DES CHANGEMENS
de la bergère Iris
Bien que de ce malheur passé (Dit-il ayant recommencé), La peine ait esté ressentie, Pourtant elle ne peut finir, Et cet importun souuenir En est encor' vne partie.
Souuenir remply de rigueur
Qui ne vàent iamais dans mon cœur
Qu'à fin de le mettre en alarme,
D'où iamais il ne peut sortir.
Qu'il ne tire auant que partir
De mes tristes yeux quelque larme.
Il me traite ainsi tous les iours.
Mais pour reprendre mon discours.
Estant allé trouuer Cilize
Titre. M, (^uatricsme poème | de la Gynegyrie represantee | par la Bergère | Iris. | — i. M, B, C, D, Bien que de ce : A, F, Bien que ce vers faussé) — 5. M, impourtun
74 LE QVATRIESME CHANT
En sortant de chez mon Iris, l'apris en trois mots que Charis i8 Depuis trois iours Fauoit acquise.
Ha ! que deuins-ie quand ie sceu Qu'elle m'auoit ainsi deceu Esteignant sa flame ancienne Que son cœur nourissoit pour moy, Et qu'elle manquoit à ma foy 24 Pour se dégager de la sienne ?
Mais ie ne sçauoy qu'en penser, Craignant que ce fust l'ofFencer Que croire ceste faute d'elle.
D'ailleurs i'eus peur quand ie pensay Qu'elle estoit fille, tant l'essay 30 Fait croire son sexe infidelle.
Si n'ozois-ie croire pourtant Que son cœur fust si peu constant, Et que sa flame fust estainte.
Son amour promis m'asseuroit, Mais ceste asseurance duroit 36 Si peu que le vouloit ma crainte.
Car enfin i'auois tousiours peur Qu'Iris de son sexe trompeur Ne tint aussi de l'inconstance :
Puis ma peur s'en alloit au vent, Pensant qu'en elle si souuent 42 l'auoy trouué de l'asseurance.
16. M, Et sortant — 17. M, apprins — 28. A, F, i'eus pour. Nout corrigeons d'après M, B, D. — 29. M, estoit fille quand Laissay — 30. E, sexe fidelle — 35. M, cette fiance — 39. M, N'en tint aussy — 42. M, treuué
Ainsi dVn & d'autre costé,
De diuers soupçons emporté
Craignant ce que ie n'ozois croire,
Vn bruit las ! qui vint iusqu'à moy
Fit vne fable de sa foy,
Et de mon malheur vne Histoire.
le voulus, pressé de ce soin, Estre moy-mesme le tesmoin De ma misère suruenuë.
Allant voir ceste ame sans foy.
Où le dueil venant auec moy Couvrit mes deux yeux d'vne nuë.
le la trouue, & ie trouue encor De son beau poil la trame d'or.
Sur son visage négligée, Son bel œil languissoit d'ennuy.
Et ie cogneu bien dedans luy Oue son ame estoit affligée.
Pour les discours ie les sçay tous.
Qu'alors nous eusmes entre nous.
Que ie veux aussi vous redire, le les ay trop dedans le cœur.
Où l'Amour insolent vainqueur Luy-mesme les voulut escrire.
Trouuant donc Iris qui lisoit Les regrets que Didon faisoit De son Amant abandonnée :
49. M, le voyais — 55. M, treuve — 58. M, languissant — 67. M, Trcuvant — 69. M, Amante
76 LE QVATRIESME CHANT
Quoy (dis-ie) Iris vous souspirez, Mais si pour Didon vous pleurez, 72 Voulez- vous imiter JEnée ?
Elle qui sentit quant & quant Que tels mots Talloient attaquant, Et blasmoient son Amour friuole.
Confessa soudain son forfaict.
Et n'estant fidèle d'effect 78 Si le fut-elle de parole.
Car elle ne peut me celer, Ny mesme me dissimuler Ce qu'elle ne me pouuant dire le n'ozoy pas entendre aussi, Et tous deux en diuers soucy 84 Nous estions en mesme martyre.
Ainsi donc attendant tousiours Qu'elle commença le discours, le vy sa belle bouche éclose, En l'ouurant elle souspira.
Et puis soudain la reserra 90 Ne pouuant me dire autre chose.
En ce penser tant recherché.
Sentant son esprit empesché De ne pouuoir pas assez taire Ce dont elle n'osoit parler :
Las ! (dit-elle) puis-ie celer 96 Ce que l'on me contraint de faire ?