‹ uvres poétiquesChapitre 19 sur 79 · F, sentois — 424. B, D, ie vy — 450. B, D, le croire · texte numérisé non relu

F, sentois — 424. B, D, ie vy — 450. B, D, le croire

Peu s'en fàlut qu'en m'approchant, Hardy ie n'allasse arrachant Des mains de Charis ma maistresse, En luy disant, laisse mon bien, Ce que tu veux auoir est mien, La foy m'en a faict la promesse.

Mais plus discret en mon tourment Qu'Iris en son prompt changement, Et sans monstrer plus triste face Leur ayant donné le bon soir, Eux m'ayans prié de m'assoir Dessus l'herbe entr'eux, ie pris place.

Lors qu'ainsi nous fusmes assis, Nous eusmes de diuers soucis.

En vne cause assez semblable, Luy de me voir comme riual, Moy de voir si certain mon mal.

Elle de se sentir coulpable.

Et voyans après maints discours. Le Soleil acheuant son cours, Nous la conduisismes chez elle.

Où ie leur dis bien-tost adieu.

Ne pouuant plus estre en ce lieu Où nous estions tous en ceruelle.

Lors les ayant tous deux quitté.

Forcené, triste, tourmenté, Pressé d'vne douleur extrême,

451-2. A, Peu s'en fallut en m'approchant, Hardy ie. La faute est corrigée dans C, E, F, qui donnent {^u'hardy ie. Nous adoptons la leçon de M, B, D. — 464. M, Nous cheusmes de — 470. M, acheuer — 473. M, B, D, en un lieu

le me perdis dedans les bois, Où me maudissant mille fois 480 le me perdis plus en moy-mesme.

Iris en fin aprint vn jour Que le desespoir de l'amour, Depuis ma misère auenuë, Dans vn Roch m'auoit enfermé.

De buissons tout autour armé, 486 Qui rendoient l'approche incogneuë.

La nouuelle qu'elle entendit D'vn si triste estât, la rendit Eprise d'vne ardeur nouuelle.

Et fit sur elle vn tel effort Que ce trait là fut le plus fort 492 Qu'Amour tira iamais sur elle.

Ceste nouuelle l'affligea.

Et tellement son teint changea.

Qu'il deuint déteint & tout fade, le ne l'ay pourtant iamais creu Que pour moy son mal estant creu 498 Mon mal l'eust peu rendre malade.

le n'auoy quasi demeuré Vn mois dans les bois esgaré. Qu'en pensant à mon Infidelle le sentis vn si doux désir Par vn tel penser me saisir, 504 Q^*^l ^^^1"^ retourner vers elle.

478. B, D, le bois — 484. M, B, D, E, Roc — 487. M, novcUe, tt 489^ 493 495. B, D, Qui deuint détint | M, Ou'il deuient

En fin vn petit de raison (Si pourtant en ceste saison l'en auois encor quelque reste), Soit raison ou bien repantir Me fit résoudre de sortir D'vn hermitage si funeste.

le n'en fus pas si tost sorty, Sans de son mal estre aduerty, Que mon retour luy fut notoire, DVne Bergère elle le sceut.

Et de la ioye elle en receut.

Au moins elle me l'a fait croire.

Aussi désirant de me voir.

Elle le fit soudain sauoir

A Clorille à tous deux fidelle,

La coniurant par tous les dieux.

Et tout ce qu'elle aymoit le mieux,

Afin de me mener vers elle.

Elle qui sçauoit ses secrets,

Confidente de ses regrets

Me le vint dire à l'heure mesme :

Vien, Philene, vien auec moy,

(Me dit-elle) Iris est à toy.

Et c'est à ce coup qu'elle t'ayme.

Son feu n'est pas encor esteint.

Dessous la cendre de son teint De son cœur se couue la flame :

507. M, l'en avais quelque peu de reste — 514. M, sceust -—515. M, receust — 522. M, m'enmener — 531. A, C, F, sa flamme. Nous suivons M, B, D.

Allons donc (me dit-elle alors) Et tu verras dessus son corps 534 Le coup du trait qu'elle a dans l'ame.

Tu ne m'en voudrois pas iurer (Luy dis-ie alors) ny m'asseurer De la foy d'vne ame infidelle :

Pourrois-ie me fier à toy D'vne chose où sa vaine foy 540 Me force à me défier d'elle ?

Apres son oubly, son mespris, Tant de feux esteints & repris, Veut-elle encor que ie m'affblle ?

Et m'ayant offensé d'effet Me croit-elle assez satisfait 546 De s'en repentir de parole ?

Non que ie luy vueille du mal Oue son cœur soit si desloyal Et couuert de tant d'artifices, Car ie ne cherche que l'honneur De l'aimer, & non le bon-heur 552 Qu'elle se plaise en mes seruices.

Nous sortismes sur ce discours Parlant tousiours de mes amours Et de ma Bergère infidelle, Et tout incontinent après Comme nos logis estoient près Nous entrasmes tous deux chez elle.

532. M, Allons donc dit elle, alors {i>cn faux) — 538. M, m'en fîcr — 539. M, ou la viue foy — 541. M, Apprès son oubly et nirapris 546. M, De cents repentirs de parollc — 552. M, a mes seruices

Clorille entrée en s'auançant Près de son lict & la poussant Luy dit, voicy ie te le maine, Lors de ioye Iris s'embellit, Et se releuant sur son lict, Vis heureux, (dit-elle), Philene.

Mon heur ne despend que de toy (Luy respondis-ie) & non de moy, le ne souhaitte aussi de viure Auec de Pheur s'il ne te plaist, Ta volonté telle qu'elle est Est celle là que ie veux suyure.

Alors de son lict m'approchant.

Et sur le cheuet me panchant, le mis ma teste près la sienne.

Elle tirant vn de ses bras Tout esmeu de dessous les draps.

Me mit sa main dedans la mienne.

D'vn œil tout mol la regardant le vis quVn accès bien ardant Sechoit les fleurs de son visage, le cogneu bien en sa couleur Que quelque secrette douleur Dans son cœur faisoit du rauage.

Les œillets morts & desséchez Estoient desia tous arrachez.

Dont sa belle bouche estant saine D'vn vif vermillon esclatoit. Et la seule odeur en restoit Qui se sentoit en son haleine.

561. M, te l'ameine — 568. A, C, F, te omis {yen faussé). Nous corrigeons d'après M, B, D. — 577. M, tout mort — 585. M, estant plaine

le luy tins fort peu de propos De peur de rompre son repos, Encor' qu'elle eust bien de Tenuie Que i'entrasse sur le discours De son mal & de nos amours, 594 Et du triste estât de ma vie.

Ce qui me fit presque affoler, Ce fut que luy voulant parler De la cause de mon martyre Touchant les amours de Charis, Me respondant d'vn seul sous-ris 600 Elle ne m'en voulut rien dire.

le me retiray mal content.

Et recogneus bien à l'instant Mon attente mal asseuree.

Que seruiroit-il d'en mentir ?

Son sou-ris me fit ressentir 606 Que sa foy s'estoit pariuree.

Ainsi disoit-il, quand soudain Dessus les yeux portant la main.

Qui sur ses paroles premières A ses pleurs lascherent le cours, Il interrompit son discours 612 Afin d'essuyer ses paupières.

Fin du troisiesme Chant.

589. M, tiens : B, D, tint — 595. A, F, presqu'affoler — 602. B, D, rccognu : M, recogneu — 605. M, Son seul ris — 608. M, B, D, Dessus ses ieux — 609. M, ces paroUes — 610. M, A ces ieux — 612. M, la paupière

LE QVATRIESME CHANT

Page 1