou faire imprimer sans le consentement dudict du Bray, pendant le temps & terme de dix ans entiers, & accomplis, & ce à peine de cent escus d'amende, applicable 10 moitié aux pauvres, & l'autre audict du Bray, & de tous despens dommages & intherests, & de confiscation des exemplaires : comme plus amplement est déclaré audit Priuilege. Donné à Paris ce 15. Octobre 1605.
Par le Roy en son Conseil,
Brigard.
5. C, F, Iris, reiicus, corrigez, & augmentez par l'Autheur, sans... 13. C, F, Octobre 161 5.
DES CHANGEMENS de la bergère Iris
Beaux Espris qui dedans ces Vers Lirez de mes malheurs diuers La vraye & lamentable Histoire, le vous en trace le Discours Pour estre plaint en mes Amours, Non pour en tirer de la gloire.
Le vert Laurier qui sert de pris Au trauail des meilleurs Espris, N'est pas le prix que ie souhaitte, le désire icy seulement Le titre de fidelle Amant Et non celuy de bon Poète.
Car aussi vous tromperiez- vous D'attendre vn ouurage bien doux DVn pauure Amant que la Nature Produisit pour le martirer.
Qui ne sçait que bien endurer.
Non bien dire ce qu'il endure.
Titre. M, Premier Poème | de la Gynegyrie | Représenté {sic) par la Bergère | Iris. | — ii. M, D, tiltre | A, C, F, fidell'. Dam M, B, D, E, cette forme hétéroclite est remplacée par la forme usuelle {que nous adoptons).
O toy Tyran de mes désirs, Autheur de tant de desplaisirs Dont mourant ie sens les attaintes, Amour mon immortel vainqueur, Puis que tu fais mourir mon cœur, 24 Au moins fais-en viure les plaintes.
Ou pour descrire mes douleurs Fay de l'ancre de tant de pleurs Pleurs helas ! si pleins d'amertume, Qu'en trois ans mon œil a versé, Et des traits dont tu m'as percé 30 De chacun fais-en vne plume.
Et toy qui me va consumant Belle cause de mon tourment.
Reçois cet ouurage en mémoire De mon Amour, & permets moy De chanter ta gloire & ma foy, 36 Et ma foy pour ta seule gloire.
Que si les vers que i'ay chantez Ne monstrent toutes tes beautez Ne crois point que ce soit par haine, Pourquoy t'en ofFencerois-tu, Voyant que de mesme i'ay teu 42 Plus de la moitié de ma peine ?
Cependant, Iris, s'il te plaist Tu receuras telle qu'elle est, Ceste Histoire de mon martire,
20. M, de tous mei ciesplaisirs — 25. M, Ou pour escripre — 26. M, encre — 31. D, vas — 39. E, pour haine — 41, M, que moy-mesme i'ay teu — 45. A, C, E, F, Cest' Histoire
Et tu me lairras espérer Que me l'ayant faict endurer Tu prendras plaisir de le lire.
Dans la Crète vn iour du Printemps
Deux bergers de chaut halletans,
Alloient dans vn bocage sombre,
Et fuyans la chaleur du iour
Qui brusloit les prez d'alentour
Ils menoient leurs troupeaux à Tombre.
Ils suiuoient vn petit ruisseau, Qui courtois baignoit de son eau Les racines de ce bocage.
Bocage qui pour empescher Que le chaut ne le fist sécher Le tenoit frais sous son ombrage.
Des-ja s'estans mis à couuert Dessous ce doux ombrage vert.
Dessus Therbe ils s'alloient estendre, Quand ils ouyrent vne voix Qui, foible pour sortir du bois. Se faisoit sourdement entendre.
Lors à petis pas s'approchans.
Dedans vn buisson se cachans.
Ils virent vn viuant Idole Tel qu'on despeindroit la Pitié, Couché sur le sable à moitié Et moitié sur la mousse molle.
46. E, lerras — 48. M, D, E, de la lire — 51. M, boccage — 60. M, laonbz — 63. M, Hz s'alloyent dessus l'herbe estendre — 72. M, A moytie sur
DVne main sur son bras plissé Dont le coude estoit enfoncé Dans un gazon de mousse verte.
Il soustenoit en se baissant, Son chef sur son col languissant, 78 Et tenoit sa face couuerte.
A son habit, bien qu'estranger.
Ils creurent qu'il estoit Berger, Dont l'Ame estoit d'ennuy touchée.
Car ils voyoient de temps en temps Dedans l'eau ses pleurs dégouttans, 84 Sur qui sa teste estoit panchee.
On eut creu que de ce ruisseau Ses yeux espuisoient toute l'eau Pour après en pleurs la respandre.
Si plustost encor on n'eust creu Que ce ruisseau de pleurs accreu, 90 Sa source en ces yeux deuoit prendre.
Si tost qu'ils furent près de luy.
Il se teut, semblant que l'ennuy Ou la Mort causât son silence.
Car ils ne le creurent viuant Que par ses souspirs, qui souuent 96 Leur en donnoient de l'apparence.
Les Zephirs pour ne l'esueiller. Pensants qu'il voulut sommeiller.
Craintifs retenoient leur haleine,
81. M, ennuitz — 83, M, ses pleurs dedans l'eau dégoutans — 90. M, a 863 yeux : D, en ses yeux — 92. M, croyant que l'ennuy — 93. M, causoit — 99. M, leurs halaines
Ou, touchez de ses desplaisirs, Ils se changeoient en ses souspirs Pour l'aider à plaindre sa peine.
En fin s'esmouuant en sursaut Et leuant ses yeux mous en hault Appellant la mort à son aide, Helas (dit-il), pauure affligé, Seray-ie iamais alegc ?
Mon mal-heur est-il sans remède ?
O Dieux ! pourquoy si longuement Opiniastre en mon tourment Sur moy vostre ire est-elle éprise ?
Finissez ma vie, ou ma foy.
Et ne permettez que par moy La Mort en fin s'immortalise.
Permets ô destin importun,
QuVn remède aux hommes commun
De ce fier malheur me deliure ;
Ou qu'il ait sans plus m'offencer.
Des aeles pour me délaisser,
Ou qu'il n'en ait plus pour me suiure.
A ces mots la voix le laissant, Vne langueur le saisissant.
Ayant la couleur pasle & perse.
loi. M, changeoyent en soupirs [vers faussé) — 102. M, ses paînes — 103. M, Enfin se mouuant — 104. M, Leuant ses yeux moites en haut — 107. M, E, allégé — 109. M, O Dieu — iio. M, a mon tourment — m. E, éprinse — 120. M, n'en ayt point
Les yeux à my-clein decouuerts, Les deux hors de la bouche ouuerts, 126 II cheut sans force à la renuerse.
Ces Bergers saisis dVn transport.
Et croyans tous deux qu'il fust mort, Accoururent sur ceste riue.
Et touchez dVn semblable ennuy.
Ils ietterent de l'eau sur luy, 132 Rappellans son ame fuitiue.
A ce coup encor' mi-pasmé, Encor' de langueur assommé Il ouurit sa lente paupière Pour voir qui l'alloit secourant, Mais pour ce coup son œil mourant 138 Ne peut mesme voir la lumière.
Et ne pouuant ouurir les yeux.
Pour voir ces bras officieux.
Dont la vie il sembloit reprendre.
Il voulust s'ayder de la vois.
Qui foible encor' pour ceste fois, 144 Son désir ne put faire entendre.
Mais se leuant, ayant repris La voix, la veue, & ses espris.
Et sentant sa vigueur s'accroistre.
Il tourna ses yeux languissants.
Sur ces deux Bergers gémissants, 150 Mais il ne les peut recognoistre.
124. M, my clin dcscouuerts — 125. M, Les deux os de la bouche — 140. M, les bras — 141. D, Ou la vie — 144. D, peut — 145. M, s'cscleuant — 146. M, et les esprits — 148. M, Il tourne — 149. M, Vers ces deux bergers
Bergers qui m'auez secouru, Leur dit-il, il a bien paru Par vostre cruelle assistance Oue vous ne sçauez qui ie suis, Qu'eussiez vous eu de mes ennuis Ou point ou plus de cognoissance.
Si deuant qu'estre esuanoui Vous eussiez tous deux bien otii Mon malheur, mon mal, mon enuie, Et quel suiet i'ay de mourir.
Vous n'eussiez peu me secourir Qu'en m'aidant de finir ma vie.
Hélas ! c'est bien m'estre ennemis Que de m'auoir ainsi remis En vie, ou plustost au supplice, M'empescher ainsi de mourir Las ! ce n'est pas me secourir.
C'est me faire vn mauuais office.
Vn Amant est bien consolé Lors qu'estant ainsi bourrelé Vn sien ami n'ose prétendre De venir pour le consoler, Et moins encor' de lui parler Du remède qu'il y peut prendre.
Bergers, en mon affliction
Fuiant la consolation
Plus que mon mal mesme inhumaine,
1 51-186. F, Ces six stances sont supprimées. — 154. M, que ie suis — 155. M, ennuitz — 156. M, Ou plus ou point — i6o. M, subiet — * 162. M, m'aidant a finir — 170. D, ainsi omis {vers faussé) — 173. M, pour luy parler — 175. B, D, Bergère
le fuis les cœurs plains de pitié Aiant mis vne inimitié i8o Entre le remède, & ma peine.
Que si ie pensois de l'auoir De crainte de le receuoir le m'osterois plustost la vie, Et ie vis, à fin seulement Que la cause de mon tourment i86 Par la mort ne me soit rauie.
Que me profite-[t-]il aussi, QuVn amy piteux vienne icy, Afin quVn remède il m'ordonne En ce mal, dont mon cœur se deult.
Si mon mal luy mesme ne peut ^92 Me permettre d'ouyr personne ?
A tous ces mots tout soucieux, Il portoit les mains à ses yeux Mouillez d'vne pluye éternelle, Et Ton eust dit en son ennuy Que la douleur parloit par luy, 198 S'il ne parloit plustost par elle.
Lors Daphnis Pvn de ces Cretois Poussant en crainte ceste voix, Cesse (luy dit-il) de destruire
182. M, de la recevoir — 184. M, affin seullcment — 186. M, Par la fin ne me — 187. Nous corrigeons la leçon défectueuse des di-uerses cditiom et de M. — 190. M, se deut — 194. M, ses mains — 195. M, B, D, Mouillez : A, F donnent MoUieez, Nous corrigeons cette graphie — 196. D, dit omis (-vers faussé).
Le repos qui peut t*assister, La douleur ne peut profiter, Elle qui ne sçait rien que nuire.
Et quelle estrange cruauté, Pauure estranger, nous eust-ce esté, Si nous t'eussions veu de la sorte Sans te prester quelque support, Dedans nous vray'ment par ta mort, Ouant-&-quant la pitié fut morte.
Et croy pour certain que ce Dieu, Qui nourry iadis en ce lieu.
Nous recommanda l'hostellage.
De ta vie ayant pris le soin.
Nous a conduits pour ton besoin Tout à poinct dedans ce bocage.
Ta douleur eust donc souhaité.
Qu'au lieu que nous auons ietté Sur toy d'vn charitable office De l'eau puisée en ce ruisseau Que nous t'eussions fait vn tombeau Dans le sable où ceste eau se glisse.
De l'eau (dit-il lors à Daphnis, Ses mots derniers n'estant finis Renforçant sa foible parole) C'est donc l'eau qui va m'animant, Elle est donc ores l'Elément De la passion qui m'affolle.
214. M, soing — 215. M, a conduit pour ton besoing — 216. M, point — 220, M, dans ce ruisseau — 223. E, (dit alors à Daphnis)
l6 LE PREMIER CHANT
De là ie cognois que mes pleurs, Pleurs qui deuroient de mes douleurs Epuiser toute la substance, Au lieu de me faire mourir Seruent afin de les nourrir 234 D'aliment propre à leur essance.
De mesme quand à chef baissé Dedans la mer ie me lançay.
Du plus profond de l'onde amere L'Amour me ramena sur l'eau, M'empeschant d'auoir mon tombeau 240 Dans le sainct berceau de sa mère.
Plaise aux Dieux de te soulager, Luy dit Damis l'autre Berger, Et d'estoufFer par l'oubliance De la cause de ton tourment En toy ce trop vif sentiment, 246 Ou l'adoucir par l'espérance.
Cest heur nous estant arriué, Que nous t'ayons ainsi trouué Pour te rendre ce bon office.
Pour nous rendre cet heur plus doux :
Vis content icy parmy nous, 252 Et nous te ferons tout seruice.
Mais nous pouuons icy nous seoir Pendant que la frescheur du soir Rendra l'ardeur du iour esteinte,
229. B, D, ie recognois (vers/aussi') — 238. M, L'Amour me renleva — 241. F, Plaisent aux Dieux : M, Plaise au Dieu — 246. M, par espérance — 251. M, Via icy content — 255. M, Rendra du iour l'ardeur esteinte
Et nous sommes prêts d'escouter S'il te plaist de nous le conter, Le triste suiet de ta plainte.
Alors ce Pasteur estranger Demeura long-temps à songer Comment il pourroit l'entreprendre, En-fin d'vn maintien plein de dueil.
Ayant sur tous deux ietté l'œil.
En ces mots il se fit entendre.
Quand Dédale eschappa d'icy,
Son filz qui le suiuoit aussi
Moins esleué par son plumage ^
Qu'il ne l'estoit par son orgueil
Voulant s'approcher du Soleil,
Au milieu de l'air fit naufrage.
Ce pauure Père en sa douleur Voulut despeindre ce malheur Causé par son Filz téméraire, Mais essayant de le tracer.
Il ne sceut par où commencer, Ny mesmes ce qu'il vouloit faire.
Ainsi pensant en mesme accès A mes amours dont le succès Tout plain de desespoir m'afFolle,
257. M, de nous racconter — 258. M, subiet — 260. M, B, D, Demeurant longtemps — 261. M, Comme il le pourrait entreprendre
— 262. D, maintien de dueil ['vers faussé) — 271. M, Le pauvre Père
— 272. M, son malheur — 276. M, D, mesme — 277. M, en mes accéz — 278. M, En mes amours
l8 LE PREMIER CHANT
le viens muet, & mes douleurs Me laissans seulement des pleurs, ^^^ M'ostent la voix St la parole.
Car, Bergers, i'aurois bien désir, \
Pour vostre enuie & mon plaisir, r
Que vous cogneussiez mon martire, f
Car comme ce m'est vn tourment D'endurer muet en aymant, 288 Ce m'est vn plaisir de le dire.
Vous aprendrez si ie le puis |
Par mon discours mes longs ennuits, Mais ayez mesme patience Pour m'ouyr, & les escouter, Que i'en eus pour les suporter, 294 M'estant perdu par ma constance.
Ces Cretois s'assirent tous deux Et luy s'assit au milieu d'eux.
Tous trois sur cette mesme riue.
Lors Philene (ainsi fut nommé Ce Berger d'Amour consommé) 300 Fit oUir ceste voix plaintiue.
Bergers, vous cognoistrez ce iour Vn pauure cœur sur qui l'Amour Donna mille attaintes mortelles,
281. M, Me lassant seuUemcnt de pleurs — 282. M, M'ostant — 283. M, i'aurois. Les éditions portent auroy. Nous suivons M. — 285. M, De vous racconter mon martyre — 286. B, D, torment — 292. M, Pour oUyr a les racconter — 293. M, Que i'ay eu pour les supporter | B, C, D, E, i'en eu — 295. M, Les Cretois — 303. M, Donne
Et vuidant souuent son carquois Versa plus de traits mille fois Qu'il n'a de plumes en ses aesles.
Encor' luy suis-ie tant tenu Qu'on ne m'eut iamais recogneu Que par l'histoire de ma peine.
Iris l'obiect de mes ennuits, A bien fait sçauoir qui ie suis Et combien elle est inhumaine.
Nous soûlions tre-tous l'appeller Du nom d'Iris, qui dedans l'air Sur vne humide nuë esclose.
Est vn signe qu'il doit pleuuoir, La cruelle aussi se fit voir De mes pleurs le signe & la cause.
Et si les Pasteurs plus sçauants Ont dit quand ils parloient des vents, Qu'Iris de l'air est leur parente, Las ! Bergers, ie puis bien aussi En croire autant de ceste-cy Tant ie l'ay cogneuë inconstante.
On nomme Iris vn arc aux Cieux, Mais la mienne mérite mieux Le nom d'arc, qu'elle a fait paroistre Aux coups qu'en mon cœur elle a fais.
Et mieux que son nom ses effets En moy vous le feront cognoistre.
305. M, Vers — 306. M, des plumes dans ses aisles — 310. M, Iris obict de mes ennuys — 311. M, que ie suis — 313. M, E, trestous : B, ,D, trctous : C, trc-tous — 316. M, doibt — 317. D, le fit voir — 328. M, a fait
le suis d'Arcadie, & les flos Du clair Ladon tiennent enclos Les prez où mon père demeure, Seiour dont Tamour m'a priué Depuis peu, n'estant arriué 336 En ce bord que depuis vne heure.
De seize ans mon âge on contoit.
Lors qu'au près de Pize on ventoit Pour bon maistre de la Musette, Et pour bien instruire la voix, D'arain, qu'vne Nymphe des bois 342 Du dieu Pan conceut en cachette.
On contoit merueilles de luy.
Et ie croy qu'encor auiourd'huy Sa gloire par le monde voile, Vn si grand renom m'appella, Et mon père m'enuoya-là, 348 Pour apprendre en si bonne escolle.
Par l'amour ie fus arresté Si tost qu'vn peu i'eu fréquenté Les Bergères de ce vilage, le n'estois qu'vn pauure Berger, Mais pourtant pouuois-ie engager 354 En l'Amour le cœur plus sauuage.
332. M, L'Aclon — 334. Nous corrigeons la leçon de A, F, ce iour, ■ d'après M, B, D, E. — 341. M, Damin, qu'vne : D, E, Daraîn — 342. M, Conceut du Dieu Pan en — 343. M, D, merueille : B, meruelle — 351. A, C, E, F, Bergers. Nous corrigeons a-vec B, D. — 352. M, le n'estois qu'vn simple berger : B, C, E, estois : D, estoi : A, cstoii. Ctit la première forme que nous adoptons. — 354. M, En amour
Car TAmour qui me conduisoit
Et mes désirs fauorisoit
Dans mes yeux sembloit tousiours estre,
Me comblant à lors de cest heur,
Que par le nom de seruiteur
Tacqueroy le pouuoir de Maistre.
Au vent de mes premiers soupirs le remplissoy de doux désirs Le cœur des plus froides Bergères, Qui me voyoient après manquer A mes sermens, & suffoquer Sans peine mes fiâmes légères.
l'en aimoy qui m'aimoient aussi.
Et qui receuoient à mercy La douce langueur de mon âme, Et trouvans belle cette ardeur, Estimoient leur estre vn grand heur.
De brusler en la mesme flame.
Heureux en Amours si plaisants le coulay le cours de trois ans.
Qui fut le terme de l'absance Qui me détint hors de nos bois, Où me rappella mainte-fois Celuy qui me donna naissance.
A ce fascheux commandement Meilleur fils que fidelle Amant, Las ! non pas sans prendre querelle
356. M, mes désirs touiours guidoit — 357. M, souloit tousiours estre — 361. M, Aux vents — 362. M, le remplissois de doux désir — 363. M, Les cœurs — 370. M, treuuant — 371. M, vn bon heur — 372. M, dans la mesme — 374. M, l'escoulay — 376. M, Qui me retint — 377. A, F, r 'appela : D, r'apella — 379. M, commencement
Contre ma foy, ie dis adieu A Lisis, qui seule en ce lieu 384 En fin m'eust peu rendre fidelle.
Mais résolu de la quitter L'ennuy que ie pris d'absenter L'œil d'vne si chère maistresse.
Me mit en fieure, dont le cours Retournant de trois en trois iours 390 Me détint sept mois en tristesse.
Si tost que ie fus de retour Cilise Nymphe en qui l'Amour Estoit vn vainqueur redoutable, Me vit souuent en diuers lieux, Et voulut en fin que ses yeux 396 De leurs feus me creussent capable.
Ses cheueux cendrés & bien longs Ondoyoient iusqu'à ses talons, Beaux cheueux qui cachoient la cendre Dont ses yeux recelloient les feux.
Beau poil qui montroit dans quels neux ^02 Amour peut les âmes surprendre.
Son teint en quelque lieu vermeil Estoit ailleurs aux lis pareil.
Qui me la fist treuuer si belle,
383. M, l'Iris — 384. M, Cent fois m'eust peu — 385. M, rcsoulu — 388. M, fiebure — 390. M, destint — 398. B, D, Ondoycnt — 401. M, quelz neudz : B, D, nœus — 405. Tous les imprimés donnent Qm me la firent voir si belle. Nous adoptons la leçon de M, qui nous semble pré' férable.
Que mon œil sur elle arresté Consentit que ma liberté Sans regret se perdît pour elle.
Mais n'ayant pas pres-qu'à moitié De ce qu'il falloit d'amitié, Lisis s'en estant emparée :
En ses mains pourtant ie remis Voyant ces beaux yeux m'estre amis, La part qui m'estoit demeurée.
Or auant qu'estre captiué Par Cilize ie me trouuay Dans vn bal en nostre vilage, Où ceste Iris à l'impourueu, Sans me cognoistre m'ayant veu Coniura des lors mon seruage.
Iris ayant l'œil dessus moy, Elle y trouua ie ne sçay quoy, Où l'Amour se faisoit paroistre.
Qui ce pendant malicieux M'auoit tant aueuglé les yeux Que ie ne l'ai peu recognoistre.
Depuis il me l'a trop fait voir, Mais pour vous faire icy sçauoir (Comme après i'en eu cognoissance) Et son âge, & quelle elle estoit, Quinze ans alors elle contoit.
Depuis le iour de sa naissance.
'" 408. M, se perdroit — 411. M, L'Isis — 413. M, D, Voyant ses beaux — 417. M, En vn bal de nostre village — 426. M, Que ie ne le pouvois cognoistre. Nous corrigeons la leçon défectueuse des diverses éditions : ic ne l'a peu — 430. M, Et son aage auquel elle estoit
Son port, son geste, Se son discours Tous mignards auoient mille amours, Sa face estoit mignonne, & telle Que l'auoit, ou deuoit auoir La Nymphe qui peut esmouuoir 438 Phœbus de courir après elle.
Sur son teint blanc & vermeillet Naissoit le lis blanc & l'œillet, Sa bouche de Cinabre peinte Estoit telle, qu'en sa saison ,
Vne rose en comparaison 444 Sembloit toute pasle & déteinte.
Ses cheueux en cordons notiez, Ou libres en l'air en-ioiiez, Des âmes les chesnons aimables.
Comme si Midas autrefois Les eut etrains entre ses doits, iT
450 A du fil d'or estoient semblables. \
Dans les prez elle se plaisoit.
Et fort peu souuent conduisoit Des troupeaux hors de son vilage.
Non que ses iours fussent oisifs.
Car tousiours ses doigts inuentifs 456 Faisoient quelque gentil ouurage. ^
En ce temps son cœur fut attaint D'vn regret qui ternit son teint, Aymant Licaste, qui par quinte
433. M, Son poil, son geste, son discours — 4.36. M, Que l'amour on diroit auoir — 439. M, teinte — 444. M, Etoit toutte pasle et desteinte — 446. M, enuoyez — 448. D, Maidas — 453. M, Les troupeaux — 455. B, D, dois — 459. M, L'Icaste
La quitta, luy manquant de foy,
Et se retirant de sa loy
Fit vne maistresse à Corinte,
Cruel & plus ingrat Pasteur, Indigne d'auoir eu cet heur Que d'estre aymé de ma Bergère, Ingrat & plus cruel Berger Qui d'Iris voulut s'estranger, Et mesme pour vne estrangere.
Cependant elle recherchoit, Par le désir qui la touchoit De pouuoir m'atirer vers elle, S'asseurant qu'en parlant à moy.
Elle auroit des charmes en soy Qui me la feroient trouuer belle.
Cinq mois se passèrent ainsi, Qu'Iris en ce poignant soucy Qu'elle faisait souuent paroistre.
Me recherchoit pour son amant.
Et mon heureux aueuglement M'empeschoit de le recognoistre.
Mais l'Amour luy faisant sçauoir Que d'ordinaire i'alloy voir Au matin ma chère Cilize, Elle la vint voir vn matin.
Mais c'estoit seulement afin Qu'elle luy fist lascher sa prise.
460. M, luy manqua de foy — 474. M, treuuer — 475. M, Six mois — 481. B, D, E, luy faisoit sçauoir — 482. M, i'allois — 486. M, De lui faire lascher
Lors le cruel qui cogneut bien Que plus il ne luy restoit rien, Pour me rendre tout misérable, Dessilla mon aueuglement. Et me fit voir trop clairement 492 Iris à mon dam trop aymable.
A ces mots délaissant le cours De son lamentable discours.
Comme en voulant reprendre halaine Il se teut ce pauure Berger, Triste & miiet, semblant songer 498 Moins à son discours qu'à sa peine.
Fin du premier Chant, "î
488. M, il ne me restoit rien — 495. M, Comme voulant — 497. M, aembloit songer
DES CHANGEMENS de la bergère Iris
Mais ayant tout à coup repris Auec son discours ses espris.
Afin donc (dit-il) de poursuyure, Tout aussi-tost que ie la vy, A moy mes me ie fus rauy, Et dés lors ie cessay de viure.
Bons Dieux, que vis-ie en la voyant ?
le vis vn esclair flamboyant Lancé de ses viues prunelles, Vn trait où l'amour animé Luy-mesme s'estoit enfermé, L'ayant empenné de ses aesles.
le vis sa bouche, où les œillets
Semez sur les bords vermeillets
Y semblent fleurir pour sou-rire,
M'aduertir par vn doux souris
(^ue l'amour tenoit en Iris •
Les délices de son Empire. i
M, Second Poème | De La Gynegyrie | Représenté par la Iris. I — 9. B, D, de ces viues — 12. E, L'ayant emprunté de — 15. M, Y sembloyent fleurir pour sousrire
Alors ie m'escriay soudain, Auec vn généreux desdain, Beautez qui d'vne vaine flame
J(éjJ yK^\ Auez dans moy l'amour couué,
^\Aù,Aàf f P^^s que ce Soleil est leué,
f A^ i" Vous n'estes qu'vne ombre
en mon ame.
Vos flames, ô foibles beautez, Sembloient ces petites clartez.
Qui rendent l'Aurore vn peu claire, Signe que bien-tost vn Soleil Deuoit faire, entrant par mon œil, 30 En mon cœur sa Sphère ordinaire.
Doncques Amour, puis que tu veux Que ie face offre de mes vœux A ma nouuelle vainqueresse, J
Fay que tant de souspirs perdus Pour Lisis, me soient tous rendus, 36 Et qu'Iris seule en soit maistresse.
Et fay s'il te plaist, qu'vn autre œil. Fut-il plus beau que le Soleil, lamais n'émeuue ma constance.
Mais las ! que dis-ie iniurieux ?
Iris a seule ces beaux yeux ^2 Qui tous seuls ont ceste puissance.
Beauté, princesse de mon cœur.
Par qui l'amour est mon vainqueur.
Si ie mérite de la peine
19. D, Mais ie m'escriay [vers faussé) — 24. A, qu'vn' — 26. D, se- 1 « petites — 29. M, dans mon — 32. M, fasse — 37. M, Et faitz 1 ^
Pour punir ma témérité,
Au moins que ma fidélité
Te rende à mes vœux plus humaine.
Et fay paroistre en m'acceptant Que tes beaux yeux que i'ayme tant N'ont que des desdains pour les âmes Qui ne méritent pas d'aymer.
Et qu'ils ne veulent qu'allumer Les cœurs capables de leurs liâmes.
Capables, mais las ! ô beaux yeux.
Qui pourroit sinon l'vn des Dieux Mériter ces feux fauorables, Et ces heureux embrazemens, Que ceux que tes yeux enflammans En veulent seuls rendre capables ?
Or ainsi i'alloy méditant.
Tout pensif en moy m'atristant, Non que ie manquasse de zèle, De courir par elle au trespas.
Mais bien de ne mériter pas D'endurer vne mort si belle.
Iris, à qui l'Amour vainqueur Auoit ià tout ouuert mon cœur, Cogneut en mon ame agitée Qu'ainsi ie Tallois inuoquant.
Et se resiouit quant-&-quant De la voir pour elle arrestée.
49. M, et faits : D, fait — 56. La éditions donnent Que pourroit. Nous corrigeons. — 61. F, allois — 64. B, D, pour elle — 68. M, Cogneust — 70. M, inuocant
Helas ! luy dis-ie incontinent, Vous cognoissez bien maintenant Qu'Amour sous vostre ioug m'entraine.
Mais chère Iris, mon doux plaisir, Voyez aussi bien mon désir, 78 Et mon amour comme ma peine.
Car en fin ie ne puis celer Que vos beaux yeux me font brusler.
Et que ie ne suis à nulle autre.
Aussi par mon triste maintien, Monstrant que ie ne suis plus mien, 84 Vous voyez bien que ie suis vostre.
Helas ! le voudrais-ie nier.
Que ie suis vostre prisonnier.
Que ie veux viure en ce seruage, Fust-il tout remply de rigueur.
Et que ie n'ayme plus mon cœur, 90 Qu'à cause qu'il a ce courage ?
Bien que i'aye autres-fois aymé Des Nymphes qui m'ont enflammé, Et dont l'ardeur me sembloit belle :
Si bruslé de vos yeux plus doux le les quitte auiourd'huy pour vous gg Ne m'estimez pas infidèle.
Obligez seulement ma foy De vous resouuenir de moy.
Et d'estre à mes feux pitoyable,
79. M, ie ne peux — 80. M, ieux — 81. A, F, ne omis. Nous corrigeon a'vec M, B, C, E. | M, en nulle autre : D, à nul autre — 83. M, plus rien ( — 87. K^ faute d'impression : se seruage : B, D, en seruage {vers faussé): E, en dur seruage — 89. A, F, ie n'aye plus. Nous corrigeons a'vec M, B C, D, E.
Croyant que mon plus grand tourment Ne m'est quVn doux contentement, Pourueu qu'il vous soit agréable.
Respondez donc à mes désirs,
Pour qui mes fidèles souspirs
Et mes feux vous semblent semondre,
L'Amour que ie vous viens offrir,
Ma belle Iris, ne peut souffrir
Que vous m'oyez sans me respondre.
Mon Pasteur (me dit lors Iris Ouurant ses léures d'vn sous-ris) le ne suis pas si mal aprise De vous dénier d'estre mien :
Oiiy, Philene, ie le veux bien.
Si de moy vostre ame est esprise.
Mais ie crains qu'vn galant berger Tel que vous ne vueille engager A si peu de chose sa gloire, Et c'est assez qu'en m'abusant \ Vous me trompiez en le disant Sans que ie me trompe à le croire.
le le veux bien croire pourtant.
Et qu'encor vous serez constant.
Non tant par ce que vous le dites Que par mon amour immortel.
Ma foy vous pouuant rendre tel Que m'ont peu rendre vos mérites.
103. M, Respondés — 106. M, ie vous veus offrir — m. M, apprise HZ. M, desnier : F, d'énier
Si ie vous pouuoy refuser.
Ou dVne feinte déguiser Le feu que ie sens dans mon ame, Fessairois de le couurir mieux, Mais puis qu'il me vient de vos yeux 132 le veux bien monstrer qu'il m'enflame.
Aussi vous dis-ie librement, Que mon cœur de vous s'enflamant Vous confesse ce qu'il désire, Et que si vous auez du mal, Que ie veux par vn sort égal 138 Auoir ma part en ce martyre.
Mais vne peur me vient saisir.
Qu'en vous descouurant mon désir Vous ne desdaignez vostre prise.
Et i'ay d'ailleurs vne autre peur Que de vous appeler trompeur, 144 Ce soit me monstrer mal-aprise. *
l'eusse bien par vne froideur, Dissimulé ma vraye ardeur, (Façon à mon sexe ordinaire) S'il seruoit de dissimuler, S'il seruoit rien de tant celer 150 Ce qu'Amour m'eust contraint de faire.
Douter de ma captiuité,
(Luy dis-ie alors tout transporté)
lugez Iris quelle est ma playe,
127. M, pouvois — 149. M, S'il seruoit de tant receler — 151, M Doubler — 153. M, la playe
Dont vostre bel œil est autheur, Croyant que pour estre menteur, S6 En moy ma blesseure est trop vraye.
Et vray'ment vous la voyez bien, En feignant de n'en scauoir rien' Croyez vostre œil mon aduersaire, Pour sçauoir quel est mon ennuy,' Et regardez mon mal par luy 2 Que par luy vous auez sceu faire.
Que si mon mal vous enduriez Mais, mauuaise, vous vous riez De voir la douleur qui me touche, Disant ces mots en me baissant.
Et sa belle main saisissant, ^ le pris vn baiser de sa bouche.
Doux baiser, le plus doux vray'ment Que iamais receut vn amant, lugez de sa douceur extrême.
Et de quelle sorte il me pleut.
Puis que ceste bouche qui l'eut Ne le peut pas dire elle mesme.
Doux baiser si doux en effet Que le plaisir en fut parfait.
Car l'amour qui me le fit prendre.
Iris y semblant incliner, Luy-mesme me le fit donner.
Et luy-mesme me le fit rendre.
156. M la blessure- 163. M, endurez - 166. M, baisant - i6q M, Baiser le plus doux vrayement - 177 A F Jp fi^ l Ir
corrigeons d^apra M, B, C, D^. ^^' ' ' ^'"'"'''' ^'"'
Mon esprit se vint rendre alors, Enchanté sur ces rouges bors, Ma vie en ceste douce enuie Pour ma passion appaiser, N'estant plus pour tout qu vn baiser, Mais vn baiser qui fut ma vie.
Ainsi par ce baiser rendu.
Ayant dans sa bouche perdu Mon ame en ces douceurs charmée, le perdis la mémoire aussi De n'auoir iamais plus soucy De chose auparauant aymee.
Dés-lors nos amours s'auançoient.
Et nos désirs se cherissoient, Festois en toute sa pensée Ainsi qu'elle estoit^n mon cœur, De moy son œil estoit vainqueur.
Du mien son ame estoit blessée.
Festois l'obiect de ses désirs.
Elle l'estoit de mes soupirs.
Elle me croyoit bien fidelle,
Fesperoy beaucoup de sa foy,
Ses yeux estoient tousiours sur moy,
Comme mes pensers auec elle.
Nous fusmes ainsi quelque temps Autant amoureux que contens Bruslans d'vne flame si chère,
i8z. B, E, bords : D, ses rouges bords - 186. M, fust porte i'amais - 204. E, pansers
Que si nous absentions vn peu La douce chaleur de ce feu Ce nous estoit vne misère.
Nostre amour n'estoit qu'vn désir, Ce désir quVn mesme plaisir, Nos yeux en leurs viues semonces S'annonçoyent entr'eux nos amours.
Et s'ils commançoient le discours Nos baisers faisoient les responses.
Mais l'Enuie à Pœil de trauers Mit en fin cet heur à Penuers, Faisant croire, helas ! faisant croire A ma crédule Iris de moy, Que ie me vantois de sa foy Et que i*en faisois ma victoire.
C'est le premier coup de mon mal,
Qui fut vn présage fatal
Du trait dont mon ame est attainte.
Heureux cent fois si dés ce iour
Voyant si foible son amour
l'eusse en mon cœur ma flame etainte.
Las ! pauuret sans en rien sçauoir Estant sorty pour l'aller voir.
Lors que ie fus en sa présence, le vis vn orage assemblé Dessus son visage troublé S'éclater sur mon innocence.
209. C, ce omis {-vers Jaussé) — 218. C, cet heure : F, cete heure 228. M, sa flame
Voyant ce mal se renforcer Mille traits me vindrent percer, Qui de mille coups m'entr'ouurirent :
Et pour ne voir ce prompt courroux Dedans ses yeux iadis si doux, 240 De larmes les miens se couurirent.
Par cet accident éploré, Solitaire, triste, égaré, le fuyois son œil si seuere, Qui n'auoit en ces dous attraits Lancé pour l'Amour tant de traits, 246 Q^'il ^^ lançoit pour la colère.
Quels coups sentis-ie ! en ce malheur Ces viues pointes de douleur Me poursuiuoient à toute outrance.
Et bien qu'en cest ennuy pressant le me creusse bien innocent, 252 l'en accusois mon innocence.
En fin Iris ayant cogneu Que tout ce mal estoit venu Par vn traistre coup de l'Enuie, Elle se repantit soudain D'auoir par vn si pront desdain 258 Changé le bon heur de ma vie.
Elle cogneut que d'vn péché Dont ie n'estois pas entaché l'auois fait trop de pénitence,
241. E, Pour cet accident — 246. M, cholère — 257. M, promp — 258. F, Chanté le bon-heur — 260. M, Don
De ses grâces estant démis.
Non tant par vn mefFait commis, Que par l'enuie, Se sa créance.
Ses yeux déchargez de courroux N'eurent iamais d'attraits si doux Ny le regard si fauorable, Et son front d'amour radoucy Monstroit en requérant mercy Que sa créance estoit coupable.
Ma belle crédule, hé pourquoy Auez-vous douté de ma foy !
(Luy dis-ie estant allé chez elle :) Le tourment que i'ay peu porter Sans mon cryme, Se sans vous quitter Monstre combien ie suis fidelle.
Iris me respond, mon Berger,
I'ay vrayment creu trop de léger,
Mais que plus il ne t'en souuienne.
Sur moy ce trait a reiailly
Si contre ta foy i'ay failli
I'ay plus failly contre la mienne.
I'ay honte de te confesser D'auoir peu ce défaut penser D'vne ame où tant d'amour habite, l'en ay toutesfois bien douté, Me sçachant de peu de beauté ■ Pour vn cœur de tant de mérite.
264. M, et la croyance — 268. A, C, E, F, r'adoucy : M, B, D, radoucy — 269. M, en me criant mercy — 270. M, croyance | M, :oulpable — 278. M, Vrayment i'ai creu trop — 280. A porte reially — 281. M, fally, et 282 — 286. M, doubté
Sur ces propos en sou-riant Voyant qu'elle m'alloit priant De n'auoir plus ceste croyance, le pris vn baiser, luy disant Par vn souspir en la baisant, 294 le punis ainsi vostre offence.
A ce coup nos cœurs r'assemblez R'allumerent leurs feus troublez, N'ayant plus crainte de l'enuie Qui nous brassoit vn autre tour, Et lors nous viuions tant d'amour, 300 Qu'Amour seul estoit nostre vie.
Quel heur plus grand auroient les dieux Que de iouyr de deux beaux yeus.
Beaux yeus qui m'estoient si propices.
De voir, dis-ie, ses yeus si doux Entr'eus mesmes cstre ialoux 306 De me monstrer plus de blandices ?
Quel heur plus grand peut-on auoir.
Quel plus grand aise que de voir Ses beaux yeus n'estandre leurs flames Que sur moy dont ils firent chois.
Ses yeus capables toutesfois 312 De régner sur toutes les âmes ?
Mais durant le contentement Que ie receuois en l'aimant, Sa Mère trop bonne parante,
289. M, sousriant : E, sous-riant — 296. M, troblés — 298. M, tou — 301. M, Quel plus grand heur — 302. M, de ces beaux ieux — 30 M, De voir mesme ses ieux — 306. M, Qui me feroyent plus — 31 B, D, en l'Amant : E, amant
Voulut aller voir ses Parens,
Qui pour lors estoient demeurants
Sur les derniers bords d'Erimantc.
Quand Venus enfanta TAmour, Le destin qui comme en plain iour Voit en soy les choses futures, Enuia ce bon-heur sur nous, Sçachant combien dVn Dieu si doux Douces en seroient les pointures.
Il empluma mille malheurs.
Petits Démons de nos douleurs, Qu'il luy donna pour son escorte.
Les premiers & les plus soudains Sont les rigueurs & les desdains, 5 Et les soubçons de toute sorte ;
Le desespoir tousiours transi, La peur tramblante, & le soucy Percé de pointes éternelles.
L'inconstance les va suyuant.
Qui légère donne à tout vent 336 Son corps qui n'a rien que des esles ;
L'Enuie au visage blesmy.
Dont l'œil n'est iamais endormy, Auec sa sœur la Deffiance, Malheur entr'eux fort inhumain Et qui tient tousiours par la mam 343 L'Ingratitude, ou l'Oubliance.
3.8. M, E, hors - 3-7. A, F, Qui luy donna. Nous corrigeons a.ec B, D. - 340. A donne Mal'heur 1 M, entre tous inhumain
Oubliance qu'on craint tousiours Entre les plus seures Amours, Tant elle est de courte mémoire, Qui bien souuent cessant de voir.
Ne peut en mesme instant sçauoir 348 Ce qu'auant elle a voulu croire.
Et d'autant que i'apris vn iour Que l'Absence contre l'Amour Acoucha de ceste Megere, Voyant mon Iris s'absenter Ce soupçon me fit redouter 354 Ceste fille par ceste mère.
Aussi quand ie sceu son départ.
Mon cœur percé de part en part Perdit sa première constance.
Qui ferme à tout autre accident Deuint toute foible entendant 360 Le rigoureux nom de l'Absence.
Fallay donc pour luy dire Adieu La trouuer en ce mesme lieu, Qu'encor' mon Paradis l'appelle, Et pour la suiure auec ma foy, le pris auant congé de moy 366 Pour ne prendre point congé d'elle.
Mon cœur (luy dis-ie), mon soucy, Iris, ie viens ex prés icy.
Afin de mourir à ceste heure,
344. M, ieuncs amours - 345. E, contre mémoire - 749 A porte dautant - 355. M, ic scnts son despart - 364. M, de maVoy
Et si tu me veux contenter, Au moins auant que me quitter, Permets qu*en ton giron ie meure.
Et que regardant ton bel œil,
Qui comme vn rayonneus Soleil
A mis dans mon cœur tant de flame,
le finisse en le regardant,
Et par mes regards luy rendant
Ses doux feux qui sont ma seule ame.
Et quoy, tu t'en vas donc, mon cœur ! (Dis-ie tout pasmé de langueur) As-tu de ma mort tant d'enuie.
Qu'ainsi tu vueilles t'absanter. Car c'est mourir que te quitter.
Si mourir c'est quitter la vie ?
le me teu, puis recommençant le luy dis, tu vas doncq laissant Ce qui laissé ne pourra viure ?
Ou si ie vis en cet esmoy.
Mon cœur viura tout seul de moy Viuant du bon heur de te suiure.
Iris qui d'ailleurs s'efforçoit De dire ce qu'elle pensoit.
N'eut iamais pouuoir de le faire.
Sentant sa bouche se coler, Monstrant qu'en ne pouuant parler Sa douleur ne se pouuoit taire.
371. M, avant que me laisser — 374. M, rayonnant soleil — 375. f.n mon cœur tant de flammes — 376. M, en les regardant — 385. teus — 393. M, de ce faire
Alors nos soupirs, & nos pleurs, Exprimèrent mieux nos douleurs Quand nostre voix n'y peut suffire :
Mais ie tais icy ces ennuis.
Et vrayment en ceux où ie suis 402 le ne pourrois vous les redire.
Nous eusmes bien d'autres discours Ordinaires en nos amours.
Et nous fismes les mesmes plaintes Que l'absence entend proférer Alors qu'elle fait séparer 408 Deux âmes par l'Amour estraintes.
L'ayant donc conduitte au vaisseau Qui deuoit l'emporter sur l'eau, le voulus d'elle congé prendre.
Mais tel dueil me vint assoupir, Que ma bouche n'eut qu'vn souspir 414 Q"'^ grand peine elle peut entendre.
Mais ce soupir eut ce pouuoir De luy faire à demy sçauoir Le vif excès de mon martyre, Puis d'vn baiser qu'elle receut Apres ce souspir, elle sceut, 420 Ce qu'vn souspir seul n'eust peu dire.
Apres cest ennuieux Congé, le m'en retournay tout changé, Si foible, si triste, & si blesme,
400. M, ie taits icy nos ennuis — 401. M, Car vrayment — 402. M, le ne sçaurois — 405. D, Et tous fismes — 406. M, Qu'en l'absence on peut proférer — 407. M, faid — 408. M, pour l'amour — 415. M, le pouvoir — 420. M, seul ne peut dire — 422. B, D, retourne si changé — 423. M, si triste, si blesme
Et de mes esprits si perclus, Que ie croyois n'estre rien plus OuVne vaine ombre de moy-mesme.
Que l'Absance est vn grand tourment
A Tame dVn fidelle Amant,
QuVn bel œil détient asseruie
Dessous l'Empire de ses loix !
le l'estime pire cent fois
Que la mort n'est mesme à la vie.
L'Amant qui s'en voit affligé.
Voit soudain son bon-heur changé En défiances immortelles.
Qui comme des oiseaux blessez Par vn traict dans le cœur percez N'ont plus de forces qu'en leurs esles.
Ils s'esleuent encor' en haut, Et puis la force leur défaut. Ainsi mes foibles défiances Se sentent à terre coler.
Ne pouuans si long-temps voiler Sur l'aisle de mes espérances.
L'Oubly c'est le soubçon premier, Et le mal'heur plus coustumier Par qui l'absance nous martire.
Et ce soubçon le plus souvent Est tel, que le mal arriuant Ne se trouue estre gueres pire.
426. B, D, (^u'vne vraye ombre — 432. M, ^ue n'est la mort mesme
— 437. D, Par le traict | M, dans leurs cœurs'percés — 438. M, de force
— 439. A, F, r'esleuent. Nous corrigeons avec M, B,'C, D, E. | M, encour en haut — 440. M, Encour la force — 442. M, à terre couler — 450. M, guière pyre
Et ceste peur que nous auons, Prouient de ce que nous sçauons Combien vne Fille est muable, Qui sans absance en vn moment Quitte ceux, à qui par serment 456 Sa foy la rendoit redeuable,
Quel Dieu nous pourroit asseurer, Quel homme nous voudroit iurer D'arrester long temps la Constance Au cœur de ce Sexe inconstant, Encor de l'aller arrestant 462 Pendant le terme de l'absance ?
On voit que la Légèreté, Encontre la Fidélité Y met tant de diuers obstacles.
Que la constance auec l'Amour N'y fait iamais gueres se-iour 468 Q^^ pour y faire des miracles.
Excusez si i'ay délaissé Le discours que i'ay commancé, Repansant à mon infidelle Qui me comble de ce soucy.
Las ! ce n'est pas encor' icy 474 Q"^ ^^ ^^^^ ^^^^^ parler d'elle.
Car sur le discours où ie suis.
Combien moindres sont les ennuis D'esloigner vn peu sa presance.
Au prix de ceux que ie reçoy, Qu'elle ait peu s'esloigner de moy 480 Par l'oubly, non par ceste absance ?